Vermeer au Rijksmuseum d’Amsterdam

Six ans après l’exposition Vermeer et les maîtres de la peinture de genre au Louvre en 2017, le peintre Johannes Vermeer sera à l’honneur au Rijksmuseum d’Amsterdam dès le 10 février prochain. Il s’agit de la plus importante rétrospective jamais consacrée au maître hollandais.

Toute l’oeuvre ou presque réunie

Le Rijksmuseum a réalisé l’exploit de réunir vingt-huit des trente-quatre tableaux attribués à l’artiste provenant par exemple de la National Gallery de Washington, du Met, du Louvre pour La Dentellière et notamment trois tableaux provenant de la Frick Collection qui quittent New York pour la première fois, La leçon de musique interrompue, La Maîtresse et la Servante et L’Officier et la jeune fille riant.

Le mystère Vermeer

Johannes Vermeer naît et passe toute sa vie à Delft, une ville située à l’ouest des Pays-Bas, qui connaît un rayonnement particulier au XVIIe siècle avec l’essor du commerce, des sciences et de l’art. Avec un maigre corpus d’oeuvres et une biographie incertaine, Vermeer ne sera redécouvert qu’à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle. Il est aujourd’hui considéré comme un incontournable de l’Age d’or hollandais.

Maître des scènes de genre, Vermeer représente des intérieurs intimistes, dans lesquels ses personnages sont le plus souvent absorbés par leur tâche manuelle ou leur réflexion intérieure. 

Empreints de quiétude et de mélancolie, ses tableaux sont méticuleusement construits et présentent une perspective troublante de réalisme. C’est pour cette raison que les spécialistes s’accordent à penser qu’il utilisait une camera obscura, instrument optique qui s’est développé à la Renaissance permettant de projeter une image inversée de la précision de l’oeil. 

Les technologies actuelles ont permis une nouvelle compréhension de l’oeuvre de Vermeer en révélant dans certains tableaux des éléments invisibles à l’oeil nu. Ces découvertes, expliquées dans l’exposition du Rijksmuseum, offrent au spectateur une vision plus intimiste du travail du Sphinx de Delft.

La vue de Delft

Un des chefs d’oeuvre exposés est La vue de Delft, huile sur toile peinte vers 1660 représentant une partie de la ville natale du peintre. Unique paysage représenté par Vermeer avec La ruelle, cette vue n’en est pas moins impressionnante par le traitement de la perspective et de la lumière. La scène semble figée dans le temps et dégage un calme absolu que seules les cloches de l’église pourraient troubler. 

« Depuis que j’ai vu au musée de la Haye La Vue de Delft, j’ai su que j’avais vu le plus beau tableau du monde. Dans Du côté de chez Swann, je n’ai pas pu m’empêcher de faire travailler Swann à une étude sur Vermeer. » – Marcel Proust, Lettre à Jean-Louis Vaudoyer mai 1921

Claire Salon

Découvrez l’exposition

Vermeer 
Rijksmuseum
1, Museumstraat • 1071 XX Amsterdam
10 février – 4 juin 2023

Pour en savoir plus :

https://www.rijksmuseum.nl/en

Les BIS de Nantes et le Canada francophone, une histoire d’amour…

Les Biennales Internationales du Spectacle de Nantes (BIS) ont fait leur retour les 11 et 12 janvier 2023 pour leur dixième édition, après l’annulation de l’édition 2022 due au Covid-19. Ce n’est pas un secret, le secteur du spectacle vivant a été l’un des principaux secteurs touchés par les différentes crises de ces dernières années. Les BIS ont su faire preuve de résilience tout en préservant leurs engagements. Parmi les constantes, Nicolas Marc – directeur des BIS – a renouvelé sa volonté de créer des ponts entre le Canada francophone et la France. Cette volonté s’est particulièrement manifestée du côté du volet musical. Mais avant de rentrer dans les détails, introduisons d’abord les BIS et son festival associé, le BISE. 

Noémie Belhachmi 

Les BIS et le BISE, quésaco ?

Les BIS sont l’événement incontournable de début d’année pour les professionnel.les du spectacle vivant. Elles représentent l’occasion pour les différents acteurs du secteur, français comme internationaux, de se retrouver, de parler autour des enjeux actuels et futurs du milieu, de partager leurs vécus et surtout de développer leur réseau professionnel. Au programme des BIS, des conférences, des dîners, des vitrines… En bref, trois mots pour décrire cet événement : dialogue, esprit d’ouverture et convivialité. 

Parallèlement au volet professionnel, les BIS organisent depuis 2020 le BISE festival, festival de musique dédié aux artistes émergents. Le festival est réalisé en coproduction avec les salles Stereolux et Trempo sur l’île de Nantes. Pour leur dixième anniversaire, les BIS ont vu le BISE afficher complet pour les deux soirées de concerts ! 

Noémie Belhachmi 

Pourquoi une collaboration entre le Canada francophone et les BIS ? 

Depuis quatre éditions déjà, les BIS souhaitent créer un pont entre les industries musicales francophones canadienne et française. Cette année, cette envie s’est manifestée d’une part à travers les performances de deux artistes québécois lors du BISE, Zoo Baby et Ariane Roy. D’autre part, la soirée Côte à côte s’est tenue pour la quatrième édition consécutive le mercredi 11 janvier et j’ai eu la chance d’y assister. Cette soirée est le fruit d’un partenariat entre la Cité des congrès de Nantes, les BIS et les intervenants québécois et canadiens. Trois noms étaient au programme : la montréalaise La Bronze et sa musique électro-pop, le groupe d’indie-folk rétro acadien Les Hay Babies et enfin le chanteur Julien Sagot qui nous a proposé des chansons aux allures de poème avec des touches d’expérimentations sonores diverses et variées. 

La Bronze – L’habitude de mourir

Les Hay Babies – Fil de Téléphone

Julien Sagot – Cendre et descendre

Cette collaboration franco-canadienne permet aux artistes des deux bords de l’Atlantique de vendre leur musique et de s’exporter à l’étranger car beaucoup de diffuseur.ses, tourneur.ses, bookeur.ses, labels, gérant.es de salle et j’en passe sont présent.es lors des vitrines et cherchent de nouveaux talents. L’enjeu est double pour les artistes canadien.nes car la chanson est le porte-étendard de la culture francophone québécoise : pouvoir chanter en français est une façon d’affirmer cette culture et de préserver la langue française à travers la musique. En effet, le Québec connait actuellement des enjeux de préservation du français face à la montée de l’anglais dans la région. La langue française est plus globalement minoritaire au Canada avec 1 000 000 de francophones répartis dans le pays hors Québec. 

Un public au rendez-vous pour écouter les francophones canadiens ? 

Si le BISE a affiché complet, ce n’est pas le cas de la soirée Côte à côte à laquelle je suis allée. 

La salle était plutôt remplie mais les professionnel.les des BIS représentaient la grande majorité du public bien que les concerts étaient gratuits pour le public extérieur. Certes, la tenue de certains concerts du BISE en même temps que la soirée Côte à Côte n’a pas aidé. Selon moi, un autre facteur est à prendre en compte : le public n’est peut-être pas forcément sensibilisé à cette soirée et de manière générale à la musique québécoise francophone. Il faudrait peut-être mettre davantage en avant auprès du public ce partenariat franco-canadien pour les prochaines éditions car si les BIS permettent à des artistes canadien.nes d’être booké.es dans des salles françaises, le public manque encore un peu à l’appel. 

BISE à tous.tes, 

Noémie Belhachmi 

Pour en savoir plus :

TV5 Monde : https://www.youtube.com/watch?v=SOfYGEll_vs

Bis de Nantes : https://www.bis2023.com/presentation/ 

Côte à côte : https://coteacoteauxbis.com/

Quand le Louvre se livre

L’École du Louvre dites-vous ? Y étudier, ce n’est pas être un fin connaisseur des musées, mais savoir y goûter. Avoir de nouveau tout à y découvrir. Cuisinons une chronique sauce Paname pour ce blog goût beurre salé. Voici le séminaire Audencia à l’École du Louvre-2022. 

