Enfin une place pour les réalisatrices en 2021 ?

Une Palme d’Or pour Julia Ducournau, un Oscar de la meilleure réalisatrice pour Chloé Zhao et un Lion d’Or pour Audrey Diwan, l’année 2021 a particulièrement permis de mettre en avant les femmes réalisatrices. En plus des récompenses, les films réalisés par des femmes sont de plus en plus nombreux à arriver sur grand écran en France.

Selon une étude de LE LAB Femmes de Cinéma de 2021, « il ressort que l’année 2021 semble marquée par une prise de conscience croissante de l’importance des problématiques de genre dans l’industrie cinématographique ». En effet, il y a de plus en plus de femmes réalisatrices, ce qui amène aussi de nouveaux sujets sur les écrans. Par exemple, « l’Évènement », le film d’Audrey Diwan récompensé à la Mostra de Venise, traite avec subtilité du sujet de l’avortement, et apporte un regard novateur et revendicateur sur le sujet. De plus, les rôles des femmes dans les films de réalisatrices sont souvent plus importants et moins au second plan que dans les films réalisés par des hommes.

Pourtant, malgré les progrès constatés en 2O21, les réalisatrices restent extrêmement minoritaires dans le paysage cinématographique. Tout d’abord au niveau des récompenses en festival, les femmes ont souvent été effacées, voire invisibles. Julia Ducournau qui a eu la Palme d’Or pour son film Titane est seulement la deuxième femme ayant reçu cette distinction au festival de Cannes depuis sa création en 1955. Avant elle, la néo-zélandaise Jane Camion partageait la palme d’or avec le cinéaste Chain Kaige pour son film La leçon de piano en 1993. Sur toutes les éditions du festival de Cannes, il n’y a jamais eu plus de quatre femmes en compétition par année, le record de quatre étant atteint en 2021.

Ces inégalités que l’on constate au festival de Cannes se retrouvent dans l’intégralité du milieu du cinéma. Le collectif 50/50 publie des analyses dans le dossier Cinégalités. En France en 2019, 80% des films sont réalisés par des hommes. De plus, sur les quinze films les plus financés, tous ont été réalisés par des hommes. Les réalisateurs ont donc, en plus d’être à l’initiative de la majorité des films, un budget moyen bien plus important que les réalisatrices. Ces chiffres donnés par le collectif 50/50 se confirment dans le Bilan 2020 du CNC : le devis moyen des films d’initiative française réalisés par des femmes est de 2,23M d’euros contre 3,81M d’euros pour les hommes. Les femmes ont donc en moyenne 41,5% de budget en moins pour réaliser leurs films.

Pour revenir à l’année 2021, malgré les récompenses accordées à des femmes, dans le top 10 du box-office en France, aucun film n’a été réalisé par une femme. Pourtant, chaque année, de nombreuses écoles de cinéma comme la Fémis affichent des promotions partiaires. Les inégalités se creusent donc plus tard, lorsqu’il faut trouver des producteurs et des financements.

Les femmes sont pourtant les pionnières du cinéma à Hollywood dans les années 1910, puisqu’elles y ont fondé les premiers studios. Elles sont à l’initiative de la majorité des réalisations entre 1911 et 1925. Mais avec le développement de l’industrie du cinéma moderne et la recherche du profit, les hommes sont devenus largement majoritaires, jusqu’à effacer les femmes qui étaient là avant. Par exemple, un des plus grands noms du cinéma hollywoodien des années 1910 et 1920 est Lois Weber. Sur les 153 films qu’elle a réalisés, seulement seize ont été conservés. Elle a été totalement éclipsée et oubliée dans le monde du cinéma.

Pour réduire ces inégalités, plusieurs organismes mènent des actions. Comme cité plus haut, le collectif 50/50 amorce en 2018 suite au mouvement #MeToo une lutte pour que les films faits par des réalisatrices soient soutenus autant que ceux des hommes, et aient une plus grande visibilité notamment dans les festivals. Ils œuvrent aussi à la sensibilisation du grand public en faisant des études qu’ils publient sur leur site internet. De plus, tous les ans a lieu le Festival du Film de Femmes de Créteil, véritable scène qui permet aux réalisatrices d’avoir une place sur les grands écrans.

Si l’année 2021 a mis en lumière de nouveaux visages du cinéma féminin, le chemin à parcourir reste encore important pour que les réalisatrices bénéficient de la même reconnaissance que les hommes.

Léna Bérard

Sources

https://leseclaireurs.canalplus.com/articles/decouvrir/oscars-2021-avec-deux-femmes-realisatrices-en-lice-signe-t-on-la-fin-du-oscarssomale

https://collectif5050.com/fr/nos-etudes/la-parite-derriere-la-camera

https://www.telerama.fr/television/quand-les-femmes-regnaient-sur-hollywood,142055.php

http://femmesdecinema.org/wp-content/uploads/2021/12/%C3%89tude-2021-FR-5.pdf

La mode au XVIIIème siècle, ou comment la peinture œuvre au déploiement d’une nouvelle industrie

Pour enrichir votre expérience de l’univers naissant de la mode au XVIIIème siècle, je vous propose d’accompagner votre lecture par l’écoute de cette pièce iconique de Vivaldi, qui vous transportera à la cour de Versailles. https://www.youtube.com/watch?v=WWvMd4ib8QY

Bonne lecture ! 

Voyage dans le temps à travers l’exposition

Du 26 novembre 2021 au 6 mars 2022, le musée d’arts de Nantes nous propose une plongée au cœur de la mode du XVIIIème siècle. Plus de 200 objets, issus notamment des collections du Palais Galliera à Paris et du Château de Versailles, sont disposés pour recréer l’univers de l’époque. Certains tableaux emblématiques, textiles précieux, dessins inédits, vêtements ou encore accessoires ont été restaurés spécialement pour l’exposition. 

Affiche de l’exposition « À la mode » au musée d’art de Nantes

Le visiteur découvre un parcours en quatre étapes, à savoir les phénomènes de mode, le rôle joué par les peintres sur la fabrique de la mode, les fantaisies des artistes, et enfin un zoom sur l’histoire du négligé déshabillé.

La scénographie, conçue par Jean-Julien Simonot, vise tout particulièrement à théâtraliser l’exposition. Le public peut expérimenter l’atmosphère de l’époque, de la quête de luxe et de liberté qui était alors le mot d’ordre. Cette immersion est créée d’une part par la présence de vêtements d’époque, d’autre part par les scènes de genre et les portraits. Les vitrines, mises en valeur par un intérieur sombre, qui contraste avec la blancheur de l’architecture du patio, participent de la construction de cet univers, en reliant les différents espaces de l’exposition par la transparence des vitres.

Toute cette mise en scène vise à développer l’idée principale de l’exposition, qui est de mettre en perspective les tendances majeures de la mode naissante du XVIIIème siècle et le monde imaginaire représenté par les peintres. Et on peut dire que c’est un pari réussi ! 

Naissance de la mode au XVIIIème siècle

Tableau issu de l’exposition « À la mode. L’art de paraître au XVIIIe siècle »

C’est au XVIIIème siècle que naît la mode actuelle, en Europe. À la différence des périodes antérieures, on observe que le choix du costume devient une préoccupation quotidienne. Comment les citoyens de l’époque en sont arrivés là ? Les aristocrates et la haute bourgeoisie souhaitent se différencier du reste de la société par des vêtements nouveaux. Ils sont ensuite imités par les riches marchands et les banquiers. Ils demandent un renouvellement perpétuel pour toujours se différencier : c’est pour répondre à cette demande que les créateurs redoublent de créativité. 

La mode devient ainsi un phénomène de cour. Cela participe du développement d’une culture de la « mondanité ». La vie sociale ressemble à une scène de théâtre, tous les divertissements sont bons à « se montrer » ou à « se faire voir ». À travers les travestissements, les déguisements, que ce soit dans les salons, les bals, les spectacles ou même dans les tableaux, la haute société de l’époque témoigne de l’importance particulière qu’elle accorde au vêtement. Des icônes de la mode font leur apparition, telles que la Marquise de Pompadour ou la Duchesse de Polignac… 

Relation complexe entre peintres et mode

Dans le tournant décisif que représente la naissance de la mode, les peintres jouent un rôle important Ils sont les ancêtres des couturiers et des créateurs de mode. Ils sont à la fois acteurs du nouveau secteur économique de la fabrique de la mode, et influencés par le développement de cette nouvelle activité.

Au XVIIIème siècle, la peinture est le seul moyen de rendre compte de son apparence. Toute une culture de la mise en scène autour du portrait se déploie alors. Une attention spéciale est accordée au vêtement, à la coiffure, à la posture, et au décor. Par cette représentation de la noblesse et de la bourgeoisie, les peintres participent à la diffusion des nouvelles tendances vestimentaires. La figuration de scènes de genre, avec des costumes réels ou fictionnels, influence également l’imaginaire collectif et consacre des pièces de vestiaire devenues iconiques. 

