Interview de Sarah Orumchi, élève de la majeure

Propos recueillis par Agathe Millet, Guillemette Seegers et Quitterie St Georges Chaumet

A 27 ans, Sarah Orumchi est une artiste plasticienne franco-iranienne, actuellement étudiante à Audencia en Master Management des institutions culturelles et des industries multimédias.

D’origine parisienne, elle a habité en Iran durant les 5 premières années de sa vie, avec son père iranien et sa mère française. Elle a obtenu un Bac STI Art Appliqués, avant de faire une prépa Arts plastiques qui lui a permis d’intégrer l’Ecole des Beaux-Arts de Nantes, afin d’être diplômée d’un Master d’expression plastique (DNSEP). Elle a décidé d’étudier à Audencia pour compléter sa formation avec des aspects plus concrets et ancrés dans une réalité économique.

Son œuvre s’inspire d’expériences autobiographiques afin de les dépasser pour atteindre une fiction artistique, qui questionne la notion d’identité et les frontières entre vie et art. Le talent de Sarah s’exprime à travers des œuvres multimédias, qui combinent recherche, photographie, ou encore peinture, et qui s’inspirent de l’Iran.

 

Quelle est ta vision de l’art ?

Pour moi, l’art apporte une vision qui nous déconnecte du quotidien. C’est un espace intermédiaire propice à la rêverie et au questionnement.

Mon travail personnel est fondé sur ma double identité, entre culture française et culture iranienne, et sur les implications de ce métissage. Je ne maîtrise pas complètement l’Iran, mais il comporte une part de mystère qui me pousse à agir, à chercher. L’Iran est un peu mon obsession, une quête sur mes origines. Je ne suis pas une spécialiste de ce pays, car je n’y ai pas assez vécu. Mais dans ma recherche, la question du langage a été fondamentale pour moi, car le persan était ma première langue. A 5 ans, je refusais de répondre en français à ma mère. Mais malheureusement j’ai progressivement tout oublié en rentrant en France. Seule la musicalité de la langue persane était encore inscrite dans ma mémoire et depuis quelques années je réapprends le farsi. Pour moi, l’Iran est une source d’inspiration inépuisable, car sa culture est très riche. J’ai envie d’en apprendre plus sur la culture et le pays, mais dans mon travail plastique je cherche à rendre accessible cette recherche au spectateur, à offrir un message plus universel.

Pendant mon cursus à l’Ecole des Beaux-Arts, j’ai appris les codes de l’art contemporain avec une vision occidentale qui est limitée à certaines références. En effet, ce n’était pas facile de connaître de nouveaux artistes iraniens ou franco-iraniens dans ce cadre. La question du métissage étant internationale il ne faut pas la limiter et on me donnait souvent des références venant d’autres pays qui n’avaient rien à voir avec l’Iran…

 

Quelle est ta vision de la femme dans l’art et en tant qu’artiste ?

Le corps de la femme a toujours été une source d’inspiration dans l’art. C’est aussi le support à plusieurs revendications car il concentre des symboles différents.

La question de la féminité m’avait intéressé après mon retour d’Iran et j’ai fait tout un travail sur le voile vu notamment comme un élément paradoxal. Je suis passée par plusieurs sentiments vis-à-vis de cet accessoire et c’est ce qui m’a poussé à faire des recherches plus précises sur l’origine de cet élément récurrent à plusieurs cultures. Dans la Perse achéménide, c’était un élément de distinction pour les femmes de la haute société, qui portaient un long voile tombant par-dessus leur tiare, c’était un signe de pouvoir. Aujourd’hui en Iran c’est une contrainte pour les filles qui s’en passeraient volontiers. Puis j’ai continué ce travail dans un autre contexte, au Sénégal, à Dakar. Dans ce pays principalement musulman, le foulard est pour certaines lié à la religion, mais pour d’autre cela n’a rien à voir, c’est un accessoire de mode. De l’Iran au Sénégal, le foulard s’élève, prend de la hauteur, devient chapeau…

Que penses-tu du rejet de la culture iranienne et de l’Iran en Europe ?

Il y a quelques temps, j’ai pris cette photo à la Médiathèque Jacques Demy : une étagère vide avec l’étiquette “Iran”. On se demande alors si elle est vraiment vide ou si quelqu’un a tout emprunté… Cela symbolise bien l’image qu’on a de l’Iran en France. Ce côté mystérieux permet d’alimenter la fiction, de jouer avec des souvenirs et des incompréhensions de l’Iran. C’est bien de ne pas savoir, ça permet aussi de faire jouer l’imaginaire. Mon objectif est de montrer l’Iran, d’une manière autre. Je ne veux pas proposer un documentaire mais une œuvre drôle et mystérieuse.

Quels sont les arts majeurs en Iran ?

Tout d’abord, il y la poésie, que je découvre grâce à mon copain, qui me récite des poèmes. Je ne les comprends pas, mais c’est musical et très beau.

Ensuite, il y a la gastronomie, qui me lie quotidiennement à l’Iran, avec des parfums très différents de la cuisine française.

Il y a aussi la calligraphie, que j’ai découverte lors d’un stage en Iran. On peut la séparer en deux catégories : la calligraphie tournée vers le dessin et la calligraphie plus académique. C’est cette dernière que je préfère, car j’aime ce côté technique et codé. Je pense qu’on a besoin des contraintes pour créer, qu’on choisisse ou non de les transgresser. En Iran, je ne pourrais pas montrer toutes mes photos, mais c’est ça qui me plaît : trouver des moyens de détourner les limites. C’est ça, la liberté de l’artiste. La calligraphie est liée à la musique, car les calligraphes l’écoutent en travaillant. L’écriture est pour moi un reflet du rythme intérieur. La musique compile tous ces arts. Elle est magique, car elle reflète la sensibilité et l’ivresse, qui est propre à la poésie iranienne.

Quels sont tes conseils pour découvrir l’Iran en France ?

Une librairie : le Tiers Mythe à Paris.

Un film : Dar donyaye to saat chand ast ? (Quelle heure est-il dans ton monde ?) de Safi Yazdanian

Une musique : le groupe Pallett

Une artiste : Shadafarin Ghadirian, une photographe iranienne, qui a travaillé sur la féminité et le voile.

 

Et maintenant, quels sont tes projets ?

Retourner en Iran, peut-être dans résidence d’artiste. Me remettre à la peinture, et ne pas aborder de sujets polémiques pendant un temps. Commencer à lire des romans en persan.

 

www.sarahorumchi.com (site en construction)

 

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