Le rythme est effréné. Les enseignements sont denses. La semaine est chargée. Voyons plutôt :

Entrée de l’école du Louvre (Claire Iamarene)

Lundi : Introduction à l’Histoire et aux missions des musées

Nous voilà introduits dans l’enceinte de l’École du Louvre par sa directrice, Claire Barbillon. L’autrice de L’Histoire de l’histoire de l’art au XIXe siècle esquisse à grands traits l’Histoire la muséologie.

Très vite, Ariane Lemieux prend le relais. Après un tour d’horizon des définitions du musée (« collection de documents ouverte au public »), nous nous penchons sur ses caractéristiques. Un musée conserve, communique et expose à des fins d’étude, d’éducation et de délectation (éléments de définition proposés par l’ICOM depuis 1947).

Pour l’après-midi, Cecilia Hurley nous éclaire sur l’Histoire des musées, du patrimoine et des collections. Nous parcourons les légendes d’Hésiode et de la ville de Mari où Ebih-II vécut. Par la force de l’image, nous pénétrons la nécropole royale de Saint Denis et observons des toiles de Gaddi (Santa Croce). L’illustration sert le propos. La méthode scientifique permet d’authentifier l’objet.

Amphithéâtre Goya – Ecole du Louvre (Côme Chirol)

Mardi : L’administration culturelle

Jérôme Fromageau, Président de la Société Internationale pour la Recherche en Droit du Patrimoine Culturel et Droit de l’art (ISCHAL) nous présente le droit du patrimoine culturel. Le doyen de la Faculté Jean Monnet invoque le Code du patrimoine pour nous expliquer la singularité de ce sentier rebelle du droit français. Nous considérons avec lui la décentralisation tardive des musées français depuis l’arrêté Chaptal du 14 fructidor an IX. 

L’après-midi est chargé. Nous le commençons avec Isabelle Limousin qui nous explique les missions et objectifs de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC), service déconcentré du ministère de la Culture dans les régions. 

Pour terminer la journée, la directrice du musée de l’Homme, vient nous parler de sa politique d’exposition. Nous apprenons avec elle l’histoire de son musée d’anthropologie biologique injustement méconnu. Historiquement rattaché au Muséum d’Histoire naturelle, il a pâti d’une amputation traumatisante lorsque Jacques Chirac a décidé de créer le musée du Quai Branly pour y exposer ses collections. Aujourd’hui, Aurélie Clemente-Ruiz déborde d’énergie et d’idées nouvelles. Elle souhaite introduire des problématiques actuelles : condition féminine depuis cro-magnon, écologie. Au moment de conclure, cette ancienne élève de l’École du Louvre nous présente sa dernière idée folle : faire venir les amateurs de danse de rue dans son musée. C’est Breakdance au Trocadéro

Mercredi : Les musées à l’ère de la globalisation

Olivier de Baecque, avocat à la Cour de Paris, aborde la problématique cruellement contemporaine des restitutions des objets spoliés à des familles juives pendant l’occupation, ou extorquées aux populations colonisées. Nous étudions les cas d’espèce de trois Pissaro qui font l’objet de contentieux, voyons avec effroi une photographie du cadavre empaillé de la « Vénus hottentote » enfin restitué à l’Afrique du Sud en 2002.

L’après-midi, c’est Musée du Quai Branly. L’occasion d’essayer de comprendre la culture de continents que nous connaissons mal à des époques dont nous ignorons presque tout. Les collections sont stupéfiantes de modernité. Nous nous arrêtons sur les masques du royaume du Bénin (actuel Sud-Est du Nigeria), et parcourons l’Amérique précolombienne à rebours de sa chronologie. Les sculptures aztèques du XVème siècle sont saisissantes.

Jeudi : La médiation culturelle

Cathy Losson nous montre, vidéos à l’appui, combien la médiation est essentielle pour les plus jeunes. La cheffe de service éducation-démocratisation-accessibilité au Musée du Louvre nous propose d’étudier la programmation réalisée à destination des publics « éloignés de la culture » grâce à un programme établi pour les vacances de printemps. Pour les préadolescents, le Louvreimagine la Pompadour en influenceuse et un jeu de piste autour des toiles qui apparaissent dans le clip Apeshit de Beyoncé et Jay-Z en 2018. 

Manuela Meunier-Noel, service de la médiation au musée du Quai Branly, approfondira ces problématiques avec nous. Les animations ont vocation à attirer les publics du « champ social ». Autre manière de dire « non-publics ». Heureusement, les maisons de quartier, les associations jeunesse peuvent être à l’initiative en tant que « relais » pour ces jeunes défavorisés. Pour autant, l’offre doit aussi s’adapter au « tout-public » (adultes) qui a aussi le droit d’apprendre.

L’après-midi, Jacqueline Eidelman, sociologue des publics des musées au CNRS, livre les fruits d’études universitaires des publics. Nous explorons avec elle de nouvelles manières de soumettre des questionnaires de satisfaction.

L’après-midi se termine au musée d’Orsay. Gaudí est à l’honneur. Élise Dubreuil, commissaire de l’exposition consacrée à l’architecte moderniste catalan, dévoile le Barcelone du parc Güell et de la Casa Batlló. On devine déjà dans son mobilier difforme les prémices de l’avant-garde surréaliste dont Salvador Dalí sera l’incarnation avec, par exemple, la Persistance de la Mémoire.

Exposition Gaudi – Musée d’Orsay (Bertille Zimmerman)

Vendredi : L’acquisition des œuvres et les expositions temporelles

Un sympathique monsieur tout en moustaches se présente à nous. Claudiquant d’un air presque guilleret, Louis-Antoine Prat s’assoit, sort un texte imprimé et commence sa lecture sans daigner lever l’œil. L’intonation est presque aristocratique ; le ton jovial, pour ne pas dire enjoué. Le curieux personnage est un passionné. Les phrases passent, les démonstrations se succèdent, les exemples s’égrènent. Ce Monsieur Monopoly des collections muséales est le président de la Société des amis du Louvre. Après une heure de lecture sans interaction avec l’auditoire, il s’approche et entame les échanges avec un grand sourire. L’humeur est réjouie et l’humour délassant. L’homme d’expérience nous parle de son parcours, de sa vision de l’art en tant que collectionneur. Une œuvre dont il rêverait absolument de faire l’acquisition ? Un Velázquez ! Le Louvre n’en a pas.

L’impatience est au plus haut après une semaine à parler du Louvre sans y pénétrer. Flavia Irollo nous y attend. La conservatrice nous présente l’exposition temporaire. Nous nous intéressons aux matériaux et aux couleurs : sculpture sur ivoire, tableaux peints sur du lapis lazuli (d’où le mot « azur » en français) ou sur des plumes. Une fois le tour terminé, nous nous rendons dans les salles dédiées aux enfants et à la médiation. Une kyrielle de coloriages et les puzzles à l’effigie des grandes toiles occupent les rejetons. 

La semaine se termine dans la fatigue et la satisfaction d’un séminaire captivant. Lundi, ce sera Versailles!

Marco Guichard

L’Incompris – Luigi Comencini (1966)

Il est des œuvres qui marquent une existence, qui ne nous laissent pas indemnes, qui nous touchent profondément car elles nous confrontent à ce qui fait de nous des êtres humains : nos émotions. C’est le cas de L’Incompris, un film italien de 1966 réalisé par Luigi Comencini. Dès les premières minutes, on sait que l’on ne va pas en sortir entier. On se retrouve happé par les images vieillies et la musique lancinante, absorbé par le drame qui se déroule sous notre regard intrusif. L’Incompris est un film intense qui donne à voir les souffrances d’une famille, avec finesse et délicatesse. Ici, pas d’explosion ni de course-poursuite, pas d’agents secrets en combinaison de cuir, pas de vaisseaux spatiaux ni de mitraillettes. Il n’y a que cette grande maison italienne, ce jardin verdoyant et le soleil de Florence. 

