Les Derniers Jedi (The last Jedi): l’émancipation inespérée d’une saga culte

Rian Johnson avec Les Derniers Jedi , en affirmant une vision personnelle qui prend le contrepied de la saga originale, réussit là ou son prédécesseur avait échoué. Si Le Réveil de la Force restait fidèle à l’esprit de la trilogie originale mais ne parvenait pas à s’en émanciper, ce nouvel opus surprend à tous les niveaux.

D’abord en tranchant avec le ton traditionnel des Star Wars. L’humour très présent afin de dédramatiser les scènes d’action rappelle la « formule Marvel », ce qui n’est pas si surprenant étant donné que les deux franchises appartiennent désormais à Disney.

Toutefois l’humour est ici plus dosé et parfois même bienvenu. C’est le cas pour Leïa qui répond à Luke, après avoir été séparée de son frère pendant des années ou celui-ci n’avait cessé de se reprocher que son fils ait basculé du côté obscur par sa faute, « Je sais ce que tu vas dire. J’ai changé de coiffure! »

On aurait pu s’attendre après le très fidèle mais timoré film de J.J. Abrams à ce que l’intrigue suive approximativement celle de L’Empire contre-attaque . Or c’est tout autre chose que Rian Johnson nous présente ici. Fini le mythe de « l’élu », du héros dont les liens du sang déterminent le destin. Ici on ne naît pas héros, on le devient. Rey n’a pas hérité de la force parce ce qu’elle est une Skywalker ou une Kenobi, mais simplement par l’heureux fruit du hasard. C’est l’usage qu’elle fait de la force qui la rend vraiment héroïque.

Les masques tombent; l’idole sacrée, la « légende » est mise en pièce dès que Luke jète vulgairement son sabre laser, symbole de sa toute-puissance et de l’héritage des Jedi. Luke Skywalker a perdu l’optimisme et l’idéalisme qui lui sont si caractéristiques. À présent, c’est un personnage torturé par les conséquences de ses actions passées et de celles de l’ordre des Jedi. Dans cette torture qu’il s’inflige à lui-même, Luke a besoin d’un guide. L’élève devient le maître. Rey devient le mentor du vieil homme qui s’est retiré du monde par désespoir.

C’est donc surtout un point de vue drastiquement opposé sur la définition du héros qui fait de Les Derniers Jedi le Star Wars que l’on n’attendait plus. En définitive, Star Wars est passé par la case « Game of Thrones ». La frontière entre le bien et le mal n’est plus aussi claire dans ce monde complexe.

On reconnaîtra quand même à J.J. Abrams d’avoir pris plus le temps pour développer l’intrigue et les personnages. Ici le rythme est effréné, les rebondissements s’enchaînent frénétiquement sans jamais laisser le temps au spectateur d’en prendre pleinement la mesure. On a tout juste le temps de découvrir un nouvel environnement qu’on est plongé dans un autre.

La richesse visuelle de Les Derniers Jedi compense la cadence excessive des péripéties au point de faire oublier rapidement celle de Rogue One . La scène de combat final dans le sel rouge, notamment, et le plan de la mort de Luke Skywalker nous rappellent la mise en scène soignée dont Rian Johnson avait déjà fait preuve dans Looper .

Au final Les Derniers Jedi aura su éviter le piège de la répétition tendue par le film précédent tout en maintenant une cohérence avec les nouveaux personnages de l’univers Star Wars. Si Disney parvient à maintenir ce niveau de qualité pour ses nombreux suites et spin-offs qui sont d’ors et déjà prévus, la force devrait encore pouvoir durer pendant longtemps.

Leave a Comment