Des élèves de l’École du Louvre dans la Majeure Culture

Si cinq élèves d’Audencia ont d’abord suivi les enseignements de l’École du Louvre, deux étudiantes ont à leur tour intégré la majeure “Management des institutions culturelles” d’Audencia. Retour sur leur expérience le temps d’un semestre… 

Où en êtes-vous dans votre parcours au sein de l’École du Louvre, et quel a été votre cursus ? 

Ambre: Je suis entrée à l’École du Louvre en validant le test probatoire qui donne accès au premier cycle d’enseignement consacré à l’histoire de l’art. Je suis spécialisée en histoire des arts d’Extrême-Orient ce qui m’a permis d’étudier à la Peking University en Chine. Cela m’a également orientée vers l’apprentissage du japonais à l’INALCO. J’ai également pris part à un partenariat entre l’École du Louvre et l’ESSEC afin de compléter encore mon cursus. J’effectue actuellement ma première année de deuxième cycle à l’École du Louvre ; c’est-à-dire le Master 1 de l’établissement dédié au domaine muséal.

Apolline: Je suis actuellement en deuxième année de deuxième cycle, soit en Master 2, spécialisée en Médiation Culturelle. J’ai intégré l’École du Louvre par équivalence (sur dossier) en Master 1 de muséologie, à l’issue de deux années de classe préparatoire littéraire option Histoire des Arts et d’une L3 d’Histoire de l’Art à l’Université de Strasbourg. 

Quel est votre projet professionnel ? 

Ambre: J’ai pour ambition d’occuper les fonctions de responsable d’un service culturel et particulièrement celles de conseiller de coopération et d’actions culturelles au sein des institutions françaises établies en Asie. Les notions de transmission, de communication et de médiation me sont en effet particulièrement chères. D’autant plus qu’elle tendent au renforcement des relations culturelles à l’échelle internationale, un enjeu majeur de la mondialisation actuelle.

Apolline: Passionnée par la transmission des richesses du patrimoine et de la création artistique, j’ai pour objectif professionnel de travailler au sein du service du développement des publics et de l’action culturelle d’un établissement patrimonial. Mon but est de prendre une part active à la valorisation d’une collection dans le cadre d’une institution muséale. En effet, je désire favoriser la rencontre entre les œuvres d’art et le public. Et pourquoi pas en étant actrice de la mise en place de la programmation éducative et culturelle d’une institution. 

Pourquoi avoir choisi le partenariat avec Audencia ? Quelle complémentarité existe-t-il entre les deux cursus selon vous ? 

Ambre : J’ai souhaité intégrer la majeure afin d’acquérir des compétences plus polyvalentes et notamment managériales appliquées au secteur culturel. Si l’École du Louvre délivre des connaissances théoriques sur la gestion du patrimoine collectif, la majeure culture permet d’envisager concrètement les enjeux actuels du domaine culturel. 

Apolline : J’ai choisi d’effectuer ce partenariat avec Audencia à la place de mon stage de fin d’étude afin d’enrichir mon champ de connaissances. Mais aussi de me former au management et à la gestion de projets, indispensables à la poursuite de mon projet professionnel. Ce sont notamment mes différentes expériences professionnelles (stages) qui m’ont incitée à me tourner vers cette formation complémentaire afin d’acquérir des connaissances et des atouts que mon parcours académique ne m’avait pas permis d’aborder jusque-là. 

Sur quel projet tutoré travaillez-vous ? Qu’en avez-vous retiré ? 

Ambre : Le projet tutoré auquel je participe est consacré à l’étude des possibilités d’exploitation du Vieux Château de Quintin. Ce travail me permet d’allier compétences en histoire de l’art et vision entrepreneuriale ; créant une émulation très constructive.

Apolline : Tout comme Ambre, j’ai été amenée à réaliser un projet pour le château de Quintin mais de nature différente. Il nous revenait d’étudier la viabilité sur le plan pratique et financier de la mise en place d’une structure d’accueil pour artisans d’art (pépinière). Le but était d’encourager la création d’artisans d’art, mais aussi de favoriser la transmission de leur savoir-faire auprès du public. Il fut extrêmement enrichissant de travailler en équipe sur ce projet. Cela m’a permis d’appréhender les différentes composantes de l’étude de faisabilité d’un projet, notamment la conception d’un business plan. 