Une famille face au deuil

John Duncombe est le consul du Royaume-Uni en Italie. Le film s’ouvre sur un drame : la femme de Sir Duncombe vient de mourir. Ce dernier, désormais veuf, doit élever seul ses deux fils. L’aîné, Andrea, est un petit garçon débordant d’énergie, facilement distrait et très protecteur envers son petit frère Milo, un enfant sensible et maladif. 

Sir Duncombe, pensant Andrea assez vieux pour apprendre la triste nouvelle, lui annonce le décès de sa mère. La réaction d’Andrea va alors précipiter l’intrigue. Inattentif, il a du mal à comprendre la gravité de la situation et Sir Duncombe va prendre pour une maturité détachée ce qui est en réalité un chagrin si intense qu’il en devient anesthésiant. Cette incompréhension est le point de départ d’un lent glissement vers la conclusion déchirante de ce film. 

Le consul est un homme occupé, distant tant physiquement qu’émotionnellement pour ses enfants, en particulier pour Andrea. L’apparente indifférence de son fils le met mal à l’aise et le renvoie face à un deuil qu’il a du mal à accomplir. Il se replie sur lui-même et ne trouve du réconfort que dans la présence de l’affectueux Milo – qui, ignorant de la mort de sa mère, continue de vivre avec toute la joie innocente de l’enfance. Sir Duncombe délaisse petit à petit Andrea, tout occupé à son inquiétude pour Milo, qui a la santé fragile. 

Extrait du film

Les thèmes de l’enfance et de la famille sont traités avec une justesse rare. La relation fraternelle entre Andrea et Milo est dépeinte avec réalisme. Malgré l’amour puissant qui les lie, les chamailleries sont nombreuses et les petits chagrins deviennent des séismes dans un cœur d’enfant. On est touché par les moments de tendresse, on se révolte face au traitement de faveur de Milo, on souffre de la solitude d’Andrea. Les doutes de Sir Duncombe et ses maladresses nous mettent face à des questionnements essentiels sur ce que c’est d’être parent. 

L’intrigue se déroule avec simplicité, glisse peu à peu vers une tragédie que l’on devine, sans la comprendre vraiment. Cette simplicité entre en contradiction avec la complexité des relations familiales. Il est si dur de s’accepter, quand bien même on s’aime profondément. Et il est si dur de trouver les mots, de se parler, quand la souffrance est telle qu’on ne peut l’exprimer.

Tout au long de ce film, on assiste à l’échec d’une parole qui pourrait être salvatrice. Au lieu de cela, le dénouement dramatique s’avance, doucement, inexorablement.

Un peu d’histoire

L’Incompris s’inscrit au cœur d’une mouvance cinématographique très particulière, celui du cinéma italien de la Cinecittà. La Cinecittà est à l’origine un immense complexe de studios cinématographiques situé près de Rome, en Italie. Sa réalisation date des années 1930, sous le régime fasciste de Benito Mussolini. Luigi Freddi, qui était le chef du cinéma du gouvernement à l’époque, voulait pouvoir concurrencer les Etats-Unis et Hollywood, pour imposer le cinéma italien comme un outil de soft power. En réalité, le but était aussi de créer un cinéma de propagande efficace et prestigieux. La Cinecittà est inaugurée en 1937 par Mussolini lui-même. Et c’est un grand succès. Jusqu’aux années 40, la production cinématographique italienne fait un bon en avant, aidé par une contribution financière gouvernemental très généreuse. En 1943, la chute de Mussolini va marquer un tournant dans le développement de la Cinecittà. Désormais débarrassés du carcan de la propagande, de nombreux réalisateurs vont enrichir le mythe et marquer l’histoire du cinéma. On peut citer par exemple Luchino Visconti, Alessandro Blasetti, ainsi que ceux qui popularisèrent le genre du néoréalisme, Roberto Rossellini et Vittorio De Sica. La Seconde Guerre Mondiale va bousculer la Cinecittà, bombardée et presque détruite. 

Par Jean-Pierre Dalbéra — L’inauguration de Cinecitta par B. Mussoloni en 1937, CC BY 2.0

L’après-guerre sera marqué par un renouveau de la Cinecittà, venant ironiquement des Etats-Unis. Les réalisateurs américains délocalisent la production en Italie, pour profiter des prix avantageux du pays. C’est le début de l’âge d’or de la Cinecittà, qui durera jusque dans les années 60. A cette époque, de très nombreux péplums et films grand-publics sont tournés dans le complexe, avant que l’attrait pour ce genre soit lentement remplacé par le style « James Bond » puis par les westerns spaghetti – incarné par le grand Sergio Leone, réalisateur de Le Bon, la Brute et le Truand.

Luigi Comencini, ou comment filmer l’enfance 

Luigi Comencini est un réalisateur italien né en 1918 et mort en 2007. Il a vécu en France pendant son enfance puis a fait des études d’architecture à Milan, avant de se tourner vers le cinéma. Il commence sa carrière comme critique, puis passe derrière la caméra en 1946 avec la réalisation de son premier court-métrage. 

De nos jours, il est reconnu comme un grand réalisateur et a été récompensé plusieurs fois – il a notamment reçu le Lion d’Or de la Mostra de Venise en 1987 pour l’ensemble de sa carrière. Mais durant son vivant, il fut largement sous-évalué par la critique. On lui préférait un cinéma plus engagé, très en vogue dans les années 70 en Italie. Cela dit, il jouit tout de même d’une bonne réputation et a eu quelques succès grand-public, comme Pain, amour et fantaisie

Le thème de l’enfance est récurrent dans l’ensemble de son œuvre. Il veut montrer l’innocence de l’enfance, mais en réalité, c’est plus souvent avec gravité qu’il aborde ce sujet. L’Incompris est un drame psychologique, un genre qui se caractérise par une attention particulière portée à la psychologie des personnages, à leurs problèmes intimes plutôt qu’à l’intrigue elle-même. Dans L’Incompris, le deuil est un élément central et les événements qui se déroulent ont pour finalité de montrer les déchirements intérieurs, plutôt que de faire avancer une histoire. 

Stefano Colagrande dans une scène du film

L’Incompris est un film intense, qui fait ressentir des émotions très fortes et ancrées au plus profond de nous. Il est impossible de ne pas sourire, impossible de ne pas pleurer. Car on pleure beaucoup devant L’Incompris, vous voilà prévenu. Mais si vous vous décidez à le regarder, vous en sortirez bouleversés, remplis par une espèce de béatitude, mais aussi une certitude qui vous poursuivra pendant longtemps : vous aurez regardé quelque chose de terriblement beau.

Coline Roche

Sources : 

Article sur la Cinecittà : 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cinecitt%C3%A0

Articles Luigi Comencini : 

https://www.universalis.fr/encyclopedie/luigi-comencini/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Luigi_Comencini

Articles L’Incompris

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Incompris

« Pourvu que la mastication ne soit pas longue », ou comment le spectacle nous replace au cœur d’une histoire déchirante

En mars dernier, la semaine d’éducation et d’actions contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT au Musée de l’histoire de l’immigration a été rythmée par des conférences, des débats, des performances artistiques, du théâtre ou du cinéma. Retour sur un spectacle bouleversant proposé à l’occasion de cette semaine riche en émotions au Palais de la Porte Dorée.

Un spectacle placé sous le chiffre 3 

Trois artistes, trois continents, trois disciplines artistiques.  

Et trois secondes seulement pour que le spectateur se retrouve projeté au milieu d’une affaire dont la violence, inouïe, est racontée par la conjonction du théâtre, de la danse et de la musique. 