Tableau issu de l’exposition « À la mode. L’art de paraître au XVIIIe siècle »

Cette nouvelle industrie offre une formidable opportunité pour les artistes peintres, qui ont su la saisir et répondre à la demande croissante. Le besoin de conception de motifs textiles, de réalisation de décors d’accessoires, d’invention de silhouettes, conduit à l’ouverture de fabriques de tissus, de fils, de rubans, de dentelles. De nouveaux métiers émergent ; une presse spécialisée se développe lors de la seconde moitié du XVIIIème siècle. Le dessin de mode consiste à présenter un modèle de vêtement ou d’accessoires à des fins privées ou professionnelles. La nécessité de dessinateurs pour la presse de mode entraîne la création de la première école gratuite de dessin à Lyon en 1756. C’est ainsi qu’apparaît une formation professionnalisante pour peintres, avec l’ouverture d’autres écoles de dessin dans toute la France. 

Enfin, la mode est un terrain d’expression pour les peintres. Ce qu’on appelle le « musée de poche » leur permet de diffuser leur art. Les accessoires de mode comme les éventails, les carnets de bals, les gants, sont ornés d’images miniatures correspondant à des peintures contemporaines. Les peintres développent leur imaginaire dans des scènes de société, mettant en scène des personnages de l’aristocratie dans leurs plus beaux atours.

Tout ceci montre la grande perméabilité entre l’univers de la mode et des arts.

Quelques peintres à connaître

À propos des peintres de cette époque luxuriante, quelques noms sont à retenir. Antoine Watteau et Nicolas Lancret sont les pères du genre pictural des fêtes galantes. Ces scènes représentent la haute société de l’époque, lors de réceptions en intérieur ou en plein air. Nous pouvons admirer les costumes anciens du XVIIème siècle, qui se mêlent aux habits contemporains, flamands et français, réels et de fiction. La Commedia dell’arte est une source d’inspiration, et il n’est pas rare de reconnaître dans ces tableaux des costumes de Pierrot et d’Arlequin, qui deviennent alors, dans la vie réelle, la marque du noble ou du peintre.

Dans un autre registre, les scènes pastorales de François Boucher offrent à l’œil du public la représentation de jeunes gens, dans un cadre champêtre, le plus souvent dans une atmosphère de séduction. Le peintre rococo est aussi l’un des portraitistes de la Marquise de Pompadour, icône de la mode de l’époque.

Pour aller plus loin…

  • Exposition « À la mode. L’art de paraître au 18e siècle », Musée d’arts de Nantes, Du 26 novembre 2021 au 6 mars 2022.
  • Film Marie Antoinette, Sofia Coppola, 2006.
  • La Galerie des Modes, Esnaut et Rapilly.

Esther Aparicio

Sources : 

https://museedartsdenantes.nantesmetropole.fr/home/informations-actus/expositions/a-la-mode/lexposition.html

https://museedartsdenantes.nantesmetropole.fr/home/informations-actus/actualites/zoom-sur-la-scenographie.html

https://www.palaisgalliera.paris.fr/fr/collections/les-collections/les-costumes-du-xviiie-siecle

Simone Veil : figure d’inspiration pour la création artistique

Le 1er Juillet 2018, Simone Veil fait son entrée au Panthéon. Femme de la politique, du féminisme, de la Shoah, elle était, au sens plus large, une femme de combats. On se souvient souvent d’elle pour l’adoption de la loi de dépénalisation du recours à l’IVG. Pour autant, ce combat en cache beaucoup d’autres. 

Une femme inspirante pour l’art

À Paris et dans la France entière, les œuvres et créations artistiques autour de cette figure inspirante sont de plus en plus nombreuses. Quelques-unes se démarquent, comme la pièce de théâtre : Simone Veil, les combats d’une effrontée… adaptation par Christiana Réali et Antoine Mory du livre autobiographique Une vie de Madame Veil. La mise en scène par Pauline Susini nous emporte en plein cœur d’une émission de radio. Une étudiante est appelée à témoigner au micro autour du parcours de cette figure emblématique. On découvre finalement un dialogue entre l’étudiante et Christiana Réali, incarnant le personnage de Simone Veil.

À travers un jeu de son et de lumière, nous sommes replongés dans des épisodes glaçants de la Shoah et d’autres moments de sa vie. La ressemblance physique entre Christiana Réali et Simone Veil est bluffante. Les postures, les attitudes et l’intonation de l’actrice nous permettent un voyage touchant et poignant autour de la vie de Simone Veil. 

Outre le Théâtre, d’autres arts considèrent l’icône comme une véritable source d’inspiration. Exposition, écriture, danse ou encore street art révèlent des créations en hommage à Simone Veil. Deux exemples de création artistique ont notamment marqué l’année 2021. De mai à Aout 2021, c’est à l’Hôtel de ville de Paris que l’on pouvait retrouver une exposition sur la vie de cette dernière, avec une scénographie et une installation volontairement chronologiques qui renforcent le côté inspirant du parcours de Simone Veil.

Le deuxième exemple est celui du street art, qui, lui, rend un hommage fort avec une affiche du visage de l’icône, accompagné de l’écriteau « Merci Simone ». On y retrouve un visage expressif et très représentatif de la réalité. Le nom du collectif de street art porte le nom de « Merci Simone » et ce dernier a même lancé une campagne de Crowdfunding permettant de récolter des fonds pour l’association Féminisme Populaire, en contrepartie de leurs affiches.

Portrait de Simone Veil réalisé par le collectif Merci Simone

Un réel engouement artistique autour de cette figure se ressent. Comment comprendre ce phénomène de mise en avant de Simone Veil dans de nombreuses créations artistiques ? 

Certains définissent l’art comme « un amplificateur de rêve ». L’art permettrait de rêver et de penser à un idéal. Les figures emblématiques comme Simone Veil peuvent être considérées comme des exemples, des idéaux à atteindre. Le spectateur se laisse donc emporter par ce type d’histoire inspirante qui le rapproche d’un idéal et donc du « rêve ».

La combativité de Simone Veil est un trait de sa personnalité qui inspire et qui fait d’elle « une femme de conviction ». Ce « statut » est imaginaire mais pour beaucoup de français/es l’engagement et les convictions font partie de « l’idéal recherché ». De plus, la plupart des combats menés par Simone Veil sont encore actuels. La population se sent donc d’autant plus concernée par les problématiques défendues par cette dernière.

Le combat du féminisme

Nous pouvons prendre l’exemple du féminisme, qui a une place importante dans l’esprit des citoyens du 21ème siècle. Simone Veil est une des grandes porteuses du mouvement féministe. Le choix, par les créateurs et artistes, de mettre en avant ses combats liés aux femmes permet de rendre accessible à tous les réflexions autour de ces sujets. Par exemple, pour certains, il est plus facile de se rendre au théâtre pour apprendre sur des sujets comme le féminisme que d’assister à une conférence. La figure inspirante de Simone Veil est donc également un moyen pour les artistes de faire passer des messages et de diffuser sa parole auprès du public.

Même si les œuvres créées autour de Simone Veil reçoivent aussi des critiques négatives, l’impression qui en sort est celle d’une appréciation plutôt positive de cette icône chez les Français. Naturellement, les avis sont partagés mais son parcours ne laisse pas indifférente la population. Première présidente au parlement Européen, ministre à plusieurs reprises, diplômée de droit et sciences politiques, déportée et rescapée de la Shoah : son chemin est rempli d’émotion et l’art le retranscrit pleinement.

Simone Veil s’impose donc naturellement comme une figure d’inspiration pour la création artistique, et le public en redemande ! 

Solène Barbier

Sources:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_Veil

https://www.theatre-antoine.com/simone-veil-les-combats-dune-effrontee-0

https://quefaire.paris.fr/simoneveil

https://lumieresdelaville.net/merci-simone-street-art-rend-hommage-a-simone-veil/

https://fr.ulule.com/merci-simonedanstoutelafrance/

Vous pouvez retrouver le collectif Merci Simone sur Facebook: https://www.facebook.com/MerciSimoneofficiel

Et sur Instagram: https://www.instagram.com/merci.simone/

D’influenceur à acteur de théâtre

Récemment, la tournée 2021 de la nouvelle version de « A Dreamy Dream » a fait l’objet de polémiques en Chine. En tant qu’une des pièces de théâtre les plus connues en Chine depuis le début du 21ème siècle, son rôle principal, patient no.5, est occupé par une tête d’affiche non professionnelle : Zhan XIAO.  

Zhan Xiao, A Dream like a Dream,
rehearsal pictures, ©facebook

L’opinion publique est partagée entre les deux camps. Les supporteurs/fans de cette vedette estiment que sa présence dans cette pièce lui permet d’aiguiser/développer son jeu d’acteur et de stimuler le box-office. Par contre, le point de vue prédominant reste plutôt négatif : l’entrée de stars sans expérience en tant qu’acteur dans le théâtre n’est qu’un compromis entre la valeur artistique, la réputation et les recettes de billetterie, au détriment de l’écosystème du drame à long terme. 

Du côté du théâtre, il est attendu que les stars fassent de la publicité et génèrent du chiffre d’affaires ; quant aux starlettes, elles jouent dans une pièce soit pour leur passion du théâtre, soit pour améliorer leurs talents d’acteur, se valoriser ou obtenir la reconnaissance du public. Dans cette hypothèse, les producteurs et les stars bénéficient les uns des autres. Toutefois, ce phénomène est en fait une épée à double tranchant. 

