Il était une fois la Comédie à l’italienne !

C’era una volta la commedia all’italiana !

Le cinéma italien est l’un des plus anciens et des plus célèbres au monde. Le 28 décembre 1895 les Frères Lumières présentent le Cinématographe en France, quelques mois après ils l’introduisent en Italie. Le cinéma français et italien se retrouvent liés dès leurs débuts et partagent un genre commun : la comédie. 

La Comédie italienne est un genre à part entière au sein du cinéma italien et elle contribue très largement à faire la renommée de celui-ci à travers le monde. Je vous propose dans cet article d’explorer la commedia all’italiana, miroir de la société italienne. Andiamo ! 

Alberto Sordi représentant l’Italien du peuple  

La Comédie à l’italienne, reflet d’une société unique en son genre   

Mario Monicelli, réalisateur du célèbre film comique soliti ignoti (Le Pigeon) a dit :  

« Quoi qu’en pensent certains critiques peux enclins au rire et méconnaissant le rôle de la satire et de l’hilarité, la comédie italienne a eu un grand retentissement dans l’Histoire des mœurs italiennes, je ne crois pas qu’il y ait eu au monde un cinéma comique qui ait eu cette ténacité pour combattre les fléaux sociaux » 

Le public italien va au cinéma pour s’amuser. Cela peut expliquer le peu de films d’auteur et de salles de cinéma d’Art et d’Essai dans le pays. Le peuple italien veut rire de tout, il est très attaché au réel et à l’expérience de la rue. Il y a ainsi une volonté de rire du bas-peuple et des classes populaires, souvent représentées de manière grossière. L’autodérision est une caractéristique de la société italienne que l’on retrouve dans les comédies. 

Bien qu’il le caricature souvent, le cinéma comique est proche du peuple. Les acteurs viennent de toutes les régions de l’Italie et bien qu’ils jouent exclusivement en italien et non dans leur dialecte local, on retrouve une forte empreinte régionale dans la comédie avec des acteurs comme Toto, caricature du napolitain moyen.  

Toto, le Fernandel italien, figure du petit délinquant napolitain, risible mais digne 

Du Néoréalisme à la Comédie (1945-1950) 

L’Italie post-mussolinienne, marquée par le fascisme et les destructions d’après-guerre, donne naissance au mouvement néoréaliste.  

Ce mouvement se veut le plus réaliste possible en représentant un pays en proie à la pauvreté qui doit entièrement se reconstruire. Les acteurs ne sont pas professionnels, les films sont tournés directement dans la rue car les studios italiens Cinecitta sont occupés par les réfugiés. Des films noirs émergent alors et marquent le monde du cinéma. On peut citer Ladri di Biciclette (Le Voleur de bicyclette), Miracolo a Milano (Miracle à Milan) et Umberto D. réalisés par Vittorio De Sica ou encore Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini. 

Le Néoréalisme prend fin en 1952 et est remplacé par le Néoréalisme rose.  Cette période de transition ouvre la porte au cinéma comique. Les films sont beaucoup plus légers en accord avec des conditions générales de vie qui s’améliorent grandement. Ce mouvement utilise des actrices aux formes généreuses, nommées maggiorata, qui deviennent de vraies célébrités. Les actrices comme Sophia Loren, Gina Lollobrigida, Silvana Mangano, Claudia Cardinale et Stefania Sandrelli deviennent les têtes d’affiche du cinéma italien dans le monde. Elles participent ensuite à diffuser et populariser la Comédie italienne en Europe et aux États-Unis.  

Gina Lollobrigida, la maggiorata typique  

Le triomphe de la Comédie italienne (1958-1980) 

Les années 1960 à 1970 sont celles du « miracle économique italien » et sont marquées par une forte croissance économique, une pauvreté en baisse, une émancipation des jeunes et un esprit de fête général. Dans ce contexte la Comédie devient l’un des genres les plus populaires du cinéma italien. Elle évoque de façon détournée, mais de manière profonde, les thèmes sociaux, politiques et culturels de l’Italie. Le film I Solti Ignoti (le Pigeon) de Monicelli mettant en scène une bande de malfrats minables qui tentent un vol rocambolesque ouvre cette ère. 