Cette histoire, c’est celle d’Amadou Diallo, un jeune homme d’origine guinéenne âgé de 23 ans vivant aux Etats-Unis, qui est abattu le 4 février 1999 en bas de son immeuble par quatre policiers new-yorkais. 

Quarante-et-une. C’est le nombre de balles tirées par les policiers sur un jeune homme qui, croyant qu’on lui demande de sortir ses papiers pour un contrôle, met la main dans sa poche et induit en « erreur » la police de New York qui pense alors qu’Amadou Diallo s’apprête à brandir une arme.

Quarante-et-un tirs, en direction d’un jeune homme innocent et non armé. 

La rencontre artistique d’Hakim Bah (auteur de théâtre guinéen), de Juan Ignacio Tula (artiste de cirque et danseur argentin), et d’Arthur B. Gilette (guitariste et compositeur français) rend ainsi hommage à Amadou Diallo et dénonce les violences policières aux Etats-Unis par une fiction documentée aux notes poétiques. 

Une mise en scène poignante 

La mise en scène du spectacle s’appuie sur un dispositif multisensoriel, donnant à voir aux spectateurs des jeux de lumière, de son, de mouvement. 

Dans une même unité de temps et de lieu, l’action elle, est démultipliée. Tandis que l’acteur Hakim Bah énonce avec la plus grande émotion un monologue relatant les faits, l’artiste circassien Juan Ignacio Tula réalise des figures avec une roue Cyr au rythme des notes jouées par le musicien Arthur B. Gilette. Le regard du spectateur passe tout au long de la représentation de l’un à l’autre sans jamais se fixer réellement, et la tension de l’histoire monte crescendo, jusqu’à son paroxysme : la mort d’Amadou Diallo. 

La proximité physique des acteurs avec les spectateurs, l’ajout d’effets scéniques tels que la fumée, le changement de costumes et de décors au cours du spectacle, permettent une immersion totale au cœur du spectacle et de l’affaire de la mort injuste et cruelle d’Amadou Diallo. 

« Pourvu que la mastication ne soit pas longue », un titre évocateur 

Lors des échanges avec les artistes à la fin de la présentation, la question du sens du titre donné au spectacle par l’auteur Hakim Bah a été posée. 

« Pourvu que la mastication ne soit pas longue », c’est la douleur d’Amadou Diallo lorsque les balles lui traversèrent le corps, changeant les secondes en une éternité. 

« Pourvu que la mastication ne soit pas longue », c’est la prière pour que tout s’arrête, pour ne plus rien sentir. 

« Pourvu que la mastication ne soit pas longue », c’est la volonté profonde de l’auteur que ce fait divers, d’une violence symbolique et symptomatique des violences policières, ne se reproduise plus jamais. 

« Pourvu que la mastication ne soit pas longue », c’est la lutte contre le profilage vis-à-vis des personnes noires aux Etats-Unis, la contestation contre le racisme et la discrimination, et la revendication de l’égalité humaine. 

« Pourvu que la mastication ne soit pas longue », c’est un titre pour Amadou et pour tous les autres. 

Le Palais de la Porte Dorée, une invitation à faire évoluer son regard sur les sujets liés à l’immigration 

Palais de la Porte Dorée

L’établissement public du Palais de la Porte Dorée est créé en 2012 par décret, regroupant le monument historique du Palais, le Musée national de l’histoire de l’immigration, et l’Aquarium tropical.

A l’origine, le Palais de la Porte Dorée est construit en 1931 pour l’Exposition coloniale internationale. L’édifice est ainsi voué à montrer les produits et productions artistiques des colonies françaises et des pays sous protectorat français, par la construction de pavillons, d’attractions, d’un aquarium tropical et d’un jardin zoologique. 

Il promeut la puissance coloniale de la France ainsi que sa mission civilisatrice menée dans les colonies, et pose un regard idéalisé sur les relations entretenues avec ces dernières. Les objets étant exposés à l’occasion de l’Exposition, ils sont présentés comme des investissements pour les industriels métropolitains et fascinent les européens. 

Aujourd’hui, l’Etablissement public se pose comme conservateur des éléments liés à l’histoire de l’immigration en France, particulièrement à partir du XIXe siècle et adopte une position de « neutralité engagée » face à son histoire, invitant le public à poser un autre regard sur l’immigration en France. Bien loin de l’outil de promotion des relations idéalisées entre la métropole et ses colonies qu’il pouvait être à l’origine, le Palais met en lumière les apports de l’immigration à l’histoire française et propose des réflexions sur les sujets des migrations, des questions identitaires et des nationalismes notamment. 

Depuis 2017, le Palais organise un « Grand Festival » se tenant en mars et donnant la parole aux artistes et aux visiteurs sur les sujets du racisme, de l’antisémitisme et de la haine anti-LGBT. « Pourvu que la mastication ne soit pas longue » s’est déroulé cette année dans le cadre de cet évènement.

Nina Reguillot

Sources

https://www.histoire-immigration.fr/programmation/spectacles-et-performances/pourvu-que-la-mastication-ne-soit-pas-longue

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Palais_de_la_Porte-Dorée

Visite à BUAS, l’université à la pointe de la technologie !

La crise sanitaire a empêché les étudiants du monde entier de pouvoir vivre leur vie étudiante pleinement. Avec les cours en distanciel, les évaluations réalisées en ligne, accompagnés de la fermeture des frontières et l’isolement des pays, toutes ces conditions ont empêché les étudiants de la majeur « Management des Institutions Culturelles » de pouvoir réaliser leurs séminaires pendant deux ans. En revanche, les conditions sanitaires se sont assouplies et les pays se sont plus ou moins ouverts. C’est ainsi que 10 étudiants ont eu la chance de pouvoir réaliser une semaine de séminaire dans l’université : « Breda University of Applied Sciences » durant la semaine du 24 au 31 avril 2022.

L’université de Breda est un établissement fondé en 1966 spécialisé dans des domaines comme les médias, l’hôtellerie, le tourisme mais aussi les jeux vidéo. Cette université, constituée d’environ 7 700 étudiants, nous a permis de nous imprégner du monde des jeux vidéo, et plus précisément celui de la réalité virtuelle et augmentée. Notre séminaire consistait donc de suivre un module d’étude autour du thème du « Digital Entertainment ». Nous avons ainsi pu suivre des cours avec des intervenants de « l’académie des jeux et des médias » et celui « des loisirs et événements » au sein du nouvel établissement : le « Mgr. Hopmansstraat 2 ».

BUAS met énormément en avant la créativité des étudiants et ces derniers ont un libre total d’accès auprès des équipements techniques. Le premier jour, nous avons visité les locaux, accompagné de deux étudiants en « game design » qui ont expliqué les différents modules et les cours de leur cursus. Différentes technologies utilisées pour des projets de VR ou de AR nous ont été comme une mise en place de caméra permettant de créer un visage en 3D à partir d’un visage réel, ou encore un énorme écran permettant de remplacer le fond verre dans la production audiovisuelle. Il s’agit d’une technologie qui s’est beaucoup développé dans des séries comme « The Mandalorian ». De plus, certains des étudiants ont pu expérimenter la technologie de la réalité virtuelle grâce à des jeux en casque VR.

Notre séjour : une semaine pleine de rebondissements :

Après un dimanche mouvementé où la moitié de notre groupe a pris le bus à temps tandis que l’autre s’est retrouvé dans un train qui faisait demi-tour (merci la SNCF…) et une nuit dans notre super hôtel « première classe », nous avons pu enfin rejoindre l’université de BUAS, et tout ça, à vélo. Nous avons été accueillis par la coordinatrice de la majeure : « Media & Games », Evy Faivre et le directeur Robert Grigg autour d’un bon café. Après cela, nous avons eu nos deux premiers cours : « VR and mixed Realities » et « Transmedia Storytelling ». Durant cette journée, nous avons été introduits à notre projet : créer pour la fin de la semaine en groupe un transmédia autour du jour de la fête nationale de King’s Day.