D’un certain point de vue, en effet, d’après les billets vendus lors de la première mise en scène de spectacle à Wuhan le 22 avril, il ne faut pas nier que Xiao ZHAN possède un très grand nombre de fans fidèles, ce qui amène effectivement un vif débat mais aussi des recettes remarquables. Cependant, en raison de son manque d’expérience en tant que comédien, la qualité de la pièce elle-même a beaucoup pâti. Parallèlement, les fans de cet influenceur ont réservé la majorité des places, ce qui a fait gonfler le prix de billets jusqu’à 40 000 RMB (5000 euros) , conduisant directement à une inaccessibilité pour le grand public. Un spectacle de théâtre s’est ainsi transformé en une réunion de fans. En outre, le trafic de billets et le non-respect de l’étiquette du théâtre ont rendu l’expérience moins agréable. Par exemple, certains fans ont même pris des photos dans la salle de spectacle au cours de la représentation. 

Zhan Xiao dans A Dream like a Dream
©reddit

Cependant, en raison de la longue période de préparation et de répétitions, des cachets plutôt faibles et de la mise à l’épreuve de leurs compétences en tant qu’acteur, les vedettes ne sont pas toujours en mesure d’endurer cette corvée sur le long terme. Ils disparaissent donc souvent de la scène après une pièce de théâtre et reviennent au secteur d’où ils viennent. Le « perfectionnement des compétences » devient une formalité. Le théâtre n’est qu’un outil de publicité. L’invasion des influenceurs dans la scène théâtrale plonge les vrais amateurs dans le chaos. 

Cependant, d’un autre point de vue, les spectateurs de théâtre ont des goûts plutôt conservateurs, moins importants que ceux du cinéma et de la télévision. Au lieu de rester dans leur zone de confort, il est préférable pour les producteurs de collaborer avec des stars, qui sont susceptibles alors d’amener de la diversité dans leur carrière au cours de ce parcours. M. Pokora, réputé au début de sa carrière uniquement comme un chanteur, a joué dans la comédie musicale Robin des Bois en 2013 et a trouvé par la suite plus d’opportunités en tant qu’acteur d’émission télévisée. 

M. Pokora dans Robin des Bois, affiche de la comédie musicale
©pinterest

Le secteur du théâtre acquiert également une plus grande attention de la part du grand public grâce à l’influence apportée par les têtes d’affiche, ce qui permet d’attirer une audience potentielle. En plus, au lieu de refuser une partie du public qui ne maîtrise pas les codes du théâtre et de continuer à en renforcer les frontières, il vaut mieux que le théâtre guide et régule le comportement de ces nouveaux arrivants. En un mot, l’épanouissement des arts a besoin d’un terrain cultivé, tolérant et innovant. 

Ziqi Yuan

Sources :

https://www.sohu.com/a/462735774_260616

https://www.zhihu.com/question/306573807

Le cinéma coréen : avènement d’un genre singulier

Provocant, sombre, malsain, lyrique, remarquable. Bien des mots peuvent définir le style si puissant qui anime depuis une vingtaine d’années les long-métrages de l’industrie du cinéma coréen. Le sacre du Parasite de Bong Joon-ho à la cérémonie des Oscars 2020 en atteste : le cinéma coréen est en pleine expansion et brille par l’originalité de ses films. En effet, longtemps tus par la censure qui réprimait la créativité en Corée du Sud, les cinéastes coréens se sont depuis imposés comme des maîtres du Septième Art notamment pendant la période de la Nouvelle Vague Coréenne qui débuta au début des années 2000. Photographie soignée, plans millimétrés et étude des relations humaines : les films coréens dépeignent avec noirceur et justesse le monde contemporain, non sans critiquer les failles de nos sociétés. Lumière sur l’avènement d’un genre singulier qui n’a pas fini de nous étonner… 

Un cadre sombre et violent. 

Les fictions coréennes dépeignent en effet des espaces où se côtoient violence et misère sociale. Ayant pour la plupart lieu en Corée, que ce soit dans des grandes agglomérations comme Séoul ou dans des espaces ruraux plus reculés, le constat est le même : les cinéastes coréens ont à cœur de créer une ambiance sombre et parfois malsaine. Que ce soit dans un commissariat de Gyunggi où les suspects sont molestés par une police corrompue et inactive dans l’excellent Memories of Murder de Bong Joon-Ho ou au cœur du réseau proxénète d’un ex-policier où le danger rôde dans les rues les plus banales dans The Chaser de Na Hong-jin, le décor est sale et obscur, l’atmosphère haletante et inquiétante. 

Old Boy, de Park Chan-wook – 2003, produit par Lim Seung-yong et Kim Dong-joo

            Ces plans sombres plongent tout de suite le spectateur au cœur de thrillers puissants qui vont mettre en scène des personnages amenés à devenir violents pour subsister dans un monde injuste et froid. La virtuosité artistique et la maîtrise technique des plus grands noms coréens esthétisent la violence à tel point que lorsque la cause semble juste, un tel déchaînement de violence semble justifié.

Le déchaînement de violence dans Old Boy

Que dire de cette scène mythique du Old Boy de Park Chan-wook où Oh Dae-su affronte à lui seul une vingtaine d’hommes gardant la prison clandestine dans laquelle il a été emprisonné, uniquement armé d’un marteau ? Cherchant à savoir pourquoi il a été enfermé, le spectateur n’est intuitivement pas choqué par la violence déployée par Oh Dae-su qui a subi en premier lieu une injustice que l’on ne comprend pas. Certains films vont plus loin en exacerbant la violence pour souligner ce que les sentiments humains ont de plus profond et de plus noir : le thème du cannibalisme dans J’ai rencontré le diable de Kim Jee-woon ou encore l’ultime meurtre notablement odieux commis par l’assassin de Memories of Murder choquent particulièrement. Le monde vu par le prisme du genre coréen est profondément mauvais, violent et poussent les protagonistes à faire des actes inconsidérés, le plus souvent en quête de justice : c’est ce qui rend ce style cinématographique éminemment humain. 

J’ai rencontré le diable, de Kim Jee-woon – 2010, co-produit par Showbox/Mediaplex ; Softbank Ventures, Peppermint & Company et Siz Entertainment 

Des personnages ambivalents. 

Le héros coréen fait figure d’anti-héros. Arrogant, corrompu ou violent, il n’hésite pas à transgresser certaines barrières morales pour arriver à ses fins. En concordance avec le cadre dans lequel il évolue, il a une part indéniable d’obscurité qui se retourne bien souvent contre lui. Le service de police amoral et paresseux de Memories of Murder, les personnages de Mademoiselle de Park Chan-wook qui cherchent à se duper les uns les autres, le désir maladif de Soo-hyun de torturer l’assassin de sa fiancée qui finit par lui échapper dans J’ai rencontré le diable … autant de situations qui illustrent l’irrationalité latente de l’être humain. Cependant, les cinéastes coréens arrivent avec brio à rendre leurs personnages humains par cette ambivalence qui les caractérise. 

La police de Memories of Murder (réalisé par Bong Joon-ho), forçant un handicapé mental à avouer un meurtre pour donner un coupable à sa hiérarchie – 2003, produit par CJ Entertainment et Sidus Pictures

Oh Dae-su, violemment humain

C’est effectivement dans les moments les plus durs et les plus sombres que se dévoile véritablement l’humanité des personnages principaux. C’est un des thèmes phare du genre coréen : l’analyse en profondeur de ce qui nous rend vraiment humains. Mentionnons cette scène déchirante qui clôt Old Boy :  lorsque Oh Dae-su se rend compte de la relation incestueuse qu’il entretient avec sa fille, orchestrée par l’homme qui l’a séquestré pendant quinze ans, la folie le gagne et plus rien ne lui permettra de passer outre cette terrible vérité. Il prétend littéralement être un chien et se met aux pieds de son bourreau : il ne peut pas concevoir ce qu’il a fait inconsciemment et préfère devenir fou que vivre avec cette réalité. C’est à ce moment-là du film qu’Oh Dae-su, personnage violent, peu courtois et en quête de justice apparaît le plus humain.

Oh Dae-su, bercé par les mensonges d’une hypnotiseuse pour échapper à son insoutenable réalité à la fin d’Old Boy (de Park Chan-wook – 2003, produit par Lim Seung-yong et Kim Dong-joo)

Puissance esthétique et éventail d’émotions. 

Les cinéastes coréens, et tout particulièrement les artisans de la Nouvelle Vague coréenne, démontrent de film en film une virtuosité technique impressionnante. Symétrie parfaite des plans, profondeur de champ, décors impeccables, qualité de l’image : certains films coréens sont des véritables œuvres d’art par leur aboutissement cinématographique. L’esthétisme est une clé du cinéma coréen qui s’est affirmé comme une référence en la matière. 

Mademoiselle, de Park Chan-wook – 2016, co-produit par Moho Film et Yong Film

Mêlant horreur, drame, thriller ou comédie, les films coréens offrent un éventail d’émotions impressionnant. Le spectateur passe par tous les états et la brutalité des changements d’émotions le frappe d’autant plus.

