Basquiat et Warhol à la Fondation Louis Vuitton

Une exposition fascinante

Après l’exposition dédiée à Jean-Michel Basquiat en 2018, la Fondation Louis Vuitton décide de mettre à l’honneur la fameuse collaboration de l’artiste avec Andy Warhol du 5 avril au 28 août 2023 dans l’exposition « Basquiat x Warhol : à quatre mains ». Le public pourra y découvrir une fusion entre amitié et collaboration, donnant naissance à un mélange de styles, de formes et de couleurs fascinant. Au-delà d’un esthétisme à la fois merveilleux et singulier, l’exposition traite également de sujets essentiels tels que l’insertion de la communauté afro-américaine dans l’histoire du continent nord-américain.

Laissez-vous submerger par l’univers particulier de la scène artistique new-yorkaise des années 1980 aux allures aussi vives qu’insolites…

La collaboration presque quotidienne entre Basquiat et Warhol y est présentée presque dans son entièreté avec plus d’une centaine d’œuvres de la série « à quatre mains », reflétant le talent de ces deux artistes de renom. Afin de mettre l’accent sur la relation complémentaire de ces derniers, l’exposition débute par une série de portraits croisés : Basquiat par Warhol et Warhol par Basquiat.

Jean-Michel Basquiat, Andy Warhol, Ten Punching Bags (Last Supper), 1985-1986, The Andy Warhol Museum, Pittsburgh. Crédit photo : ©The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. ©The Estate of Jean-Michel Basquiat. Source : https://www.warhol.org/

Le visiteur assiste, tout au long du parcours, à l’histoire d’une complicité rythmée, remplie de vigueur et d’émotions. Des œuvres nées de cette indéniable alchimie, Ten Punching Bags (Last Supper) ou encore la toile de 10 mètres nommée African Mask, animent l’exposition. 

Toutefois, cela ne suffit pas pour présenter l’entièreté du travail de ce mythique duo de peintres, qui va au-delà de la création en paire. En effet, une quinzaine d’œuvres à trois, en collaboration avec l’artiste italien Francesco Clemente (né en 1952), sont notamment à l’honneur. L’institution présente également des œuvres individuelles retraçant le parcours de chaque artiste, ainsi que plus de 300 documents en tout genre de Keith Haring à Michael Hasband, en passant par Jenny Holzer et Kenny Scharf qui tournent autour de ce sujet.

Une amitié haute en couleur

Jean-Michel Basquiat (1960-1988), né aux Etats-Unis, est un peintre d’avant-garde populaire qui s’ancre dans le néo-expressionnisme et le primitivisme. Il débute en tant que graffeur, puis devient un pionnier de la mouvance underground. Il se fera connaître et reconnaître au fur et à mesure de sa carrière pour son incroyable coup de pinceau ainsi que pour l’originalité de ses œuvres. Andrew Warhola (1928-1987), dit Andy Warhol, est également un artiste américain qui, à cette époque, a déjà laissé sa trace dans l’histoire. Il est en effet l’un des principaux représentants du pop art et reconnu comme l’un des plus grands artistes du XXème siècle. 

Le chemin des deux artistes se serait croisé pour la première fois en 1979 lorsque Basquiat vendait des cartes postales billebarrées à Warhol. Ce n’est que trois ans plus tard que les présentations officielles seront faites par l’intermédiaire de leur galeriste commun, Bruno Bischofberge, également grand collectionneur. Deux heures seulement après cette entrevue, l’étoile montante de la scène new-yorkaise aurait offert au maître du pop art une peinture représentant les deux artistes côte à côte. Nommée Dos Cabezas (1982), cette toile est le point de départ d’une longue amitié aussi intense que fertile. 

Entre 1984 et 1985, les deux artistes se lancent dans une série de tableaux et d’œuvres sur papier. Leurs envies et ambitions se complètent et s’entremêlent : l’un recherche la transfiguration, la fraîcheur et la volatilité tandis que l’autre, affranchi d’un élitisme coercitif, est en quête d’une sorte de reconnaissance collective. 

Vue extérieure de la Fondation Louis Vuitton. Crédit photo : ©Gehry Partners, LLP and Frank O. Gehry, ©Iwan Baan 2014. Source : https://www.fondationlouisvuitton.fr/

Les œuvres réalisées par ce binôme créatif témoignent d’un équilibre juste entre deux univers artistiques qui se complètent tant dans leur esthétisme que dans leur message. Bien que les deux artistes n’aient pas la même renommée à ce moment-là, ils s’inspirent et se respectent mutuellement pour leurs qualités respectives. Ils arrivent à juxtaposer leur style et à créer une harmonie dans des œuvres communes.

Dans une atmosphère intime, les idées, les formes et les couleurs fusionnent naturellement, comme si leur collaboration était une évidence. Ensemble, ils réalisent environ 160 toiles, la fameuse série « à quatre mains », dont une majeure partie est présentée lors de l’exposition. Certaines figurent parmi les plus connues de leurs carrières respectives. Au fil de leur collaboration, une véritable relation père – fils voit le jour. 