Mais qu’est-ce que le transmédia ? Bonne question ! Lorsque l’on parle de ce concept, il faut penser au univers tels qu’Harry Potter, Star Wars ou encore le Marvel Cinematic Universe. Ils ont beau tous avoir des univers différents mais ils possèdent tous une propriété commune ; le fait d’être des transmédias. Il s’agit de créer un univers à part entière et réaliser des histoires autour de cette univers. Prenons l’exemple du monde de Star Wars. Nous avons presque tous vu les films qui parlent d’une histoire dans un monde de planètes dans une galaxie très lointaine… Plusieurs médias se sont servi de cette galaxie pour créer des histoires, comme le film « Rogue One » ou encore le jeux vidéo « Star Wars Jedi : Fallen Order ». Harry Potter est également un transmédia, notamment par l’étendu de l’univers avec les films des animaux fantastique, ou encore le jeu vidéo actuellement en développement : « Hogwarts Legacy : l’Héritage de Poudlard ».

Après cette journée de cours et d’introduction au monde des jeux vidéo et du média entertainment, nous avons eu la chance de visiter l’église de la ville et ainsi monter en haut de la tour pour observer le cloché, le carillon et la vue sur la ville. Par la suite, nous avons mangé dans un restaurant néerlandais, proposé par Evy, avec des plats très gouteux et un décor plus que satisfaisant.

Le deuxième jour, nous avons eu des cours de « Imagineering », « interactive Narrative » et une présentation sur le parc d’attraction « Efteling ». Le soir même, nous avons pu découvrir les débuts de King’s Day qui commençaient à remplir les rues de gens joyeux et de musiques électro.

Le lendemain, nous avons pu rencontrer Jeanne, une guide de « Breda Blind Walls Gallery » qui nous a proposé de visiter la ville de Breda en vélo et de découvrir les différentes fresques sur les murs de la ville. Après ce tour en vélo, nous nous sommes rendus dans le centre-ville afin de découvrir ce qu’était King’s Day, en pleine journée. Les habitants étaient habillés tous en orange avec une bière à la main et dansant sur de la musique dans tous les coins de rue. Nous avons également pu apercevoir des enfants vendant leurs jouets dans le parc de la ville.

Pour ce qui est du jeudi, nous avons pu avoir des cours « d’introduction aux esports ». Nous avons également eu l’occasion de travailler sur notre projet de création de transmédia. Le jeudi soir, nous avons proposé à Martha et Evy de faire un restaurant indonésien. En effet, le pays est imprégné de la culture indonésienne qu’il a auparavant colonisé. Il nous a donc semblé pertinent de pouvoir gouter à cette cuisine lors de notre séminaire.

Finalement, le vendredi était la journée des présentations de projets. Nous avons donc tous pitcher nos idées de projet de création de transmédia. Ensuite, nous avons pris un petit bus pour nous rendre… Au parc d’attraction « Efteling » ! Une fois là-bas, nous avons eu la chance de profiter des attractions (plus ou moins extrêmes) mais également de découvrir tout l’univers et les histoires que le parc inspire.

Finalement, nous sommes tous repartis le dimanche dans la journée, triste de pas avoir pu rester plus longtemps. Une semaine à Breda était une expérience très enrichissante puisque grâce à ce séminaire, nous avons pu vivre en groupe dans une ville qui nous étaient tous inconnu et apprendre dans une université spécialisée dans la VR de l’AR et globalement autour des nouvelles technologies du jeu vidéo. Nous avons également pu apprendre à nous connaître tout en découvrant une nouvelle culture.



Tom Grégory

Comment se défini la cote du célèbre artiste conceptuel chinois, Ai Weiwei au sein du marché contemporain ?

            À travers ses multiples performances artistiques aussi provocantes les unes que les autres, Ai Weiwei se fait rapidement connaître dans le monde entier. L’Artiste a été marqué par son vécu familial. Son père, Ai Qing, célèbre poète en Chine a été envoyé en camp de rééducation politique dans le désert du Gobi, expulsé de sa propre nation car suspecté d’être un « droitiste », à l’époque opposé au gouvernement. Ai Weiwei a connu l’oppression, la violence et l’exil. C’est pourquoi en tant qu’homme, avant même d’être un artiste, il décide de se battre pour sa liberté, la liberté universelle en réponse au sort réservé à son père dans son propre pays.

Il en est de même pour les réseaux sociaux. Ai Weiwei est né dans une société où la liberté d’expression n’avait pas sa place. En grandissant il a décidé de faire ouvrir les yeux au monde entier pour dénoncer ce qui lui paraissait injuste.

Depuis sa naissance, l’artiste baigne dans un milieu artistique. Pendant longtemps, l’artiste a été reconnu et apprécié du gouvernement chinois mais ce dernier en décide autrement. Ai Weiwei, artiste dissident, décide de développer un art à sa manière, s’opposant radicalement à l’autorité chinoise. Refusant une Chine mensongère, un gouvernement qui en cache trop aux citoyens, l’artiste rend compte à plusieurs reprises de clichés provocateurs et très explicites rediffusés sur de nombreux réseaux.

Déjà depuis un certain temps brouillé avec le gouvernement chinois, ses relations empirent avec le tremblement de terre qui a lieu le 12 mai 2008 dans la province du Sichuan, situé au centre de la Chine. Dû à la force du séisme, en quelques minutes les chinois font face à des dégâts monstrueux.

De nombreux bâtiments s’effondrent notamment à cause des normes de sécurité non respectées des bâtiments sur lesquelles l’autorité chinoise va encore une fois garder le secret.

Ai Weiwei vient sur les lieux de la catastrophe pour y conserver les preuves, il va même jusqu’à compter le nombre de victimes pour rompre le silence du pouvoir. Les autorités chinoises décident dès lors de le placer en garde à vue et lui font subir des maltraitances. Il est hospitalisé par la suite dû surement à cette agression.

            Derrière plusieurs pseudonymes et sur différents blogs, l’artiste va écrire les noms des victimes et publier des photos. Il va même jusqu’à créer une oeuvre d’art audio avec des voix qui récitent les noms de nombreux enfants, victimes de la catastrophe. Il va aussi tirer une autre oeuvre de cet événement. Il va mettre en place une installation, Remembering  où sont exposés en grand nombre des cartables.

Remembering, 2009, La Haus der Kunst, Munich (Allemagne), Ai Weiwei

  • 9 000 sacs à dos d’écoliers ( couleurs : rouge, jaune, vert et bleu)
  • Phrase en chinois : « Elle vécut heureuse jusqu’à 8 ans » (tirée de la lettre d’une mère d’écolière décédée)

            C’est une occasion de rendre hommage aux écoliers décédés sous les décombres des écoles. Le plasticien veut prouver que le gouvernement chinois n’a pas joué son rôle vis à vis des citoyens. Luttant aussi pour d’autres causes telle que la crise des migrants, il démontre son soutien aux plus démunis en dénonçant la corruption du gouvernement chinois.

            Mais nest pas aussi un levier pour augmenter sa popularité que de sans cesse provoquer, de faire la Une de tous les journaux, à travers des événements tragiques ?

            L’artiste a rapidement compris qu’il pouvait tirer profit de la censure chinoise en utilisant en grande quantité les réseaux sociaux et différents blogs. Au même titre que des manifestations, les réseaux sur lesquels il est extrêmement actif deviennent véritablement des armes à part entière. Les médias occidentaux soutiennent beaucoup ce célèbre artiste. Condamné à rester en Chine, où réside une censure importante, Ai Weiwei devient « le bouc émissaire » du gouvernement chinois.

Cela revient finalement à son avantage et les médias occidentaux parlent de l’artiste en tant que héros de la liberté universelle. Au sein de l’empire de la censure, à part dans la sphère élitiste du pays, peu de personnes connaissent les actes répressifs de l’artiste pourtant connu à l’international.

Ai Weiwei : figure ou art polémique ?