De grands réalisateurs émergents tels que Mario Monicelli, Ettore Scola, Pietro Germi, Luigi Comencini et Dino Risi font jouer dans leurs films des acteurs aussi célèbres que Marcello Mastroianni, Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi, Alberto Sordi, Claudia Cardinale, Monica Vitti et Nino Manfredi.

Luigi Comencini en 1971
Claudia Cardinale fait ses débuts dans la comédie  

Divorce à l’italienne (Divorzio all’italiana) réalisé par Pietro Germi – 1961 

Marcello Mastroianni dans un des ses meilleurs rôles 

Le baron Ferdinando Cefalu, issu d’une vieille famille de l’aristocratie sicilienne, ne supporte plus sa femme, Rosalia. Il est tombé amoureux de la belle Angela. Mais alors que le divorce demeure interdit, le baron prend connaissance d’un article de loi invitant à la clémence vis-à-vis des assassins ayant tués leur conjoint pour « sauver leur honneur ». Dès lors, il va échafauder un plan incitant sa femme à avoir une relation adultère, afin de pouvoir plus légitimement la tuer ensuite ! Le problème est de trouver celui qui voudra de son énervante épouse. Le réalisateur Pietro Germi va utiliser la satire pour dénoncer cette société italienne très conservatrice des années 1960 dans laquelle le divorce est encore interdit par la loi et très mal vu. Ainsi pour se débarrasser de leurs femmes ou en cas d’adultère, certains hommes n’hésitent pas à tuer leurs épouses en bénéficiant d’une loi très laxiste qui ne les condamne qu’à quelques années de prison ! Le réalisateur dénonce cet état de fait et va même plus loin en présentant le mariage comme un « tue-l’amour ». 

L’Argent de la Vieille (Lo Scopone Scientifico) réalisé par Luigi Comencini – 1972 

L’affiche originale du film  

Chaque année, une vieille milliardaire américaine (Bette Davis) vient assouvir à Rome sa passion pour le « Scopone scientifico » un jeu de cartes traditionnel italien. Elle joue avec un couple de chiffonniers (Alberto Sordi et Silvana Mangano), issu d’un bidonville voisin. Chaque année les habitants croisent les doigts pour la victoire des leurs… Une victoire qui n’arrive bien sûr jamais.  

Nous nous sommes tant aimés (C’Eravamo Tanto Amati) de Ettore Scola – 1974 

Vittorio Gassman et Stefania Sandrelli  

Film bilan qui retrace trente ans d’histoire et de cinéma italien en évoquant Fellini (la Dolce Vita), De Sica ou Antonioni. Le film commence à la fin de la guerre en 1945, trois personnages Antonio (Nino Manfredi), Gianni (Vittorio Gassman) et Nicola amis de lutte dans le maquis voient un nouveau monde s’ouvrir à eux dans lequel ils mettent tous leurs désirs et leurs rêves.  

Les Nouveaux Monstres (I Nuovi Mostri) de Mario Monicelli, Dino Risi et Ettore Scola – 1977 

Ugo Tognazzi dans le rôle d’un simplet  

Ce film présente un format particulier puisqu’il est constitué de douze petits sketchs.  

Les réalisateurs dénoncent toutes les formes d’hypocrisie et de bassesse humaine sur un ton virulent. Ils s’attaquent aux institutions comme l’Église, la famille et les classes sociales, qu’ils tournent en dérision avec un humour noir et décalé. Les meilleurs comiques italiens de l’époque : Vittorio et Alberto Sordi se surpassent et donnent toute sa qualité au film. 

La Comédie italienne de 1980 à aujourd’hui  

A partir des années 1980 la popularité du genre décroit. Néanmoins le genre est toujours présent sur les écrans italiens. On peut citer l’excellent La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino (2013). Ce film met en scène un critique d’art désabusé, Jep Gambardella (incarné par Toni Servillo). Confident du microcosme bourgeois romain, familier des fêtes, de la chirurgie esthétique et de l’art contemporain, Jep traverse les années pour finalement réaliser qu’il a raté sa vocation : être écrivain. 