Dans le cadre du module “Art et culture à l’international”, quel séminaire avez-vous choisi ? Que vous a-t-il apporté, ou quelles en sont vos attentes ? 

Ambre : J’ai suivi le séminaire organisé par l’université de Deusto à Bilbao. L’immersion auprès des acteurs locaux de la culture a été extrêmement enrichissante. Cela m’a aussi permis d’appréhender clairement les enjeux actuels et futurs du développement culturel à l’échelle d’un territoire.

Apolline : J’ai choisi d’effectuer le séminaire à l’École du Louvre, car celui-ci entre parfaitement en adéquation avec mon projet professionnel. Il me donnera l’occasion d’appréhender des problématiques concrètes au sein des institutions muséales. 

Quels sont, selon vous, les avantages et les inconvénients de la Majeure, et que retirez-vous de celle-ci ? 

Ambre : Effectuée en première année de master, cette expérience d’échange est très intense. En effet, il faut répondre simultanément aux exigences de la majeure (qui implique un investissement à la hauteur de notre intérêt pour ses enseignements) et à celles de l’École du Louvre (qui demande un engagement tout à fait assidu pour l’élaboration du mémoire d’étude). Les avantages apportés par la majeure prennent néanmoins le pas sur ces contraintes. Le dynamisme de ce cursus se révèle en effet particulièrement épanouissant. Les intervenants professionnels délivrent un savoir concret tandis que chaque expérience, même de loisir, se trouve être formatrice. L’esprit de promotion et l’enthousiasme régnant assurent enfin les meilleures conditions d’apprentissage et de formation. 

Apolline : La formation dispensée par Audencia est selon moi un complément essentiel à celle délivrée par l’École du Louvre. En effet, les différents enseignements nous permettent d’avoir une vision globale de l’économie de la culture. Ils nous permettent aussi d’acquérir des outils essentiels pour la gestion de projets culturels. L’un des avantages et des atouts de cette Majeure est selon moi sa pluridisciplinarité. Cela m’a permis d’élargir considérablement mon champ d’horizonu-delà des institutions muséales, notamment vers le spectacle vivant. L’ensemble des cours permet également de comprendre les enjeux et les mécanismes des organisations culturelles. 

Qu’avez-vous préféré durant ce semestre à Audencia ?

Ambre : L’investissement, l’enthousiasme et le dynamisme de la professeure responsable de la majeure est sans aucun doute l’élément qui m’a le plus marquée. Je souhaiterais d’ailleurs la remercier infiniment pour son accueil chaleureux et son soutien bienveillant.

Apolline : Je ne saurais réduire en quelques mots toutes les merveilleuses choses que j’ai vécues durant ces quelques mois à Audencia. Un élément m’a néanmoins profondément marquée : la visite du Grand T de Nantes. Pouvoir pénétrer dans l’arrière du décor d’un univers qui me fascine, celui du théâtre, a été pour moi une expérience des plus enrichissantes et dont je garde un souvenir ému. 

Ambre Genevois et Apolline Cade 

Le Chronographe, une flânerie sur les rives du temps

À propos des grandes villes bouleversées, Sénèque écrit dans ses Épîtres : « Les villes, elles sont destinées à périr, c’est le lot de tous »[1]. Ruines mais pas néant, c’est ce que les archéologues ont révélé de l’exceptionnelle cité antique de Ratiatum (aujourd’hui Rezé) exhumée dans les années 1950 à proximité de la Chapelle Saint-Lupien. Ville la plus au nord de l’ancien royaume des Pictons, elle est une ancienne place commerçante qui faisait face à Nantes, située aujourd’hui à plusieurs dizaines de mètres du Liger (nom latin de la Loire). Or, au fil du temps, le lit du fleuve s’est déplacé, condamnant de fait la cité à une lente décadence commerciale et civique.

Depuis 2005, les fouilles archéologiques assurées dans les années 1980 par l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) sont maintenues et organisées dans le cadre d’une collaboration entre Ophélie de Peretti, archéologue municipale et l’Université de Nantes. En 2017, un centre d’interprétation archéologique baptisé « Le Chronographe » a été construit sur le site. Ce bâtiment en bois de 800 m2 est composé de trois niveaux : un rez-de-jardin consacré aux expositions temporaires et aux ateliers pédagogiques, un rez-de-chaussée présentant l’exposition permanente ainsi qu’une terrasse et un belvédère.