            A l’ère de l’art contemporain, l’artiste devient finalement aussi important que sa production. C’est finalement un glissement vers un marché de notoriété où le nom de l’artiste compte plus que la qualité de l’oeuvre proposée. L’artiste chinois est internationalement connu pour avoir défier les autorités mais qu’en est t’il de son Art ? Ai Weiwei affirme « Une œuvre d’art incapable de mettre les gens mal à l’aise ou de se sentir au moins différent n’a aucune valeur. » C’est finalement l’artiste conceptuel qui décide de la légitimation de son art. En se créant une image polémique autour de sa personne, l’artiste interpelle et son art suit.

On cherche à le suivre, à le comprendre, à se battre avec lui. Cependant, beaucoup d’avis sont controversés sur l’artiste. Certains affirment que les motivations de l’artiste sont seulement commerciales et individuelles. Mais Ai Weiwei réplique : « Mon travail a toujours été politique, parce que le choix d’être un artiste est politique en Chine ». Ses performances artistiques deviennent donc une nécessité et non un réel choix.           

            Par cette figure contemporaine dissidente, ses oeuvres restent polémiques. En tant qu’artiste conceptuel, il décide de remettre en cause l’art traditionnel, de donner une autre valeur que l’esthétique à l’oeuvre, une valeur originale, politique.

C’est son vécu historique, familial qui façonne son art. L’artiste affirme aussi ceci : « Bien souvent je remets en question le statut de l’artiste (…) après tout, peut-être que je ne suis pas artiste. Dans le domaine de l’art, j’essaie de résoudre des problèmes culturels, j’essaie d’utiliser un langage nouveau, l’art vient quand je fais autre chose ». Même Ai Weiwei, lui – même remet en question son statut d’artiste.

            Quelle est devenue la valeur artistique dune oeuvre contemporaine ?

            Dans un monde où l’art contemporain prend de plus en plus de place, et prend parfois le dessus sur des chefs d’oeuvres plus anciens, quelle semble être devenue la valeur d’une oeuvre d’art ? La valeur artistique réside t’elle dans le coût de l’oeuvre ? Comme l’affirme si bien Nathalie Heinich, spécialiste de l’art contemporain, de quelle valeur parle t’on ? 2 Marchande, esthétique, authentique .. Qui rend compte de la valeur ? Les experts, les critiques d’art, un public beaucoup plus élargi ?

            Le contexte de l’exposition de l’oeuvre est aussi essentiel car le goût d’aujourd’hui n’est pas celui de demain ni celui d’hier surtout à une période ou de nombreux artistes conceptuels entrent en jeu. La pluralité des valeurs permet de rendre aussi bien une oeuvre ancienne et une oeuvre contemporaine en tant que bien artistique. Aujourd’hui, la valeur s’est rattachée trop rapidement au prix de l’œuvre.

Que souhaite finalement voir le public, principal acteur du marché de l’art ? Etant donné que notre société évolue, l’Histoire de l’art change aussi.

            Ai Weiwei l’a bien compris en réalisant des oeuvres qui choquent le public, des structures qui font preuve d’engagement et qui touchent un public très élargi. Aujourd’hui, l’art contemporain se résume par une liberté de chacun de penser son goût guidé par les goûts à la mode. L’art contemporain se doit de transformer le concept traditionnel de l’art. 3De nouveaux médiums font place tels que des installations, des vidéos…

Nathalie Heinich affirme aussi que « l’art contemporain tend à opérer un déplacement de la valeur artistique, qui ne réside plus tant dans l’objet proposé que dans l’ensemble des médiations qu’il autorise entre l’artiste et le spectateur ».

            L’art contemporain est doté d’un système de marché complexifié par un monde de communication. Cela est très paradoxal du fait de la double valeur : la valeur artistique et la valeur marchande, deux valeurs radicalement différentes. Aux côtés des artistes contemporains les plus célèbres tels que Jeff Koons ou Jean-Michel Basquiat, Ai Weiwei est devenu une véritable marque internationale. Il se défini d’ailleurs comme tel : «Je suis en train de devenir une marque pour la liberté d’expression et l’individualisme ». Le fait de développer sa marque est toujours compliqué à cause des risques et des pièges. L’artiste réussit à garder le même discours dans toutes ces manifestations et un public élargi le suit très activement.

Philippine Bonhoure

Le Quidditch moldu – l’apogée du transmedia de l’univers d’Harry Potter

Avec l’approche de la Coupe d’Europe de Quidditch à Limerick en Irlande en juin 2022, à laquelle je vais avoir la chance d’assister, les cours sur le transmedia résonnent dans mon esprit.

Comment un sport dans un monde fantastique où les sorciers et sorcières existent et où les balais volent peut arriver au point où la première coupe du monde voit le jour en 2012 dans notre monde de moldus à Oxford ?

C’est là que le transmedia entre en jeu. Le transmedia est la dispersion d’un univers complexe, souvent imaginaire sur différents médias, et chaque plateforme/médium propose un contenu enrichi par rapport à l’œuvre initiale, et non une répétition ou réécriture de la même histoire.

Benhollandphotography
Pour une définition moins théorique, il suffit de prendre un exemple dans l’univers de J.K. Rowling.

L’univers commence par des livres, qui racontent l’histoire du jeune Harry Potter qui reçoit une mystérieuse invitation le jour de son 11e anniversaire pour aller étudier à Poudlard, école réputée de sorcellerie. Mais ça, tout le monde la connait, cette histoire. Autour de cet univers fascinant de sorciers, l’autrice de la saga publie d’autres ouvrages cités dans ses propres livres, comme par exemple les manuels utilisés à l’école, les journaux, des livres explicatifs, mais surtout un livre intitulé Vie et habitat des Animaux Fantastiques écrit soi-disant par Norbert Dragonneau. C’est alors que sont annoncés ses débuts de scénariste pour une nouvelle saga cinématographique, nommée Les Animaux Fantastiques et qui va venir raconter l’histoire de l’auteur de ce livre utilisé par Harry Potter.

Voilà ce qu’est le transmedia. Ce n’est pas adapter un livre en film ou l’inverse. C’est le fait qu’un livre donne lieu non seulement à des adaptations dans d’autres média, mais que l’univers dans lequel les personnages évoluent soit aussi précisé et augmenté par d’autres créations sur des supports différents du format initial.

Et cela peut donc même amener à jouer à un sport qui normalement contient des balais volants et des balles magiques mais sans balais et sans magie. Mais alors que reste-t-il ? Il reste un sport qui mélange le baseball, le rugby, la balle au prisonnier et la course poursuite d’un arbitre.

Ça vous parait bizarre dit comme ça ? Laissez-moi vous expliquer.

Le Quidditch moldu, dans notre monde sans magie, est un sport qui se joue entre deux équipes adverses, toute deux composées de 6 à 7 joueurs et joueuses, car oui, le Quidditch est le seul sport de contact obligatoirement mixte. Il ne peut pas y avoir plus de 4 joueur.ses d’une équipe du même genre sur le terrain – ce qui paraît génial pour l’égalité des genres, mais peut être détourné, j’expliciterai ça plus tard. Tous.tes les joueur.ses doivent avoir un « balais » entre leurs jambes, tenu généralement à une main. Lorsque je dis balais, entendez bâton plastique d’un mètre de long, parce qu’apparemment ça fait moins mal de se le prendre qu’un coup de balais en bois. Honnêtement, vu la vitesse de certain.es joueur.ses, ça se comprend.

Maintenant, regardons un peu les balles non-magiques utilisées. Il y a d’abord le souafle, qui est un ballon de volley-ball, ensuite trois cognards, ballons de dodgeball et enfin un vif d’or qui est une balle de tennis dans une chaussette accrochée au dos d’un arbitre neutre. L’arbitre est par ailleurs habillé en jaune, car à défaut d’avoir une balle en or avec des ailes, autant habiller l’arbitre en jaune.