Memories of Murder, ascenseur émotionnel

La scène de Memories of Murder où l’équipe de police se rend au bar pour se divertir un peu avant d’apprendre un nouveau décès nous fait subitement passer du comique au tragique. Un exemple en la matière est probablement le chef d’œuvre de Na Hong-jin The Chaser. Nous suivons parallèlement l’enquête et la situation extrême dans laquelle se trouve la jeune femme victime d’une tentative de meurtre, qui finit par s’échapper du lieu où elle est séquestrée. Elle parvient à se réfugier dans une épicerie du quartier, où par le hasard des choses, l’assassin vient acheter un paquet de cigarettes. Informé par la vendeuse de la possible présence d’un meurtrier dans le quartier, ce-dernier comprend d’où provient l’information et assassine la vendeuse, ainsi que sa première victime dans un déchaînement de violence assourdissant. Le passage de l’espoir au désespoir s’effectue extrêmement rapidement et le spectateur est d’autant plus touché par l’extrême violence employée. 

Mi-jin, réfugiée à l’arrière d’une épicerie dans un état critique, avant d’être retrouvée par l’assassin de The Chaser – 2008, réalisé par Na Hong-jin et produit par Bidangil Pictures

Une notoriété grandissante. 

Désormais incontournable, le genre coréen s’est imposé dans l’univers du cinéma par sa patte si singulière. Le sacre de Parasite aux Oscars n’est pas l’aboutissement d’un film particulièrement réussi : c’est la consécration de vingt ans de réflexions et de films introspectifs puissants et esthétiques qui ont démontré l’existence d’une industrie cinématographique créative et qui casse les codes. Rappelons qu’Old Boy a séduit au point de remporter le Grand Prix du Festival de Cannes en 2003 et que Mademoiselle a obtenu le prix de Meilleur film en langue étrangère aux BAFTA en 2016.

Bong Joon-ho avec les six statuettes attribuées à Parasite – 2020, ©VALERIE MACON / AFP

            Après la consécration suprême du film de Bong Joon-ho, l’avenir du cinéma coréen promet d’être explosif. La constante réinvention des codes du cinéma à chaque sortie de film fait maintenant office d’évènement. Placé sur le devant de la scène, il reste à savoir comment le genre coréen va évoluer dans les prochaines années, et quels codes il va être amené à réinventer … 

Parasite, de Bong Joon-ho – 2019, co-produit par Barunson E&A et CJ Entertainment

Tom Ziakovic

Bibliographie

https://leblogduherisson.com/le-cinema-coreen-une-vague-dun-genre-nouveau/

https://www.gqmagazine.fr/pop-culture/article/parasite-est-la-preuve-que-le-cinema-coreen-a-10-ans-davance

https://www.frenchtouch2.fr/2016/11/entretien-avec-park-chan-wook.html

https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2019/05/21/seoul-capitale-d-un-cinema-en-pleine-forme_5465222_4500055.html

https://www.estrepublicain.fr/actualite/2019/05/26/bong-joon-ho-j-aime-casser-les-codes-du-cinema-de-genre

https://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Rencontre-avec-Bong-Joon-ho-le-realisateur-de-Parasite-qui-a-remporte-quatre-Oscars

https://culture.audencia.com/bong-joon-ho-a-parasite-les-oscars-2020/

L’art esthétique des costumes de l’Opéra de Pékin

L’Opéra de Pékin est un symbole culturel important de la Chine, et les costumes sont une partie importante de l’art du spectacle de cet Opéra. Sur la base de cet article, nous analyserons le style des costumes de l’Opéra de Pékin façonnant l’image extérieure des personnages. Nous allons explorer en profondeur la représentation des caractéristiques artistiques des personnages. Puis, nous soulignerons la transmission vers l’esprit par la forme, à travers les costumes.

Les costumes de l’Opéra de Pékin sont un objet important de l’esthétique et une partie importante de la représentation des spectacles. Cela joue un rôle vital dans la construction du personnage et le développement de l’intrigue. Ils permettent d’exprimer les sentiments des personnages et de leur façonner une image vivante et évocatrice.

Le style des costumes de l’opéra de Pékin

Sur la scène de l’Opéra de Pékin, le style des costumes est principalement basé sur le costume de la dynastie Ming, absorbant l’essence des tenues de différentes générations, et en exagérant sur la base des vêtements du quotidien. Les acteurs chantent et jouent sur scène avec des costumes correspondant à leur personnage. Au cours du temps, les costumes de l’Opéra de Pékin ont été développés et perfectionnés. Il y a une certaine standardisation dans la forme, qui est largement divisée en cinq catégories : « python, cape, plis, armure et manteau ». Cela a entraîné une linéarité quant aux habitudes des styles artistiques.

  • « Python » : également connu sous le nom de robe python. Il s’agit du vêtement porté par les anciens fonctionnaires lors des occasions formelles. Sur la robe se trouve un dragon à une griffe brodée. À l’opéra de Pékin, la robe Python conserve essentiellement les codes vestimentaires des vêtements Python des Ming et des Qing. Ils ont de grandes manches larges avec des revers se chevauchant à droite et un col rond. La robe descend jusqu’au pied. 
  • « Cape » : Il s’agit d’une longue robe à revers, couramment portée par les empereurs, les fonctionnaires de rangs intermédiaires et leurs familles. Elle est considérée comme « la deuxième tenue la plus digne », juste après le « Python ». La Cape est généralement faite d’un tissu large et épais. Elles sont généralement fabriquées en satin, soit avec le « Grand satin » ou le « Satin Crêpe »
  • Les « Plis » : Également connus sous le nom de « robes taoïstes », peuvent être portées par l’Empereur et les gens du peuple. Elles sont les robes les plus utilisées, les plus polyvalentes et les plus versatiles sur la scène de l’Opéra de Pékin.
  • « L’Armure » : Il s’agit du costume porté par les généraux militaires dans l’Opéra de Pékin.  « L’armure » est basée sur l’armure Qing de la dynastie Ming, exagérée et décorée, avec un long col rond, des manches fines resserrées, et deux pièces avant et arrière, donnant au personnage une apparence imposante. L’Armure est généralement divisée en deux catégories. Premièrement, celle avec un drapeau attaché dans le dos, nommée « armure lourde », a une signification symbolique à propos des batailles (comme la Figure 1).  Deuxièmement, l’armure légère utilise habituellement les drapeaux non attachés.
L’armure
©talefromtheeast sur pinterest

Visualisation du temps et de l’espace et expression du caractère

1. La visualisation du temps et de l’espace

Dans l’Opéra de Pékin, la transformation du temps et de l’espace est accompagnée par les costumes avec trois (points) indiscernables.

  • Les costumes des acteurs de l’Opéra de Pékin ne sont pas limités par les dynasties, comme le roi Fucha de Wu dans « Xi Shi », bien qu’il y ait mille ans de différence entre les personnages avant et après. Les costumes sont fondamentalement les mêmes.
  • Les costumes ne sont généralement pas affectés par les saisons. C’est sur scène que des éléments sont ajoutés pour indiquer à quelle période de l’année on se situe. Par exemple, l’action du ventilateur pour indiquer l’été, le crépitement du feu pour indiquer l’hiver, le port d’un manteau pour indiquer les jours de neige, etc.
  • Les costumes de l’opéra de Pékin ne sont pas soumis à des contraintes géographiques, communs au nord et au sud, qu’il s’agisse de la guerre ou des événements rouges et blancs, sont interprétés par le même costume, mais tout costume doit suivre l’identité du personnage, la ligne.

2. Expression artistique

Le sens symbolique de la couleur.
Le concept chinois traditionnel du “yin et yang » divise les costumes de l’Opéra de Pékin en « cinq couleurs supérieures » (Rouge, Vert, Blanc, Jaune, Noir) et « cinq couleurs inférieures » (Rose, Bleu, Violet, Brun, Bleu clair). Les anciens Chinois accordent une grande attention aux couleurs de la nature. Les costumes de l’Opéra de Pékin utilisent différentes couleurs pour exprimer les relations entre les personnages du spectacle, ou la signification de leurs idées. Certains peuvent avoir des costumes aux couleurs assorties. Chaque couleur a une signification différente.

Le rouge : l’honnêteté, la loyauté et, dans une certaine mesure, le statut inférieur de la personne qui le porte. Il est souvent associé aux bonnes personnes dans les spectacles de l’Opéra de Pékin ; en outre, il représente également l’enthousiasme et la fête et est souvent utilisé dans les mariages. (par exemple, figure 2).

Vert : la bravoure et la soif de sang, montrant souvent les hautes prouesses militaires de l’acteur. Cette couleur peut aussi représenter le vulgaire « méchant ».

Blanc : la sainteté et le pimpant, et convient aux belles silhouettes. Les hommes le portaient pour montrer leur haute moralité et leur fidélité à l’État, les femmes pour montrer qu’elles étaient faibles, malades ou enceintes, et pour les funérailles, les vêtements de deuil étaient généralement blancs.

Jaune : c’est la couleur portée spécifiquement par les empereurs, les reines et autres membres de la royauté ; d’autres nuances de jaune peuvent également être portées par des personnes débrouillardes et dignes de respect.

Noir : Il était porté par les hommes pour exprimer leur force et leur intégrité, et par les femmes pour représenter leur pauvreté, la perte de leur mari ou de leur famille.

