Cannes 2023 : Crasse et paillettes

On y est ! 

En ce moment a lieu le 76ème festival de Cannes. Le 31 mars dernier, le premier film de la sélection a été annoncé, Killers of The Flower Moon, drame policier de 3h26 porté par un duo légendaire : Leonardo DiCaprio et Robert de Niro, et réalisé par le grand Martin Scorsese.

Avec ceci, une impressionnante sélection officielle a été révélée en amont, donc comme tout bon cinéphile qui se respecte, on a déjà envie d’y être.

Entre retour de grands cinéastes, polémiques naissantes et menaces de black out, cette édition risque d’être mouvementée, ce qui nous promet une année riche en émotions.

Affiche du film Killers of The Flower Moon de Martin Scorsese, 2023. Source : https://www.allocine.fr/

Ruben Östlund, l’insider outsider

Le 28 février dernier, le nom du président du jury de cette 76ème édition a été révélé. 

C’est le réalisateur suédois Ruben Östlund qui aura l’honneur d’élire la Palme d’Or 2023 : c’est un des 9 double palmé au festival de Cannes avec The Square en 2017 et Sans Filtre l’année dernière mais aussi lauréat d’un prix du jury en 2014 dans la sélection Un Certain Regard pour Snow Therapy, le tout avec seulement 6 longs-métrages à son actif. Pas mal.

Le maître du cinéma suédois contemporain vient donc succéder à Vincent Lindon et a déclaré suite à sa nomination : « Nul autre lieu dans le monde ne suscite un tel désir de cinéma lorsque le rideau se lève sur un film en compétition. »

Ruben Östlund récompensé de la Palme d’or pour son film Sans filtre, lors de la 75ᵉ cérémonie du Festival de Cannes, 2022. Photo : PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP. Source : https://www.lemonde.fr/

Quelles sont les oeuvres qui susciteront notre désir de cinéma ?

Voyons donc ce qu’il y a au menu de cette 76ème édition. Commençons par le plus croustillant : les long-métrages en compétition, ceux qui concourent pour la palme tant convoitée.

Tout d’abord, on se réjouira du grand retour de Ken Loach, habitué de la Croisette, 4 ans après son dernier film Sorry We Missed You. 

A 86 ans, le britannique double palmé revient en compétition avec The Old Oak, drame social se déroulant au nord-est du Royaume-Uni, dans une localité marquée par la chômage dû à la fermeture de la mine de charbon. Le pub local « The Old Oak » va accueillir des réfugiés syriens, ce qui va diviser la population. 

L’engagé Ken Loach avait d’ailleurs récemment apporté son soutien aux grévistes français, qualifiant ces moments de mobilisation de « galvanisants ». Il a aussi déclaré que ce long-métrage sera probablement son dernier film de fiction : réussira-t-il l’exploit d’être le premier cinéaste à remporter trois palmes d’or ? 

Dans la catégorie « grand retour », on aura le plaisir de voir L’Été Dernier, le nouveau film de Catherine Breillat 10 ans après son dernier long-métrage. Ce drame porte sur une histoire d’amour interdite entre une avocate et son beau-fils de 17 ans interprétés par Léa Drucker et Samuel Kircher. Elle semble s’être accordée avec l’américain Jonathan Glazer, de retour avec un drame se déroulant durant la seconde guerre mondiale, The Zone of Interest, 10 ans aussi après son dernier film, le fascinant Under The Skin.

On aura du très beau monde sur la Croisette, on peut déjà citer le casting gargantuesque du nouveau Wes Anderson, Asteroid City, avec, accrochez-vous bien : Scarlett Johansson, Margot Robbie, Tom Hanks, Bryan Cranston, Tilda Swinton, Edward Norton, Adrian Brody, Steve Carrell, Willem Dafoe, Jeff Goldblum et plus encore, rien que ça.

Extrait image de la bande annonce officielle du film Asteroid City de Wes Anderson, 2023. Source : https://www.youtube.com/

Natalie Portman et Julianne Moore seront également de la partie, un duo qui nous laisse rêveurs, dans le nouveau film de Todd Haynes, May December.

On pourra aussi compter sur la présence du double oscarisé Sean Penn dans Black Flies de Jean-Stéphane Sauvaire, notre Juliette Binoche nationale dans La Passion de Dodin Bouffant de Trần Anh Hùng ou encore le charismatique Jude Law dans Firebrand de Karim Aïnouz.