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Chaque équipe est constituée de trois poursuiveur.ses et un.e gardien.ne qui doivent marquer avec le souafle (10 points) ou défendre les anneaux de l’équipe qui servent de buts. Il y a ensuite deux batteur.ses qui doivent toucher les adversaires avec le cognard pour défendre, parce que la meilleure défense, c’est l’attaque à coup de cognard bien sûr ! Enfin, il y a un.e attrapeur.se qui doit attraper le vif d’or pour gagner 30 points et qui rentre en jeu à environ 18 minutes.

Et tout ça se fait sur un terrain de 33 mètres sur 60 de long, ce qui est équivalent à quatre terrains de basket.

Telles sont les règles énoncées par la Fédération du Quidditch Français (et oui, ça aussi, ça existe). En France, il y a 18 équipes de Quidditch, dont 4 équipes juniors (-16 ans) et donc au total, 350 licencié.es.

Et devinez-quoi… la première équipe de Quidditch française a été créée à Nantes ! Bien sûr, ce sont les trois équipes parisiennes très compétitives qui monopolisent souvent le podium en Coupe de France. Mais tout de même Toulouse se défend en troisième place exæquo avec les Olympiens de Paris pour la coupe de France 2020.

Vous avez donc maintenant un aperçu de ce qu’est le Quidditch dans notre monde. C’est un sport complet, physique et surtout inclusif !

Bien sûr, puisque que les joueur.ses peuvent s’associer eux-mêmes à un genre, cela amène à quelques abus dans des équipes très compétitrices qui favorisent les masculins cisgenres, transgenres, binaires ou non-binaires, gagnant ainsi en force brute physique pour les plaquages. Heureusement, la Fédération est aussi là pour réguler ce type de problème. Mais ce sport est aussi inclusif socialement car en effet, il n’y a besoin de rien de plus qu’un survêtement, des baskets et une bouteille d’eau.

Est-ce que J. K. Rowling avait imaginé que le jeu qu’elle avait inventé verrait le jour et prendrait autant d’ampleur, que des coupes du monde seraient organisées et montreraient au reste du monde du sport qu’un sport de contact mixte et inclusif est possible ? Certainement pas.

Si vous ressentez la soudaine envie de voir un match ou même de jouer vous-mêmes au sport d’Harry Potter, je vous laisse aller chercher le club le plus proche de chez vous, attraper vos baskets et choisir de marquer, défendre ou courir après un arbitre !

Nolwenn Ould-Hamiche

Sources

Accueil | Fédération du Quidditch Français

Direction Bilbao pour un voyage le long de La Rìa

Pendant une semaine, nous étions huit élèves de notre classe à partir découvrir la ville de Bilbao. Le but de ce séminaire était de revenir sur le passé de la ville afin de bien comprendre leur politique culturelle.

Pour commencer, il faut resituer Bilbao sur une carte. Cette ville qui se trouve au nord de l’Espagne, est la capitale du pays basque dans la province de Bizkaia. Elle est entourée de montagnes et est située à 15 kilomètres de l’estuaire de l’océan. 

Bilbao est connue pour son passé industriel. En effet, elle a bâti sa richesse dans les années 60 avec son port et les industries de sidérurgie. En opposition à Saint Sebastian, ville côtière dans le pays Basque, Bilbao n’avait aucune intention de devenir une ville touristique et culturelle. Cependant, la crise des années 80 a plongé la ville dans une période très difficile avec un taux de chômage de 34%. De plus, les inondations de 1983 ont été un coup de massue supplémentaire pour la ville.

Résultat : le port du centre-ville a été déplacé à l’embouchure de La Ria (à 15 kms de Bilbao) et les bâtiments industriels ont commencé à être détruits.

La mairie de Bilbao, ainsi que ses habitants, se sont retrouvés face à un dilemme : comment se relever et sortir la ville du chômage ?

À ce moment-là, le choix des élus a été très audacieux et risqué. Ils ont décidé de transformer la ville industrielle en une ville de service. Pour commencer, ils ont commencé par nettoyer la Ria, qui était très sale, et ils ont créé un métro et un aéroport, rénové le tramway et installé un système de vélo dans la ville. Par la suite, ils ont repensé les espaces en misant sur des centres culturels et artistiques. Un pari très risqué qui a été très critiqué par les habitants même de Bilbao, qui souhaitaient en priorité retrouver leur ancien emploi dans des usines et des industries.

Ainsi, à partir des années 90, la ville s’est transformée pour devenir celle que nous avons visité pendant notre séjour. Cette transformation est un exemple pour les villes post-industrielles tel que Belfast ou même Nantes.

Comme le port était situé au centre-ville au bord de la Ria et que les industries se trouvaient à côté ou bien sur l’île de Zorrotzaurre, la majorité des projets culturels sont venus s’installer à cet endroit.

Ainsi, nous vous invitons à prendre place à bord du Bilboat à la découverte des nouvelles infrastructures culturelles le long de la Rìa :

1ère stop primordial :

Le musée Guggenheim d’art contemporain, réalisé par l’architecte Américain Franck Gehry. La ville de Bilbao a invité la fondation Guggenheim à venir visiter la ville pour prendre conscience de son histoire et de son potentiel. Après quatre années de travaux, le musée voit le jour en 1997 bien que les habitants s’opposent au projet. 

Le musée a un effet immédiat : dès la première année, un million et demi de visiteurs viennent le découvrir, soit le double de leurs prédictions. Ainsi, la ville de Bilbao rentabilise son investissement en trois ans ! De plus, le musée devient un emblème pour la ville car son architecture en fait un bâtiment remarquable et une étape incontournable.

2ème stop :

Nous voyons de l’autre côté du pont l’université de Deusto situé dans le quartier du même nom. Cette université créée par des frères jésuites abrite les départements des lettres, des sciences humaines et même des loisirs (celui qui nous a accueilli). En termes d’architecture, le bâtiment, très imposant, est composé de deux cloîtres, un grand auditorium, des chapelles et des salles de cours de qualité. Juste à côté se trouve l’université commerciale, digne d’une école américaine. En effet, on arrive par une grande entrée qui donne directement sur deux escaliers en marbre et on arrive directement sur une grande bibliothèque avec ses canapés en cuir très réputés.

3ème stop:

Un peu plus loin, on aperçoit le musée de la mer : le Itsas museum. On y trouve une exposition sur l’histoire de Bilbao et de son port. De plus, ils exercent également une activité de rénovation des anciens bateaux. On a découvert un grand atelier qui utilise les mêmes outils et méthodes de travail qu’avant et qui a comme objectif de faire une réplique authentique des bâteaux de l’époque. 

Un peu plus loin se trouve le palais des Congrès et de la Musique Euskalduna. Pour rester dans le thème, on tombe sur un des plus grands auditoriums d’Europe sous la forme … d’un bateau ! En effet, haut de trois étages, on y retrouve la coque et la forme d’un paquebot. À l’intérieur, la scène profonde est accompagnée d’orgue sur les côtés et plus de 2164 places assises. Au total, le lieu compte 18 salles de taille différente pouvant accueillir de nombreux événements, aussi farfelus que possible.

4ème stop :

On arrive au dernier arrêt de la visite : l’île de Zorrotzaurre. Elle est aujourd’hui en partie abandonnée car elle abritait tous les bâtiments industriels avant la crise. Afin de réinvestir l’espace et d’y amener de la vie, des collectifs et associations culturelles se sont installées dans les friches industrielles. On y trouve l’association Zawp qui propose des espaces de coworking artistique et des résidences artistiques. Ils détiennent également une salle de spectacle et propose un marché artisanal tous les dimanches qui attirent en moyenne 500 personnes. Juste à côté se trouve Espacio Open, un collectif de créatif qui abrite un FabLab, des artistes et artisans, un restaurant et une friperie. Ils ont un objectif commun qui est d’éviter la gentrification du quartier et de montrer au pouvoir public que des individus et collectifs ont envie de s’investir sur l’île. 