Rose : la romance et la beauté.

Bleu : une personne de haut statut, le porteur est gentil et calme ; en outre, il est principalement utilisé pour les généraux de l’armée.

Violet : la tolérance, la noblesse, utilisé pour les personnes âgées ou les vieux étudiants.

Brun : la vieillesse et la stabilité.

Bleu clair : la jeunesse.

La signification symbolique du motif.
Les motifs des costumes de l’Opéra de Pékin sont très symboliques. Par exemple, parmi les motifs mythologiques, le « motif du dragon » est le plus courant. Faisant principalement référence aux robes à dragon des empereurs Ming et Qing. Ce motif était initialement exclusif à l’empereur, puis est devenu un motif pouvant être utilisé par l’empereur et ses généraux.
Le « motif phénix » était le motif qui apparaissait le plus souvent dans les vêtements des femmes royales.

©ethnoworld sur pinterest

Parmi les motifs animaliers, ceux issus des mythes et des légendes sont généralement porteurs de belles significations symbolisant que quelque chose de bien va arriver.  Ils véhiculent l’espoir, comme l’illustre la « chauve-souris » souvent utilisée dans les vêtements des personnes âgées.

Ces motifs ne reflètent pas seulement le monde réel, mais résument également le charme du personnage, illustrant son monde intérieur, son être.

En résumé, les costumes de l’opéra de Pékin n’expriment pas seulement la beauté de la vie, mais dépeignent également les personnages et leurs univers. Ils transmettent l’essence de la culture authentique chinoise, qui a subi un siècle de précipitation culturelle. Ils véhiculent la notion du temps et d’espaces virtuels notamment grâce à un esthétisme particulier, leurs ornements et leurs couleurs.

Yingyu Yang

L’empire Disney et le danger d’un monopole

Le rachat de la 21st Century Fox en 2019 a posé beaucoup de questions quant au dangereux monopole que Disney est en train de se créer, car ce rachat lui permet d’acquérir des chaînes telles que National Geographic ou le réseau Sky, mais aussi côté cinéma de franchises telles que X-men et les droits de distribution de Titanic, Alien ou Avatar entre autres. Ce rachat vient marquer la concrétisation d’une volonté devenue réalité de concurrencer Netflix sur le marché des plateformes de streaming. Ajoutons à cela tous ses parcs d’attractions dans le monde et se dresse alors le bilan de presque 100 ans d’expansion, non sans embûche pour parvenir à créer un empire du divertissement.  Un empire qui pose des questions et qui fait parfois peur.

Walt Disney, un patron visionnaire, en quête de modernité

Aux prémices de Disney se trouve une recherche de modernité. Walt Disney, qui au début des années 1920 avait quelques courts-métrages d’animation à son actif décide en 1923 de créer avec son frère son propre studio, le Disney Brothers Studio, rebaptisée Walt Disney Studio en 1926. Walt voit dans l’animation le futur du divertissement sur grand écran.

Couverture du court-métrage d'animation Mickey Mouse in Steamboat willie
Les débuts de Mickey Mouse ©Wikipédia

Les débuts sont compliqués pour le nouveau studio qui ne parvient pas à vendre aux distributeurs la nouvelle création de Walt, une certaine souris nommée Mickey. Walt Disney s’intéresse donc à l’utilisation du son dans l’animation. Si certains dessins animés sonores comportaient déjà du son, Walt, plein d’ambition, investit tout son argent dans son court-métrage d’animation Mickey Mouse Steamboat Willie. Le son n’est alors pas qu’un simple accompagnateur de l’image, mais partie intégrante du court-métrage, accompagnant les gags, ce qui marquera le premier succès du studio.

Plusieurs courts-métrages usant de nouvelles technologies ainsi qu’un budget très conséquent lui permettent de mêler cette expérience pour produire en 1937 ce qui marquera un tournant dans l’histoire du studio : Blanche-Neige et les Sept Nains. Le film est évidemment un énorme succès et le plus gros succès du cinéma jusqu’à Gone with the Wind deux ans plus tard. Il révolutionne le genre de l’animation et propulse Disney sur l’avant-scène.  L’équipe de plus de 1200 animateurs déménage alors dans de nouveaux locaux à Burbank, Los Angeles.

Couverture du magazine LIFE en 1971, à la création du parc Disney World  ©Reddit
Couverture du magazine LIFE en 1971 ©Reddit

En 1940, Disney définit son projet d’ouvrir un parc d’attractions qui ouvre en 1955 à Anaheim (Californie). L’expansion Disney a commencé. Puis en 1971, c’est Disney World à Orlando (Floride) qui ouvre ses portes avec 11 000 hectares contre 37 pour celui de Californie. Walt Disney ne verra jamais le parc puisqu’il s’éteint en 1966. Cependant, son héritage continue et des parcs ouvrent un peu partout dans le monde à Paris, Tokyo, Hong-Kong et Shanghai.

Avec cette diversification, le modèle de l’entreprise fait peur à certain et on parle déjà de Disneyisation pour désigner l’uniformité culturelle que l’entreprise est en train de créer.

L’histoire de Disneyland Paris, ouverture de la Tour de la terreur, ina.fr

« Disney, c’était encore du spectacle, du folkore, avec un effet de distraction et de distance alors qu’avec Disney World et son extension tentaculaire, on a affaire à une métastase généralisée, à un clonage du monde et de notre univers mental non pas dans l’imaginaire mais dans le vrai et le virtuel. Nous devenons non plus les spectateurs aliénés et passifs, mais les figurants interactifs, les gentils figurants lyophilisés de cet immense reality-show. »

Jean braudillard, Libération

Un empire qui ne finit pas d’asseoir son monopole au XXIème siècle

Au début des années 2000, Disney est sans aucun doute un mastodonte du divertissement, avec plus de 70 productions à succès. Mais l’empire ne s’arrête pas là. Le studio souhaite s’étendre de plus en plus sur le cinéma hollywoodien et en un peu plus de 10 ans, par le biais d’acquisitions, se hisse au rang du plus gros studio américain. En 2006, Disney rachète ainsi Pixar pour 7,4 milliards de dollars. En 2009, c’est au tour de Marvel d’être racheté pour 4 milliards. La franchise sera la plus lucrative pour Disney avec notamment Avengers : Endgame qui récoltera 2,8 milliards de dollars de recettes. En 2012, Disney rachète Lucasfilm pour 4 milliards et détient donc désormais la franchise Star Wars.

Enfin, en 2019, le rachat de 21st Century Fox pour 71,3 milliards donne un coup de marteau au cinéma hollywoodien. Avec ce rachat, Disney acquiert l’ensemble du catalogue de la Fox, soit pas moins de 3 600 films, et met fin aux « Big Six », les six principaux studios qui se partageaient alors les recettes du marché hollywoodien.

Mickey, accompagné des enseignes Marvel, Star Wars et Pixar, botte les fesses de Netflix
©ScreenRant

De surcroît, Disney écrase la concurrence en 2019 avec de multiples succès tels qu’Avengers : Endgame, Le Roi Lion (1,6 milliard de dollars de recettes) et réalise 4,3 milliards avec Aladin, Toy Story 4, Captain Marvel et Spider-Man : Far From Home. À l’heure actuelle, Disney compte 8 films dans le top 10 des films ayant réalisés les plus grosses recettes de l’histoire.
Pour couronner le tout, Disney+, la nouvelle plateforme venue concurrencer Netflix, regroupe 90 millions d’abonnés à travers le monde.

En somme, Disney a profité du laxisme des autorités antitrust (contre la prise de monopole) à son égard pour réaliser une série d’achats lui permettant de plus que doubler son chiffre d’affaires, de 32 milliards de dollars en 2005 à 69 milliards en 2019.  

Infographie des propriétés de Disney © TitleMax
Infographie sur les propriétés de Disney ©TitleMax
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Un monopole qui fait peur

La raison pour laquelle Disney parvient à hisser ses films en haut des ventes est avant tout sa compréhension du marché. Avec l’arrivée des plateformes de streaming, les consommateurs de films préfèrent attendre que les films sortent sur les plateformes et ne se déplacent que pour les films à gros budget leur offrant un spectacle visuel et une expérience propice au grand écran. Dès lors, les grosses productions Disney font un carton et les films indépendants parviennent de moins en moins à trouver un public dans les salles. Résultat : les recettes de Disney augmentent et l’entreprise peut racheter d’autres acteurs du secteur, au risque de marginaliser les réalisateurs indépendants. À terme, l’entreprise pourrait asseoir un peu plus son rôle de symbole du capitalisme culturel.

Cependant cela pose problème car de plus en plus de films viennent de Disney ou sont liés au studio. Disney possède par exemple depuis le rachat de Lucasfilm la plus grande société d’effets spéciaux du cinéma américain, Industrial Light & Magic (ILM). En possédant cette société, Disney possède en quelque sorte le monopole des effets visuels d’Hollywood.