Il faut noter qu’une exposition temporaire de très bonne facture est en ce moment présentée au-dit Chronographe. Réalisée à partir d’œuvres du FRAC (Fonds Régional d’Art Contemporain) Pays de la Loire, elle est consacrée à l’art contemporain autour du thème de l’archéologie.

Le Chronographe est à l’image de la Loire qui l’a autrefois longé, un fleuve à côté duquel le promeneur est amené à flâner, un fleuve que l’on peut descendre ou remonter selon qu’on veuille se plonger dans le passé, ou bien rêver un passé. L’enfouissement dans le sol est une ressource précieuse, rare, sorte de bouteille jetée dans la mer du temps mettant en exergue le rapport important entre le sol et la mémoire. Force est de se demander pourquoi la municipalité de Rezé n’a pas réservé le nom de « Cité radieuse » à sa prestigieuse ancêtre plutôt qu’à sa voisine, l’étron moulé du Corbusier.

Ratiatum, ville florissante et prospère sur les bords du Liger il y a quelques siècles – c’est-à-dire hier – par son exhumation, invite à réfléchir sur la mortalité de nos propres villes qui sont promises au même trépas. Alors que les forces de la nature nous feront ravaler notre morgue, le poète Lucrèce nous enjoint à être prudent et à se prémunir face à l’arrogance. Afin que nous ayons conscience de notre mesure, il nous signifie que tout est destiné à la ruine : « Fiat mundi confusa ruina »[2].

Irénée Dupont, 15 avril 2019

[1]Cf. Sénèque, Épîtres, XCI, 11-12.

[2]« Et le monde ne sera plus qu’une ruine confuse », De la nature des choses, v. 605.

La transformation urbaine de Bilbao

La semaine dernière, la majeure culture d’Audencia est partie à la rencontre de différents acteurs culturels de Bilbao lors d’un séminaire organisé par l’Université de Deusto.

Les visites auprès des institutions et les échanges que nous avons eu nous ont permis de mieux comprendre comment Bilbao a réussi sa tertiarisation, passant d’une économie industrielle au secteur des services. Comment s’est orchestrée la rénovation urbaine de Bilbao passant d’une ville industrie à une ville musée avec un centre économique fort ? Read more

Éloge de la sensibilité : une histoire illustrée du XVIIIème siècle

Exposition Éloge de la sensibilité : du 15 février au 12 mai 2019 au musée d’arts de Nantes

Dans le premier Livre de ses Confessions, Rousseau affirme :

« Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. »

Cette phrase illustre parfaitement un XVIIIe siècle en quête d’individualité. Portraits d’apparat, naissance de l’idée de l’enfance telle qu’on la conçoit aujourd’hui, sentiments dévoilés et exacerbés… L’exposition Eloge de la sensibilité aborde quelques-uns des thèmes phares du XVIIIe siècle. Nul chef d’œuvre mais quelques tableaux charmants. Jean-Baptiste Greuze, Chardin, peintres français notoires du XVIIIe siècle, permettent de se représenter la riche histoire de cette période.

Une première salle, l’apparat et l’intime, expose des portraits d’apparat de grands bourgeois. Ces tableaux illustrent le désir bourgeois de posséder ce qui au siècle précédent était encore le privilège de la noblesse. Tel que l’explique Galienne Francastel, docteur ès lettre, dans son article « Portrait » de l’Encyclopédie Universalis : « Le XVIIIe siècle fut une grande période de renouveau du portrait et le XIXe a donné à ce genre une ampleur qui n’avait encore jamais été atteinte. […] À défaut d’une galerie d’ancêtres dans un château, une collection de miniatures dans un appartement […] leur procure le sentiment de se projeter dans la postérité. »

De l’héritier dynastique à l’enfant chéri des Lumières

Dans un deuxième temps, le visiteur est amené à découvrir des portraits de famille et d’enfants. Les enfants, considérés jusqu’alors par une majorité de la population comme des adultes miniatures commencent tout doucement à être perçus comme des individus en période de transformation, qui doivent faire l’objet d’une éducation soignée. Les tableaux présentés témoignent de la curiosité toute particulière qui leur est alors accordée.