On se régale d’autant plus en réalisant que tout ce gratin de stars est seulement constitué des films en compétition. 

Effectivement, en zieutant les autres catégories et les films hors compétition, on se demande comment les commerçants de Beverly Hills feront pour éviter la banqueroute durant la période du festival.

On s’est tous réjouis de l’annonce de la sélection du nouveau film de Martin Scorsese, qui n’était pas revenu sur la Croisette depuis 1986 avec After Hours mais aussi du retour de notre aventurier préféré avec Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, dernier volet de la saga homonyme mondialement connue. Au casting : l’habituel Harrison Ford, Phoebe Waller-Bridges, Mads Mikkelsen, Antonio Banderas.

On aura aussi le plaisir de voir Pedro Almodovar revenir avec le court-métrage Strange Way of Life, western romantique entre Pedro Pascal et Ethan Hawke.

Que demande le peuple ?

Derrière les strass et les paillettes, on aperçoit cependant quelques zones d’ombre et des polémiques naissantes autour de cette prochaine édition.

Le 76ème festival de Cannes entre déjà dans l’histoire. Avec 7 réalisatrices, c’est le record de représentation des femmes en compétition dans l’histoire du festival. Cependant, c’est un triste record car on reste encore très loin de la parité demandée par le collectif 50/50. 

Ce même collectif a également dénoncé la présence du film Le Retour de Catherine Corsini, annoncé dans la programmation initiale, puis retiré, puis réintégré.

En effet, ce film a été pointé du doigt après des suspicions d’agressions sexuelles sur mineur lors du tournage. 

Le collectif 50/50 considère que la réintégration du film dans la sélection est « un signal dévastateur envoyé aux victimes de violences sexistes et sexuelles. C’est aussi une manière de renforcer les connivences qui règnent dans notre industrie, et qui empêchent la libération apaisée de la parole sur ce sujet crucial. ».

Le fait que le film ait une telle exposition a suscité beaucoup de réactions, notamment sur les réseaux sociaux avec le producteur Marc Missionnier qui a lancé l’hashtag #BoycottCannes. 

Publication de Marc Missionnier sur Tweeter en réponse à la présence du film Le Retour de Catherine Corsini dans la programmation du festival de Cannes, 2023. Source : https://twitter.com/marcmissonnier/

Johnny reste

Le 5 avril dernier était annoncé Jeanne du Barry, le nouveau long-métrage de Maïwenn en ouverture du 76ème festival de Cannes avec… Johnny Depp.

Ce film marque le grand retour de Johnny Depp à l’écran après plus d’un an de démêlés judiciaires avec son ex-compagne Amber Heard. 

De plus, seulement trois jours après l’officialisation de la sélection de nouveau long-métrage de Maïwenn, il a été révélé que le journaliste Edwy Plenel a porté plainte en mars contre la réalisatrice française pour violences, cette dernière lui aurait tiré les cheveux avec violence et craché au visage dans un restaurant parisien fin février.

Le choix de Jeanne du Barry en tant que film d’ouverture du plus grand festival de cinéma au monde a donc suscité énormément de réactions, notamment sur les réseaux sociaux où de nombreux internautes ont exprimé leur mécontentement à la suite de l’annonce.

Les jours pesant

Autre colère, qui doit ravir notre cher Ken Loach, c’est la menace de plonger le festival de Cannes dans le noir lancée par la CGT la semaine dernière.

C’est en guise de réponse aux 100 jours « d’apaisement et d’action » mentionnés par Emmanuel Macron au cours de sa dernière allocution que les syndicats de la Fédération nationale Mines Energies CGT a déclaré son intention de se faire entendre et elle aurait « techniquement les moyens » de plonger le festival dans le noir. Pour le moment, aucune réaction ni par le festival de Cannes ni par son délégué général, Thierry Frémeaux n’a été constatée. 

Entre ombre et lumière, on se questionne sur la façon dont va se dérouler ce 76ème festival de Cannes. 

Ce qui est sûr, c’est qu’on a déjà du bon spectacle. Il n’y a plus qu’à espérer qu’on ait du bon cinéma.

Affiche officielle de la 76e édition du festival de Cannes, 2023. Source : https://www.lefigaro.fr/

Antoine Madon