Dans une atmosphère intime, les idées, les formes et les couleurs fusionnent naturellement, comme si leur collaboration était une évidence. Ensemble, ils réalisent environ 160 toiles, la fameuse série « à quatre mains », dont une majeure partie est présentée lors de l’exposition. Certaines figurent parmi les plus connues de leurs carrières respectives. Au fil de leur collaboration, une véritable relation père – fils voit le jour. 

Grande figure de l’art contemporain, Warhol est fasciné par la technique libre et décomplexée de Basquiat qui commence à peine à se faire connaître de la scène artistique. Il initie par ailleurs le jeune artiste à la sérigraphie. Jean-Michel Basquiat, quant à lui, est en admiration face à la renommée de l’icône du pop-art. Ils se nourrissaient l’un de l’autre : du sang neuf pour l’un, de la notoriété pour l’autre. Lors d’une visite dans les studios de la Factory, Keith Haring expliquera que : « Chacun inspirait l’autre à se surpasser. Leur collaboration était apparemment sans effort. C’était une conversation physique qui se déroulait en peinture plutôt qu’en mots ».

Au sein d’une relation symbiotique et fusionnelle, chacun ajoutait sa touche de la façon la plus spontanée qui soit. Les images de la société industrielle et de l’influence médiatique de Warhol étaient complexifiées et altérées par l’approche brute et déroutante de Basquiat. Plus qu’un dialogue entre deux artistes, cette exposition retrace la naissance d’une évidente alchimie et amitié entre deux des plus grands artistes du XXème siècle.

Une exposition aux multiples facettes

Au-delà de la relation en elle-même, retracer l’histoire de cette inédite collaboration revient nécessairement à traverser les différents thèmes et idées portés par ce duo. Warhol s’inspire énormément de la société industrielle et capitaliste ainsi que des médias en agrémentant ses œuvres de logos et de symboles. Basquiat, de son côté, transfigure ces messages par une expression franche et inattendue. Qui plus est, le thème de l’insertion des communautés afro-américaines dans le récit du continent nord-américain est également traité de façon critique et sarcastique. Ainsi, l’exposition permet également de faire connaître au public les revendications portées par ces deux grands artistes.

Enfin, la scénographie permet de se fondre dans l’ébullition et le rayonnement de la scène artistique new-yorkaise des années 1980. Pour ce faire, l’institution présente d’autres œuvres et documents complémentaires à cette collaboration comme évoqué plus haut. Cette période mouvementée et charnière de l’art américain est retracée au travers de l’histoire des deux artistes mais pas que. En offrant une vision plus complète de cette époque, la Fondation permet au public de faire l’expérience d’une véritable immersion dans un monde inconnu. Au-delà des discours métaphoriques et des revendications individuelles de chaque artiste, l’exposition présente un véritable univers et reconstitue à merveille l’ambiance de ces fameuses années sans jamais s’éloigner du fil conducteur de la collaboration qui leur est propre. 

Somme toute, l’exposition « Basquiat x Warhol : à quatre mains » n’exploite pas qu’un seul angle de vue. Que l’on s’intéresse à l’histoire afro-américaine, aux critiques de la société industrielle ou à l’alchimie incontestable entre les deux artistes, il y en a pour tous les goûts et pour tous les âges. L’exposition se veut complète et permet d’être comprise d’une multitude de manières. Pleine d’ambitions, la Fondation Louis Vuitton cherche également à mettre à l’honneur deux artistes phares du XXème siècle et insiste sur leur important avant-gardisme. Cette institution qui cherche à soutenir et promouvoir l’art contemporain nous présente une exposition digne de leurs valeurs. Elle retrace en effet l’histoire d’une collaboration inédite entre deux artistes qui n’ont jamais cessé d’innover et de marquer leur temps. Telle une morale à ne jamais oublier, cette exposition revendique un art libre, imprévisible et disrupteur parfaitement incarné par ce duo emblématique.

Comment y aller ?

La Fondation Louis Vuitton accueille l’exposition « Basquiat x Warhol : à quatre mains » du 5 avril au 28 août 2023. L’établissement se trouve au 8 avenue Mahatma Gandhi au Bois de Boulogne à Paris, près du Jardin d’acclimatation. Des navettes peuvent vous emmener sur place, mais il est également possible d’y aller en voiture ou en transport. Le tarif normal est appliqué, soit 16 euros en plein tarif et 5 euros pour les mineurs ou les étudiants en art notamment.

Une fois l’exposition temporaire terminée, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil à leur fabuleuse collection permanente qui regroupe de nombreux artistes contemporains tels que Yayoi Kuzama, Joan Mitchell, Gerhard Richter ou encore Giacometti pour n’en citer que quatre.

Michael Halsband, Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat #143, New York, 1985. Crédit photo : ©Michael Halsband 2022. Source : https://www.paris.fr/

Marie Tassi