Il est en fait rare qu’un film ne dépende pas du géant, ce qui pose le risque de standardisation des productions. D’autant que depuis l’échec de John Carter, Disney ne souhaite plus que développer des franchises déjà existantes ou actualiser des vieux succès. Avec ce phénomène de Disneyisation, les spectateurs tendent à délaisser les autres genres et à consommer une majorité de films à la sauce Disney. Le cinéma engagé laisserait donc place à un cinéma de genre où la bienveillance et la superficialité prédominent et où la pluralité des opinions se ferait de plus en plus absente.

Avec ce danger vient également le problème des coûts dans le secteur. Si Disney gagne toujours plus de parts de marché, la firme pourrait alors exercer un contrôle des coûts à son avantage. Disney réclame ainsi déjà 65% des recettes à certaines salles qui ne peuvent plus se passer des productions du géant. L’empire Disney serait alors inarrêtable, à moins d’un changement de comportement des consommateurs. Certains, comme Spielberg, pensent qu’un essoufflement de ce type de culture aura lieu : « Il y a un moment où les super-héros emprunteront le même chemin que le western ». Ce qui est sûr, c’est que la Walt Disney Company fera tout pour maintenir son empire et garder un rôle prédominant dans le divertissement. Reste à savoir si l’autorité de la concurrence freinera l’expansion du géant.

William West

L’art de la Fauconnerie des Pallières

En écrivant le premier traité officiel français de fauconnerie, Charles d’Arcussia seigneur d’Esparron-de-Paillières a donné à la fauconnerie ses bases dans le monde. Aujourd’hui, dans le Var, une confrérie porte son nom. Elle perpétue un savoir-faire, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco.

« La fauconnerie est l’art de capturer un gibier dans son milieu naturel à l’aide d’un oiseau de proie affaité- dressé. C’est un art très ancien pratiqué dans plus de quatre-vingts pays et inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco depuis 2010 »

Christian Ghinamo, maire d’Esparron-de-Pallières, et secrétaire de la confrérie de Charles d’Arcussia de Caprée.

Un peu d’histoire

La fauconnerie, aussi appelée chasse au vol, a eu ses moments de gloire en France à la fin du XVIe et XVIIe siècles, sous Henri IV et Louis XIII. Esparron-de-Pallières, ce village construit tel un nid d’aigle sur l’éperon du plateau de Montmajor, ne l’a pas oublié. La petite église du village conserve même en ses murs, l’autoportrait austère d’un de ces seigneurs, Charles d’Arcussia (1554-1628). 

Charles d’Arcussia ©blog stmaximin

Gentilhomme campagnard, fin lettré et bon père de famille, Charles d’Arcussia n’a pas moins de vingt-deux enfants avec sa noble épouse Marguerite de Forbin. Quinze garçons et sept filles, dont seulement quinze survivent à cette époque. Le seigneur et maitre d’Esparron est animé d’une passion dévorante pour un mode de chasse particulier, effectué à l’aide d’oiseaux de proie.

Gentilhomme ordinaire à la cour, à l’avènement d’Henri IV (1596), il est nommé premier consul d’Aix, procureur du pays et député aux États de Provence. Grand spécialiste de dressage de faucons, vautours, éperviers et autres busards, il devient gentilhomme de la fauconnerie d’Henri IV puis de Louis XIII.

Il publie en 1598, le premier traité de fauconnerie français, « La Fauconnerie de Arcussia, Seigneur d’Esparron de Paillières ». Cet ouvrage, fruit de longues années de travail, est édité en cinq exemplaires. Il définit les règles techniques, mais également morales, que les fauconniers se doivent de respecter dans la pratique de leur art. Ce traité a longtemps été considéré comme la référence en la matière par les équipages du monde entier. 

L’expansion de l’art de la fauconnerie 

Dès le Moyen-Âge, la fauconnerie se développe dans tous les pays d’Europe.

Faucon pèlerin et sa proie 
©Paul Balfe – flickr

« En France, si elle est essentiellement pratiquée par les rois, elle connaît un âge d’or sous Louis XIII. Fauconnier dans l’âme, Charles d’Arcussia propulsera la fauconnerie française en première position dans le monde, tant par l’éclat de ses équipages que par sa technique »

Bernard Prévost, fauconnier et membre de la confrérie de Charles d’Arcussia.  

En 1616, la fauconnerie du roi comporte trois cents oiseaux, répartis en six spécialités : le vol pour le héron, le vol pour milan et corneille, le vol pour perdrix… Raffinements et subtilités permettent des prouesses. Les oiseaux volent de compagnie, c’est-à-dire en équipe, chacun tenant un rôle distinct ! Le talentueux historiographe de ces chasses est alors Charles d’Arcussia de Caprée, vicomte d’Esparron-de – Paillières. 

La contribution de cet expert, à l’éducation des oiseaux de chasse et accessoirement à celle des chasseurs, a été reconnue par la commune d’Esparron-de-Paillières, qui lui dédie une plaque commémorative apposée au centre du village. 

Les fauconniers de Provence rendent également hommage au seigneur des faucons d’Esparron. Héritiers d’une tradition qui compte quelques adptes, ils baptisent leur équipage – le seul de la région Sud Paca – d’après le vicomte Charles d’Arcussia. Ils sont reconnaissables à leurs gilets bleus et or, les couleurs de la Provence, et à leurs boutons, sur lesquels un autour enlève un lièvre. 

Cette reconnaissance est un symbole important pour le village. Esparron-de-Pallières suit cet élan et crée une confrérie. Aujourd’hui présidée par Xavier de Jerphanion, propriétaire du château de Charles d’Arcussia, elle s’attache à préserver le patrimoine, que représente la fauconnerie, lors de journées d’animation dédiées à cet art. 

Spectacles de Fauconnerie

Aujourd’hui des représentations ont lieu dans toute la France. Elles se présentent sous la forme de spectacles de fauconnerie ou fauconnerie équestre. La plupart de ces exhibitions sont des représentations où des intervenants (les dresseurs) sont costumés, selon les traditions, avec le matériel utilisé en fauconnerie médiévale (leurre, gants, chaperon..). 

Spectacle de fauconnerie médiévale 
©Les aigles du Léman

Le Puy du Fou, qui dispose de la plus grande collection d’oiseaux au monde, est une des places fortes de la fauconnerie en France.

Son spectacle le plus connu est « Le bal des oiseaux ». Il présente près de trois cent trente oiseaux, entre aigles, faucons, vautours, milans et chouettes. Les oiseaux volent à quelques centimètres des spectateurs. Ils effectuent des chorégraphies dans le ciel et plongent dans les bras de fauconniers qui se transforment en véritables chef d’orchestre d’un ballet envoutant. Par ailleurs, les oiseaux volent à quelques centimètres des spectateurs, qui ne peuvent être qu’émerveillés de voir ces rapaces d’aussi près. 

Spectacle « le bal des oiseaux fantômes »
©Le Puy du Fou

Être fauconnier en 2021 

Un mode de vie

Chez les Prévost, la fauconnerie est une passion familiale. Une fascination pour les oiseaux de proie que Bernard a transmis à sa femme Annie puis à un de ses deux fils, Sylvain. Car la « fauconnerie » va plus loin qu’un simple mode de chasse. Le fauconnier est un passionné.  

“C’est plus un mode de vie, qu’une activité de chasse. On y consacre tous nos loisirs. On rencontre d’autres fauconniers et on voyage. Et surtout, on participe à la sauvegarde des rapaces qui ont longtemps été considérés comme des nuisibles ».

Bernard Prévost

Pour Bernard Prévost, sa passion s’est même étendue à sa vie professionnelle en qualité de créateur de la fauconnerie de la base militaire d’Istres. Il y dressera les oiseaux pendant 18 ans.  

Une pratique réglementée

En France, la chasse au vol est réglementée, car elle impose pour la pratiquer d’être détenteur d’un permis, le même que celui pour la chasse à tir, et de se conformer à un calendrier. Cependant, elle est peu compatible avec la chasse au fusil. 

« Les jours sont donc comptés. Mais certaines sociétés de chasse acceptent des pratiquants et aménagent un calendrier pour éviter de se croiser. Après, chaque fauconnier trouve des solutions. Certains chassent sur des propriétés privées d’autres partent à l’étranger en Espagne, Ecosse, Hongrie… sur des terres plus giboyeuses pour entrainer leurs oiseaux ».  

Bernard Prévost

Chez les Prévost, les équipages sont constitués de Bernard avec Tisza une forme (femelle) de Faucon pèlerin, d’Annie avec un Tiercelet (mâle) d’Autour et de Sylvain avec un tiercelet de Faucon Gerfaut blanc.

Les faucons et les autours sont les deux grandes familles d’oiseaux de la chasse au bas vol pour les proies à plumes et à poils, comme le lièvre, le lapin. Il manque encore un membre indispensable, un chien d’arrêt, car comme le dit Bernard Prévost « la chasse au vol est la collaboration entre trois éléments, le fauconnier, l’oiseau et le chien ».

La Fauconnerie, pratique ancestrale, semble avoir encore un bel avenir devant elle. 

Paul Taieb

 Sources :  

https://www.puydufou.com/fr

« La Fauconnerie ancienne et moderne » de Jean Charles Chenu 

« Rapaces, entre ciel et terre » de Christian Coulomy 

Les mangas et les animés, culture ou sous-culture ?