Évidemment, ce n’est pas tout ! On trouve encore en ville pleins d’acteurs et de lieux qui ont participé à faire rayonner la culture et l’art. Alors prenez vos billets pour Bilbao, vous ne serez pas déçu ! 

Danaé Courtès

La voix dans tous ses états : petite histoire du beatboxing

Ils font pff, tsss, tchak, claquent la langue contre leur palais… Ils ont le rythme dans la peau (dans la bouche pour être précis) et imitent n’importe quels instruments à la perfection. On les appelle les beatboxers. 

À l’occasion des Journées de la Créativité organisées par Chtiing, quelques élèves de la Majeure Culture, dont moi-même, ont eu la chance de faire une initiation au beatbox, avec les trois mousquetaires de l’école LyreBird, Keumart, Jeyb et DuJ’. De cette initiation m’est venue une interrogation : mais d’où vient cette pratique ?

La boîte à rythme humaine, ou le Human Beatbox pour les anglophones confirmés, est simplement l’art de reproduire des sons avec sa bouche. Il s’agit bien sûr de sons de batterie, mais également d’autres sons d’instruments de musiques ou de bruitages en tout genre – oui, je peux désormais imiter le vent et la caisse claire. 

Les origines

Il y a 600 ans existait le Konnakol, une technique de percussion vocale issue de la tradition carnatique de l’Inde du Sud. La Chine avait également son propre beatbox : le Kouiji, une technique permettant d’imiter les bruits du quotidien avec sa bouche. 

Au XIXe siècle, Ella Fitzgerald performait en scat, une pratique vocale issue du jazz. Vous l’aurez compris, imiter des percussions avec sa bouche est une pratique qui ne date absolument pas d’hier. 

Mais le beatbox d’aujourd’hui se différencie de ces techniques à bien des égards. Pour comprendre, montons dans notre DeLorean et retournons dans les années 70 pour parler du hip-hop du South Bronx de New York.

Le terme « beat box » a été utilisé pour la première fois dans les années 70, avec l’apparition de l’une des premières boîtes à rythme programmables, le ComputeRhythm. Ces appareils étaient de véritables joyaux pour les compositeurs de l’époque. Mais qui dit joyau dit argent, beaucoup d’argent. Or, je ne vous apprends rien en vous disant que les habitants du Bronx étaient loin d’être riches. Et c’est ainsi qu’est né le beatbox : n’ayant pas les moyens de se procurer une boîte à rythme programmable pour faire du hip-hop, les rappeurs du Bronx ont inventé le beatbox en imitant les percussions à l’aide de leur bouche. 

Mais au fil des années, le beatboxing est devenu bien plus qu’une simple parade utilisée par les rappeurs n’ayant pas les moyens de se payer une boîte à rythme. 

Évolution

Dans les années 80, de plus en plus de beatboxers se font connaître et les techniques évoluent. Doug E Fresh fait notamment partie de cette génération instigatrice. C’est en effet à Doug que l’on doit la technique appelée le « click roll », le fait d’imiter les claquettes avec sa langue. 

Biz Markie introduit quant à lui le chant :parvient à rapper, chanter, et beatboxer en même temps.

Le jazzman Bobby McFerrin s’inspire lui aussi de son insertion dans le hip-hop autant que dans le jazz et la soul pour sortir une majorité d’albums interprétés uniquement à la voix et où le human beatboxing a une place prépondérante. Qui, aujourd’hui, ne connaît pas le fameux « don’t worry, be happy » ? 

Au début des années 90, le beatboxing se développe surtout au travers des battles, dans lesquelles les beatboxers tentent de se faire connaître. De ces battles émergent deux véritables légendes : Rahzel et Kenny Muhammad. Ce dernier fait partie des précurseurs modernes ayant contribué à la révolution technique du beatbox et a exercé une influence mondiale sur le beatboxing grâce à l’invention de techniques devenues universelles (par exemple la wind technique).
En France, certains noms restent encore des figures marquantes des années 1980-1990 : nous pouvons citer FAT, Fabulous Trobadors ou encore Sheek. Dans les années 90, le Saïan Supa Crew devient la figure majeure du beatboxing français grâce à une médiatisation de large audience lors de la sortie accidentelle (oui oui) du tube « Angela », qui n’était au départ qu’un interlude d’un ancien projet. 

Et aujourd’hui ?

Ainsi, le beatbox est une discipline à part entière et ne sert plus seulement à accompagner les rappeurs.  Aujourd’hui, les battles font toujours partie intégrante de la culture beatbox et se tiennent dans d’immenses salles aux quatre coins du monde. Fun fact : le premier championnat de France de beatboxing a eu lieu en 2006 à Marseille. 

Autour de la technique évolutive du beatboxing se développe une véritable recherche musicale. Beaucoup d’artistes se servent de leur talent pour créer leur propre musique en studio à l’aide de loopstations qui permettent de superposer des sons, ou forment des groupes avec d’autres beatboxers pour explorer les possibilités infinies qu’offrent la discipline. 

Bref, le beatbox est un art, un art fédérateur. 

Parmi les meilleurs beatboxers du monde nous pouvons citer Berywam, Footbox G, Tom Thum, ou encore Kaila Mullady.

Et si l’on alliait beatbox et Petits LU ? 

C’est ce qu’a permis l’atelier « biscuit nantais, façonnons son interprétation au travers des 5 sens : l’ouïe » qui s’est tenu le jeudi 21 avril. Le but était de mettre en mélodie le biscuit nantais, artefact culinaire retenu pour l’édition 2022 de Chtiiing. Mettre en mélodie…À l’aide du beatboxing ! J’ai eu la chance de participer à cette belle aventure avec deux autres élèves de la Majeure. 

Après une dégustation à l’aveugle pour décrire les sensations ressenties en croquant dans un Petit Lu, nous avons choisi des instruments qui, selon nous, imitaient le mieux ces sensations. Une contrebasse pour le côté chaleureux, un bâton de pluie pour le côté réconfortant, un piano pour la douceur, des sons de vent, de sable et de biscuits…La rythmique et l’ambiance ont été réalisées uniquement à l’aide de notre bouche ! 

À dix, avec nos bouches, nous avons réussi à mettre en mélodie le biscuit nantais. Une très belle preuve du côté résolument fédérateur du beatboxing, non ? 

Louise Schenk

Un exercice ? 

Pour finir sur la petite histoire du beatboxing, je vous propose un exercice simple pour réussir à faire votre première rythmique ! Pour cette rythmique, nous aurons besoin de trois sons de base : le kick, le hit hat (ou le charleston) et la caisse claire. 

  1. Le kick, ou la grosse caisse : on sert nos deux lèvres, on charge l’air derrière et on le relâche de manière explosive. C’est comme si vous disiez « pomme » mais sans vraiment prononcer le mot. On l’écrira « P »
  • Le hit hat : on pose la pointe de la langue contre l’arrière des dents du haut et on prononce « T » en accentuant fortement. On l’écrira « t »
  • La caisse claire : rien de plus simple…Prononcez un K (sans le son [a]) de manière bien accentuée. On l’écrira « K »

Prêt ? Il vous suffit maintenant d’enchaîner : P t K t / P t K t et d’en faire une boucle ! Si cela vous aide, commencez par prononcer les lettres telles-quelles puis accentuez progressivement. Vous pouvez également varier la rythmique avec cet enchaînement : P t K t t t K t. 

Si mes explications incroyables ne font toujours pas tilt, voici une démonstration de notre Keumart préféré : https://www.youtube.com/watch?v=IoW-NvrVgmY

Sources

https://www.franceculture.fr/emissions/culture-musique-ete/la-voix-dans-tous-ses-etats-45-voix-et-instrument

https://www.telerama.fr/sortir/comment-la-france-est-devenue-championne-du-monde-de-beatbox,151585.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Beatboxing#En_France

https://docteurjazz.com/le-scat-vocal-jazz-scatting/