Cette fois ci la comédie fait une satire non pas sur le bas peuple mais sur la haute bourgeoisie romaine, le ridicule et la vacuité de sa vie au travers d’un homme qui peu à peu est répugné par son milieu social. 

Toni Servillo, mondain fêtard mais désabusé   

Ainsi la « Commedia all’italiana », bien que moins populaire aujourd’hui est toujours présente après 60 ans d’existence. Elle aura contribué à faire connaitre le cinéma comme les acteurs italiens à l’étranger. La comédie est « le reflet de l’âme italienne », à vous de la découvrir ! 

Antonin Gaillarde  

NB : A propos de son film, l’Argent de la vieille, le réalisateur raconte : « Ce film trouve son origine dans un fait divers dont j’ai été témoin à Naples en 1948. Devant la petite pension où je logeais, je vis arriver un jour une élégante Rolls-Royce, d’où descendit une Hollandaise qui devait avoir dans les quatre-vingts ans. Elle demanda au concierge de trouver un certain Peppino et un certain Cirillo, puis s’en alla. Intrigué, je demandai au concierge de m’expliquer qui était cette milliardaire et ce qu’elle voulait de Peppino et Cirillo. L’histoire qu’il me raconta était incroyable. Mariée à un riche banquier américain, la dame en question faisait le tour du monde à longueur d’année, en suivant le printemps. En mai, chaque année, elle arrivait à Naples, louait une villa et, pour passer le temps, jouait aux cartes toute la journée. Et ainsi, depuis huit ans, en mai, deux pauvres, vêtus d’un habit de soirée improvisé, montaient tous les jours à la villa, poursuivant le rêve de réussir le gros coup qui leur aurait permis de devenir milliardaires. » 

Sources 

https://www.treccani.it/enciclopedia/commedia-all-italiana_%28Enciclopedia-del-Cinema%29/

https://www.cinematheque.fr/cycle/comedie-a-l-italienne-307.html

https://www.cineclubdecaen.com/analyse/comedieitalienne.htm

https://www.universalis.fr/encyclopedie/comedie-italienne-cinema/

Autres liens conseillés 

https://www.senscritique.com/top/resultats/Les_meilleures_comedies_italiennes/728740  

https://l.facebook.com/l.php?u=https%3A%2F%2Fyoutu.be%2FFE7Ze0Y3VNA%3Ffbclid%3DIwAR3ceEySI0ynZCyKUn_9l9iAw5GbG2xJ5Re0O8AmTtRv02us_RwsRopJWbQ&h=AT0AS6jzR7UHZcoq30-LF-likemPtB0CYGbox2casqTM5ou4gmRRbZBzOpf4tKMDA1gF6Q3tvsCoaRbDPORokO2wxJC1b0ayg74lPQSNwzoBkxwwaMipBV95OATa_wsPDbM-JIz9K98

https://l.facebook.com/l.php?u=https%3A%2F%2Fyoutu.be%2FPA_eiQRppOY%3Ffbclid%3DIwAR0mpg_PrVp8hPRif07MnnRYf6omM07KXL3edwb6-AAKi4j8q7z13aU_rdE&h=AT0m6i7sLxPitjAsMRGEMjt03W3lyUmN3P3wV0nKr52HdzMYPWq-tONS6ZIDuQ6pYxST73qSnlub0WQEmKEfzr-ZJ8BES2cqsSl55VOdK1lftoWyIcLM8ZWWkLMwt-CnDBL9J3wHqA4

Le MOOC qui place les femmes au centre de la toile

Depuis le 25 janvier 2021, le MOOC « Elles font l’art » est disponible gratuitement sur la plateforme FUN. « Elles font l’abstraction » est une exposition à l’initiative du Centre Pompidou qui aura lieu au printemps prochain. Ce Massive Open Online Courses (MOOC) est réalisé en partenariat avec l’Université du Québec à Montréal pour donner aux femmes artistes, si souvent mises de côté, la place qu’elles méritent dans l’Histoire de l’art. 