Dans la salle consacrée aux Troubles et émois, la primauté accordée par les Bourgeois du XVIIIe siècle aux sentiments individuels est mise en exergue. On aura une attention toute particulière pour la Tête de jeune fille au ruban bleu de Jean-Baptiste Greuze. Voilà un portrait sensuel et voluptueux, sans doute l’une des plus belles pièces de l’exposition.

Jean-Baptiste Greuze, Tête de jeune fille au ruban bleu

La salle suivante, Une mythologie moderne, la théâtralité au quotidien, souligne les liens entre peinture et théâtre. Ces deux arts ont pour objectif de raconter par l’image, qu’elle soit statique ou en mouvement. Sous l’Ancien Régime, les scènes représentées sont avant tout mythologiques, bibliques ou historiques. Petit à petit, le drame familial et la scène de village apparaissent. Comme l’explique l’historienne de l’art Martine Kahane :

« Au 18e siècle, le drame théâtral concurrence la tragédie, de la même façon qu’en peinture, les toiles de scènes familiales et pathétiques de Greuze rivalisent avec le genre tragique religieux (martyrs, crucifixions…). Cette tension entre grandeur antique et séduction moderne correspond à des changements politiques et sociaux : le drame bourgeois à la scène, tout comme les mutations dans la hiérarchie des genres artistiques, correspondent à la forte poussée de la bourgeoisie dans tous les domaines. »

Pierre-Jacques Volaire, Eruption du Vésuve et vue de Portici, 1767

La « mutation dans la hiérarchie des genres artistiques »

Ce concept évoqué par l’historienne trouve sa résonnance dans les salles suivantes. En effet, les salles intitulées « On m’appelle nature et je suis tout un art », Voltaire et Le spectacle de la nature illustrent l’intérêt croissant des peintres pour les représentations de paysages. Auparavant, on les considérait appartenir à un genre mineur. Les représentations pittoresques d’une nature magnifiée annoncent l’attachement tout particulier des peintres du siècle suivant pour le paysage, avec une interprétation plus libre et émotionnelle. La salle dénommée Rendre sensible la matière consacre le réalisme virtuose propre au XVIIIème siècle non plus aux paysages mais aux natures mortes.

Enfin, cette exposition se clôt sur une « promenade sensorielle ». Musique, odeurs, tissus et expressions propres au siècle des Lumières sont présentés aux visiteurs de façon ludique. Exposition sans prétention, Eloge de la sensibilité met ainsi en lumière la montée en puissance de la classe bourgeoise au XVIIIème siècle. Tout cela à l’aide d’un parcours didactique et de tableaux charmants.

Image mise en avant : Adélaïde Labille-Guillard, Portrait de femme, 1787

Cinéma – entretien avec Armel Hostiou

Dans le cadre de notre majeure, nous avons eu l’immense plaisir de recevoir Armel Hostiou, réalisateur de cinéma et de vidéo clips. L’un de ses longs-métrages, Rives, a notamment été présenté à Cannes en 2011 dans la sélection de l’Acid.

Nous en avons profité pour l’interroger sur son parcours ainsi que son impression sur le paysage du cinéma à l’ère numérique aujourd’hui.

Qu’est-ce qui vous a inspiré à vous lancer dans une carrière dans le cinéma et l’audiovisuel ?

Jeune, je n’étais pas vraiment connecté à ce milieu. J’ai grandi à Nantes, je faisais des études de droit, et j’ai découvert le cinéma en tant que spectateur. J’étais cinéphile et je me nourrissais de cinéma de façon très autodidacte. J’allais souvent au Cinématographe, où il y avait déjà à l’époque une super programmation. J’avais monté à Nantes avec une amie une petite émission de radio sur Alternantes, qui s’appelait Halluciné. On allait voir des films, on en débattait ensemble, bref : c’était surtout un prétexte pour aller au cinéma, pour réfléchir au cinéma, pour parler cinéma.

Mais paradoxalement, c’était quelque chose qui me paraissait assez inaccessible. C’est un milieu qui, quand on ne le connaît pas du tout, peut paraître un peu lointain et cloisonné. Mais en parallèle de mes études de droit, j’ai entendu parler de la Fémis. Je me suis alors inscrit au concours, sans trop y croire, en me disant que je n’avais pas non plus grand chose à perdre. J’ai été le premier surpris d’y avoir été pris.