Les mangas et les animés, culture ou sous-culture ? Retour sur le phénomène de L’Attaque des Titans

En France, toute une génération découvre les mangas Goldorak, Dragon Ball ou Akira grâce à la télévision, avant qu’ils soient repris massivement en format papier. Pourtant, dans leurs pays d’origine respectifs, que cela soit au Japon ou à Taïwan, on observe le phénomène contraire. Les animés sont des adaptations, des manga papier et non l’inverse. Alors pourquoi un intérêt soudain pour l’animé en France ? 

L’histoire du manga et des animés en France 

Rappels chronologiques 

Les premières séries japonaises sont introduites à la télévision française en 1978, sur Antenne 2. Ce choix est avant tout économique, comme l’explique Matthieu Pinon, l’auteur de l’ouvrage Histoires du manga moderne.

 « Si pendant une dizaine d’années les enfants ont regardé plein de dessins animés japonais, c’est parce qu’il coûtait moins cher aux chaînes fraîchement privatisées, telle que TF1, d’acheter des dessins animés tout faits venus du Japon plutôt que des productions françaises ».   

Histoires du manga moderne, Matthieu Pinon.

A partir des années 1990, c’est avec Akira de Katsuhiro Otomo, ou encore Sailor Moon et Dragon Ball chez Glénat, que le marché du manga papier connait une montée en flèche. En effet, les animations sont censurées et adaptées au jeune public. Ainsi, les fans, privés de leurs dessins animés, se tournent vers le manga papier.  

Du milieu des années 1990 au début des années 2000, l’essor est considérable. Les publications annuelles passent de 150 en 1998, à près de 270 trois ans plus tard. De nombreux éditeurs se sont engouffrés dans la brèche. Aujourd’hui, le manga est une des branches du secteur du livre qui fonctionne le mieux.  

Evolution Ventes Manga France – Chiffes GfK et éditeurs, issu du Bilan Manga 2019 de Paul Ozouf sur le site journaldujapon.com.jpg

Sous-culture et mépris de classe 

Bien qu’étant un nouveau phénomène pour la jeunesse, les mangas et les animés sont longtemps considérés comme une sous-culture. Ils sont critiqués, voire méprisés par « l’élite » culturelle, les classes politiques et le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel). 

En 1989, Ségolène Royale, entre autres, parle des animés ainsi :

« Les animés japonais qui sont exécrables qui sont terribles, beaucoup plus violents que les films. »

Tandis que des œuvres toutes aussi violentes, voire plus encore, sont saluées par la critique. On peut citer en exemple le film Princesse Mononoké ou la peinture de Goya intitulé Saturne dévorant un de ses fils,

Le phénomène est marginalisé, et réduit à quelque chose d’extrêmement violent. Ainsi, les valeurs nobles mises en avant, les qualités artistiques et scénaristiques que les animés peuvent présenter ne sont jamais mentionnées.  

https://m.ina.fr/video/CAB96006695/les-mangas-video.html?fbclid=IwAR0PwMYxhDlZhKupyB2Z4cfsrAkJMmN-LlzvMhVzP_EUzP3BYLaHc_UfX6Y

Le phénomène de L’Attaque des Titans – Shingeki no Kyojin en Japonais

Couverture du premier volume de l’Attaque des Titans d’Hajime Isayama, publication française de Pika Edition

Un peu de contexte

En 2020, L’Attaque des Titans est le 10e manga le plus vendu dans le monde.   

En 2009, cette œuvre de Hajime Isayama, apparaît dans les pages du mensuel Bessatsu Shonen Magazine : le succès est immédiat. L’Attaque des Titans devient une des œuvres japonaises les plus marquantes de ces dix dernières années, avec 100 millions de volumes vendus au Japon. Vendredi dernier, le 9 avril 2021, le dernier chapitre de ce manga est publié.   

« Ce jour-là fut pour l’humanité le brutal rappel de l’écrasante suprématie de ces êtres… et de l’humiliante captivité à laquelle elle avait été réduite. »  

Première phrase de l’histoire tragique de L’Attaque des Titans   

Le synopsis 

Depuis plus d’un siècle, ce qu’il reste de l’humanité vit retranché derrière des murs immenses, à l’abri des Titans. Les Titans sont des monstres énormes, au visage d’homme, uniquement animés par l’envie de dévorer les humains. Tout bascule le jour où l’un d’entre eux détruit la porte de l’enceinte qui protège les hommes de l’extérieur. Il laisse ainsi pénétrer les ennemis de l’humanité dans la ville. On découvre la destinée du jeune Eren Jaëger, un humain qui, face à la tragédie, promet de détruire ses adversaires et d’assouvir sa vengeance. Aux côtés de ses amis, Armin et Mikasa, il décide d’intégrer le bataillon d’exploration, un corps de l’armée qui lutte à l’extérieur des murs pour percer le secret des Titans.  

Les facteurs de succès 

Les personnages 

Hajime Isayama dépeint une multitude de personnages complexes et nuancés, dont le personnage principal qui emprunte beaucoup de caractéristiques à l’« anti-héros ». De plus, aucun personnage n’est à l’abris de la mort, ce qui donne lieu à un suspens intense quand les personnages principaux sont menacés.  

Les Titans, principaux antagonistes de l’histoire, sont des créatures brutales qui génèrent un sentiment de malaise et d’insécurité, autant pour les lecteurs du manga que pour les spectateurs de l’animé. Le mystère qui entoure les Titans maintient l’intérêt de l’intrigue : que sont-ils ? Pourquoi veulent-ils anéantir l’humanité ? D’où viennent-ils ? Les mystères en suspens permettent aux lecteurs et aux spectateurs de transposer des problématiques sociétales contemporaines aux problèmes évoqués dans l’histoire.

La structure 

L’une des principales forces de L’Attaque des Titans, est la capacité de l’auteur à faire évoluer l’intrigue et l’atmosphère du manga au fil des chapitres et des épisodes. Cela permet de nourrir le récit en péripéties. Tout au long de l’histoire, nous sommes exposés à de petites révélations, qui s’imbriquent les unes dans les autres, et font rejaillir à la surface des événements passés. Il semble que l’auteur ait tout planifié jusqu’aux moindres détails. Par exemple, certains personnages qui semblent apparaître à la moitié de l’histoire, sont en réalité déjà présents sur des planches plusieurs chapitres auparavant. De fait, les lecteurs d’Isayama sont à l’affut des indices dissimulés dans le manga, pour pouvoir élaborer des théories quant à l’avenir des protagonistes.  

Dans l’Attaque des titans, tout est toujours sous nos yeux sans que l’on s’en rende compte. 

L’adaptation en animé 

En 2013, L’Attaque des Titans fait l’objet d’une adaptation en animé par Wit Studio. C’est grâce à une animation, une bande originale de qualité et des openings (génériques de début) emblématiques que l’adaptation est très rapidement saluée par la critique. La qualité est au centre de la démarche de l’adaptation – le studio travaille pendant quatre ans sur la saison 2. C’est aussi l’innovation des procédés d’animation qui fait de L’Attaque des Titans une série remarquable. Le nouveau genre graphique adopté est très dynamique, par exemple les perspectives sont plus prononcées pour les scènes d’action et la 3D est utilisée.   

Couverture du premier volume de l’Attaque des Titans d’Hajime Isayama, publication française de Pika Edition

Au Japon, les animés sont généralement un produit dérivé qui a pour but d’augmenter les ventes papier du manga. Dans le cas de L’Attaque des Titans la démarche est différente. Hajime Isayama s’est pleinement investi dans l’adaptation animée de son récit, pour proposer deux œuvres qui se complètent et se répondent. 

La thématique du récit : échos sur les problèmes de société et forte symbolique 

L’Attaque des Titans est classé parmi les « Shonen », à savoir les récits d’aventure, qui ont pour lectorat principal les jeunes adolescents masculins.  En réalité, son audience est bien plus vaste, notamment grâce à la variété des thèmes abordés. C’est un manga très fédérateur, dont les messages ont une portée universelle. On peut citer en exemple la dualité entre les humains et les Titans. Ces derniers sont (alerte spoiler fin de la saison 3) des humains génétiquement transformés en géants anthropophages. Mais c’est avant tout une leçon sur l’histoire de l’humanité : l’homme est son propre ennemi.

In fine, la pluralité des vérités est mise en avant dans l’affrontement entre les peuples Eldiens et Mahr. L’intrigue reste nuancée sur leur conflit, nous sommes alors spectateurs de deux vérités qui s’affrontent. Enfin, il est important de mentionner le grand nombre de références occidentales et les métaphores à certains drames du XXe siècle qui rendent l’œuvre d’autant plus intéressante.  

Conclusion 

Ainsi cette épopée a réussi à parcourir le monde entier grâce à ses thématiques universelles et a ses références historiques traitées avec singularité. Ce succès s’illustre par ses ventes mais aussi par ses nombreuses adaptations en live action et en jeux vidéo.  

L’Attaque des Titans se base sur les codes du Shonen, dans lequel on retrouve des valeurs telles que la loyauté, l’amitié, la bravoure. Cependant Isayama déconstruit ces codes pour renforcer les aspects rudes et cruels de son univers. Il met en exergue l’idée que dans notre monde personne n’est vraiment spécial, qu’il n’y a pas d’élu. Il en est de même pour le personnage principal, ce qui permet aux lecteurs de s’identifier à lui plus facilement.  