Cela m’a permis de mettre le pied à l’étrier puisque pendant 4 ans, j’étais dans une formation très pratique. J’y suis entré en image, à savoir tout ce qui concerne les métiers de la prise de vue.

Parlez-nous de vos premiers projets.

Après la Fémis, j’ai très vite commencé à faire mes propres projets. Au début, c’était sous forme de court-métrages, puis très vite, de vidéo-clips. Je trouvais amusant et intéressant d’utiliser les vidéo-clips comme laboratoire. J’ai pu essayer des choses, expérimenter des techniques, inventer avec des dispositifs qui n’étaient pas forcément très onéreux. Comme la pixilation ou l’animation. Puis, de fil en aiguille, avec quelques amis, nous avons monté notre structure de production BOCALUPO FILMS, avec laquelle je me suis ensuite lancé pour monter mes deux premiers long-métrages.

Rives était un film que l’on a réalisé avec peu de moyens en amont. Mais il a été sélectionné au festival de Cannes dans la Sélection Acid, la sélection off du festival.  Cela lui a donné une visibilité certaine et lui a permis de sortir en salle. Dans la foulée, j’ai rencontré Vincent Macaigne, à qui j’ai proposé un rôle dans Une histoire américaine. On est parti faire ce film avec peu de moyens mais avec beaucoup d’envie et on a compensé le manque de financement par du désir et de l’énergie.

Peu de temps après, je me suis lancé dans un film documentaire que je viens de terminer, La pyramide invisible.  Il m’a pris beaucoup plus de temps que les autres parce que je n’avais pas bien anticipé la question du montage documentaire, qui est très différente du montage de fiction. Dans le montage de fiction, on assemble des choses qui ont été a priori écrites en amont.

Et pour le documentaire ?

Dans le montage documentaire, il y a presque une dimension d’écriture tout le temps du montage. Donc j’ai mis un petit bout de temps à trouver le film au montage. Il est maintenant terminé et il a été sélectionné au festival Cinéma du réel à Paris. Je suis un peu soulagé parce que présenter un film officiellement c’est aussi une façon de s’en détacher et de se dire : ça c’est fait, on peut passer à autre chose.

En ce moment, je prépare un long métrage que j’essaye cette fois d’inscrire davantage dans les codes traditionnels du financement audiovisuel… mais est-ce que ça va marcher ?

Passerez-vous par votre propre studio de production pour ce nouveau long-métrage ?

Jusqu’à présent, j’avais toujours tout produit avec cette structure ; mais il y a un aspect crucial dans la question de fabrication d’un film : la question de la distribution. Quand on est une petite boite de production, ça n’est pas évident d’avoir accès à des distributeurs conséquents. On réfléchit donc à faire une coproduction avec une société plus conséquente, notamment pour qu’elle nous ouvre l’accès à d’autres distributeurs, qui permettraient au film d’avoir une meilleure visibilité. Ça, c’est le projet, après entre la théorie et la pratique, on verra…

Est-ce que vous trouvez qu’aujourd’hui, il plus compliqué de monter un projet de film qu’au début de votre carrière ?

Je pense qu’il y a plusieurs réponses à cette question. D’un point de vue technologique, je crois que c’est beaucoup plus facile aujourd’hui qu’il y a 15 ans parce que le numérique a beaucoup facilité la question de la fabrication audiovisuelle, dans la mesure où il y a maintenant des films qui se montent avec un téléphone portable et ça peut faire des choses intéressantes. On peut monter un film avec un ordinateur portable. En terme de fabrication, il n’y a pas d’hésitation à avoir, c’est donc plus facile.

Ce qui est paradoxal en France, c’est que le CNC (Centre National du Cinéma et l’Image Animée, organe d’aide et de régulation du cinéma) barricade l’accès de certaines aides aux films produits dans une petite économie et favorise plutôt les films financés de façon plus traditionnelle.

Donc il est à la fois plus facile de produire techniquement des films et plus compliqué de les diffuser via le circuit traditionnel. Pour que son film soit diffusé en salle, il faut obtenir l’agrément du CNC, conditionné par des règles de production, de salaires etc. Par exemple, pour le film Une Histoire Américaine, il y a un générique parlé. La raison principale est qu’il fallait une majorité de Français dans l’équipe. Or, nous avions 52% d’Anglais et 48% de Français. En ajoutant le narrateur, nous avons pu obtenir cette majorité, mais ce n’était pas gagné.

Et pourtant vous êtes sortis en salle !

Finalement, c’est un peu par miracle que les deux films aient bénéficié d’une sortie salle. Le premier grâce à Cannes, le deuxième grâce à cette voix off. Pour le prochain film, nous sommes encore incertains d’obtenir l’agrément. Je suis parti avec une petite équipe et le film se tourne en Bosnie.

Néanmoins, il y a de plus en plus de festivals ou d’entités associatives qui existent pour faire vivre les films. Et il y a d’autres moyens de diffusion comme Internet. Mais la question de la diffusion en salle, c’est un vrai enjeu compliqué.

Vous parliez des nouveaux modes de diffusion qui se développent comme Internet.

Pensez-vous qu’en France, les plateformes de streaming, comme Netflix, vont prendre une plus part plus importante dans le financement du cinéma ?

C’est au cœur des problématiques en France actuellement. L’enjeu de la chronologie des médias, qui fixait un ordre avec un temps donné entre le passage salle, TV et Internet, et beaucoup d’autres règles du CNC ont été conçues pour protéger les films. C’est louable car c’est pour cela qu’il reste de nombreuses salles de cinéma, contrairement à d’autres pays. Mais quand la loi et la technologie sont en contradiction, cela oblige à ce que les choses bougent. Il ne faut pas protéger un système qui va désormais à l’encontre de l’évolution technologique.

Mais cette remise en question est importante. Au dernier festival de Cannes, les films produits par Netflix avaient été mis hors-compétition. Alors que si on ne s’intéresse qu’à la dimension artistique, il y avait des films intéressants à commencer par le film de Cuarón (Roma).

On peut également penser que Netflix et autres plateformes digitales permettent aussi le financement, notamment pour Cuarón, de projets que personne n’aurait voulu financer autrement et qui n’auraient pas existé…

Oui ! Amazon aussi, a produit le dernier film de Jarmusch par exemple que j’aime beaucoup personnellement. Donc c’est toujours là où l’artistique et l’économique se court-circuitent. Si Amazon permet à Jarmusch de faire un film qu’il n’aurait pas pu faire autrement, on se rend compte que les questions sont plus complexes qu’elles ne peuvent en avoir l’air quoi.

Netflix est boudé par Cannes. Paradoxalement, que penser du fait que les Tuche 3 ait reçu un César ?

Je n’ai pas vu ni les Tuche 1, ni les Tuche 2, ni les Tuche 3, donc je n’ai pas d’avis en la matière. Ce que je sais, c’est qu’ils ont eu le César du prix du public. Je pense que ce prix du public a été inventé par les César pour intégrer dans une remise de prix remis par des professionnels un prix correspondant aux entrées des salles de cinéma et donc pour remettre un prix à un film grand public. Mais je n’ai pas trop à me prononcer parce que je ne l’ai pas vu et je ne sais pas si c’est aussi catastrophique que ce qu’on dit…

Est-ce que vous auriez un conseil à donner à des étudiants qui aimeraient justement se lancer dans ce secteur d’apparence très fermé ?

D’y aller avec désir, avec énergie, avec motivation, avec envie. Comme dans beaucoup de métiers, quand on a un désir qui est une motivation, une envie qui est forte, il n’y a rien qui soit inaccessible.

Je pense surtout, à travers mon expérience aussi, qu’il ne faut pas avoir peur de faire des choses et que si on a envie de faire des films. Il faut en faire. C’était un peu ma logique jusqu’à présent, de faire les choses coûte que coûte, envers et contre tout. Je ne sais pas si c’est une règle quantique ou cosmique mais j’ai l’impression que l’énergie investie dans des projets n’est jamais perdue et qu’elle finit par se recycler.

J’ai tendance à dire qu’il faut prendre ses désirs pour une réalité et comme disait Goethe « Méfiez-vous des rêves de jeunesse, ils finissent toujours par se réaliser. »

Propos recueillis par Hortense Regnault, Kamélys Say, Cyprien Tollet et Raphaëlle Delbèque.

Merci beaucoup à Armel Hostiou pour son temps et ses réponses.

Pour l’autre article de la semaine, c’est ici !