Si Isayama n’est pas un bon dessinateur (bien qu’il se soit amélioré au fil des tomes) son manga n’en est pas moins un succès mondial. Cela démontre d’autant plus les qualités scénaristiques de son histoire. Finalement L’Attaque des Titans est une proposition unique sur le marché du manga. L’absence d’intrigues amoureuses et de répliques humoristiques a su attirer un public moins jeune grâce à une narration qui ne garde que l’essentiel et qui se démarque par son coté brutal.  

Emma Veyrin-Forrer 

En quelques chiffres L’Attaque des Titans c’est :  

34 tomes 

75 épisodes  

Plus de 100 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Seulement 17 mangas ont dépassé ce cap, dont 3,5 millions en France.  

A titre de comparaison, One Piece, le premier manga du classement des ventes mondiales. Il a été vendu à plus de 500 millions d’exemplaires pour 98 tomes depuis 1997. 

Sources :  

https://www.youtube.com/watch?v=-IwIh9ccQJU (10 minutes 15) 

https://www.journaldujapon.com/2019/06/26/bilan-manga-2018-ventes-en-france-toujours-plus-haut/


Les MNR : les œuvres spoliées des collections françaises

Qu’ont en commun une figurine de la déesse égyptienne Isis allaitant, datant de l’époque ptolémaïque, une sculpture de Saint Jacques en pèlerin du XVème siècle, un pastel d’Adélaïde Labille-Guiard datant de 1781 et un masque mortuaire de Napoléon Ier ? Ces œuvres d’art, et bien d’autres encore, sont inscrites sur l’inventaire Musées Nationaux de Récupération (MNR) et jouissent d’un statut particulier au sein des collections françaises.  

Les Musées Nationaux Récupération, qu’est-ce que c’est ?   

Les MNR sont des œuvres spoliées par le régime nazi et rapportées en France depuis l’Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale : sur les 61 000 œuvres récupérées, 45 000 sont restituées entre 1945 et 1949 par la Commission de récupération artistique. Les biens non réclamés sont vendus par l’administration des Domaines en 1950 et 1953, à l’exception de 2143 objets ou lots, qui sont confiés aux musées nationaux et qui forment aujourd’hui les MNR. Ces derniers sont conservés dans les réserves ou exposés dans certains musées français, mais n’appartiennent pas à l’État : les œuvres MNR sont conservées à titre de dépôts et échappent ainsi à l’imprescriptibilité et l’inaliénabilité des collections nationales, ce qui permet d’organiser plus facilement leur restitution. Leur statut particulier entraîne certaines contraintes : les MNR doivent être accessibles au public et ne peuvent pas sortir du territoire français.  

L’inscription sur cet inventaire particulier se veut être une solution provisoire, dans l’attente d’une éventuelle restitution aux familles ou ayants droit des collectionneurs spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Le dernier exemple de restitution d’œuvres inventoriées MNR est relativement récent : en décembre 2020, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a annoncé qu’un ensemble de trois tableaux de petit format et de quatre dessins a été rendu aux ayants droit de Marguerite Stern, veuve du banquier et collectionneur Edgard Stern. Ceux-ci avaient été volés dans son hôtel particulier, réquisitionné par l’armée allemande pendant la guerre. 

Parmi les œuvres rendues aux ayant de Marguerite Stern, se trouvait cette petite huile sur toile intitulée Concert dans un parc, d’après Jean-Antoine Watteau (MNR 890). © Réunion des musées nationaux Grand Palais. © Paris, musée du Louvre, département des Peintures.

Un peu d’histoire…  

Peu après l’armistice, les bureaux de l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (E.R.R. : littéralement « Équipe d’intervention du gouverneur Rosenberg ») ne tardent pas à s’installer dans la capitale, plus précisément au Musée du Jeu de Paume, situé dans le jardin des Tuileries. Les lois raciales permettent à cette équipe de confisquer ou d’acheter à des prix bien inférieurs à ceux du marché des milliers de tableaux, objets d’art, sculptures, etc. Les œuvres spoliées sont destinées à enrichir les collections allemandes (Hitler a notamment le projet de créer un Führermuseum, à Linz, qui devait accueillir les plus belles œuvres de « l’art véritable »), ou rejoignent les collections privées de hauts dignitaires nazis. La française Rose Valland, alors attachée de conservation au Musée du Jeu de Paume, prend clandestinement des notes sur les œuvres qui passent entre ses mains, rassemblant à la fois des informations sur leur provenance et sur leur prochain lieu de stockage.  

Photo d’identité de Rose Valland 

Dans le film Monuments Men réalisé par George Clooney, sorti dans les salles de cinéma en mars 2014, le personnage de Claire Simone est très largement inspiré par la vie et l’action de Rose Valland.   

Son travail a permis, d’une part, de sauver des bombardements alliés les lieux de stockage et de conservation des œuvres spoliées, et d’autre part, de faciliter leur restitution au sortir de la guerre. Dans les années qui suivent, la Commission de récupération artistique, installée dans ce même Musée du Jeu de Paume, s’emploie à restituer les œuvres spoliées ramenées en France. Les œuvres qui ne sont ni restituées, ni vendues forment les MNR (décret du 30 septembre 1949).  

La base de données qui recense les MNR dispersés dans les musées nationaux porte aujourd’hui le nom de Rose Valland. Celle-ci a été intégrée en 2019 sur la nouvelle « Plateforme ouverte du patrimoine » du Ministère de la Culture, et est consultable par tous.  

Plus de soixante-dix ans après la fin de la guerre, un peu plus de 2000 œuvres MNR n’ont pas encore retrouvé leur véritable propriétaire ou leurs ayants droit.  

Quelles avancées ces dernières années ?  

Le rapport de David Zivie remis en mars 2018 à la ministre de la Culture d’alors, Françoise Nyssen, a mené à la création l’année suivante d’un nouveau système. Désormais, les demandes de restitution sont centralisées au sein de la direction générale des Patrimoines du Ministère de la Culture. La Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945 instruit les dossiers parvenus au ministère. Elle est également chargée de mener les recherches historiques nécessaires à l’identification des œuvres spoliées, ainsi que de leurs propriétaires. Les dossiers sont ensuite transmis à la Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations (CIVS), qui est elle-même chargée de rendre un premier avis du bien-fondé de la restitution auprès du Premier ministre, qui décide en dernier ressort.   

La refonte des démarches a permis de donner un nouvel élan à la politique de restitution des œuvres d’art spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Depuis quelques années, les musées nationaux s’emparent également de la question, à commencer par le Musée du Louvre. Ce dernier a récemment dévoilé son nouveau catalogue des collections en ligne : les MNR y figurent en bonne place, sur la page d’accueil, ce qui donne plus de visibilité à ces œuvres particulières.  

Un colloque diffusé en direct le 10 mars dernier par le Musée du Louvre, avec la présence des directeurs des huit départements du musée, présente un premier bilan des recherches récemment engagées par le musée sur les MNR conservés par le musée et sur sa politique d’acquisition entre 1933 et 1945.  

Tourner la page… 

Les démarches proactives de restitution, émanant du ministère de la Culture, et les efforts récents des musées français ont permis d’attirer un peu plus de lumière sur les Musées Nationaux Récupération des collections des musées nationaux français.  

La tâche de la Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945 est cependant loin d’être terminée : celle-ci a aussi pour but d’identifier les livres spoliés aux familles juives par l’administration nazie, ce qui est particulièrement difficile. En effet, après la Seconde Guerre mondiale, près de 14 000 ouvrages ont été attribués à une quarantaine de bibliothèques publiques, sans qu’aucune indication sur leur provenance n’ait été conservée.  

Clara Vergé

Liens utiles :

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/mnr/MNR00890?base=%5B%22Récupération%20artistique%20%28MNR%20Rose-Valland%29%22%5D&image=%5B%22oui%22%5D&mainSearch=%22Jean-Antoine%20Watteau%22&last_view=%22mosaic%22&idQuery=%228a0566-a50-6537-26a-ee80445428d2%22

https://www.inha.fr/fr/agenda/parcourir-par-annee/en-2016/fevrier-2016/autour-de-rose-valland.html

https://www.pop.culture.gouv.fr/search/mosaic?base=%5B%22R%C3%A9cup%C3%A9ration%20artistique%20%28MNR%20Rose-Valland%29%22%5D&image=%5B%22oui%22%5D

https://collections.louvre.fr/

Sources :

https://www.culture.gouv.fr/Espace-documentation/Bases-de-donnees/Fiches-bases-de-donnees/MNR-Musee-Nationaux-Recuperation

https://www.culture.gouv.fr/Presse/Communiques-de-presse/Creation-au-ministere-de-la-Culture-de-la-Mission-de-recherche-et-de-restitution-des-biens-culturels-spolies-entre-1933-et-1945

https://www.connaissancedesarts.com/musees/musee-louvre/spoliation-nazie-7-oeuvres-dart-volees-a-paris-sous-loccupation-restituees-aux-ayants-droit-11149655/

http://musees.angers.fr/collections/musees-nationaux-recuperation/qu-est-ce-qu-un-mnr/index.html