Grâce au parcours chronologique, les participants (re)découvrent des artistes talentueuses, aux styles diverses, qui ont réussi à se faire une place au sein des mouvements artistiques de 1900 à nos jours. De nombreux sujets y sont abordés, de la place de la femme dans l’art jusqu’à la déconstruction de la vision masculine et hétérosexuelle de cette discipline, en passant par l’importance du mouvement avant-gardiste pour les femmes artistes.  « Elles font l’art » donne la parole à des références du féminisme en art, comme la professeure d’Histoire de l’art Thérèse St-Gelais spécialiste du féminisme et du genre. Ce travail a été réalisé grâce à la collaboration fructueuse entre professionnelles de la culture et professionnelles de l’art. Mais ne vous y méprenez pas, ce MOOC n’est pas réservé aux femmes, il est ouvert à toutes les personnes qui souhaiteraient en apprendre davantage sur ce sujet ! 

Il y a tant à découvrir…

Les femmes inspirent les artistes depuis la naissance de l’art, alors pourquoi ne pas s’intéresser à elles en tant que créatrices ?  

Des débuts dans l’ombre

Au XIXème siècle, ces dernières n’ont pas accès à la même éducation artistique que les hommes. Elles peuvent, en effet, s’intéresser à l’art mais ne doivent surtout pas souhaiter faire carrière dans ce domaine encore très masculin. Pour accéder à l’Académie des Beaux-arts – interdite aux femmes jusque 1906 en France – ou pour exposer leurs créations, certaines, comme la sculptrice Jane Poupelet, se travestissent en homme et signent leurs œuvres d’un pseudonyme. D’autres, comme Jeanne Itasse-Broquet, ont la chance de grandir dans une famille d’artistes et peuvent ainsi, avoir facilement accès aux matériaux et aux conseils leurs permettant de se perfectionner.  

Jane Poupelet dans son atelier, Anonyme

Les codes de l’art se modifient

Le XXème siècle ouvre les portes des écoles aux femmes mais ces dernières restent encore trop souvent cantonnées à des domaines dits « féminins » (la peinture : nature-morte ou portrait ; la broderie, les arts décoratifs etc.) souvent en lien avec le foyer familial. A la même époque, les mouvements avant-gardistes se développent et déconstruisent les codes de l’art. Les femmes artistes y voient alors une opportunité d’intégration bien que nombre de ces mouvements soient encore très machistes voire misogynes.   

Portrait de Frida Kahlo sur un mur, ©DDP sur unsplash

Bien qu’évoluer dans une famille ou un couple d’artistes au XXème siècle semble être un atout pour accéder au monde de l’art, le rapprochement entre une femme et un homme, tous deux artistes, n’est pas forcément avantageux pour la carrière artistique de la femme ni pour sa place dans l’Histoire de l’art.  

« Il n’y a qu’un travail autonome qui puisse assurer à la femme une authentique autonomie »  

Simone de Beauvoir

La citation de Simone de Beauvoir « Il n’y a qu’un travail autonome qui puisse assurer à la femme une authentique autonomies » s’applique parfaitement aux artistes. Nombre d’entre elles ont été réduites au rang de « femme de », « fille de », « mère de » avant d’être peintres, sculptrices, photographes ou créatrices. De la même manière, dans l’Histoire, le statut de muse ou de modèle écrase bien trop souvent la carrière artistique. Ce manque de reconnaissance est à l’origine d’un vide historiographique important autour de femme artiste, largement oubliée, ou du moins, sous représentée. Cette situation impacte aujourd’hui les institutions culturelles. Comment pouvons-nous y remédier ? 

Un réveil culturel

Bien qu’une partie importante des institutions culturelles ait pris conscience du manque de représentation des femmes dans l’art, il reste beaucoup de progrès à faire dans le secteur de la culture en France dans le monde.  

Des inégalités marquées…

Au sein des institutions culturelles, les œuvres réalisées par des femmes sont nettement moins présentes dans les collections permanentes d’Art Moderne que celles réalisées par des hommes. Les travaux des artistes femmes avoisinent généralement 15% d’une collection. Les expositions monographiques sont également plus souvent consacrées à des hommes. On retrouve le même phénomène sur le marché de l’art : les femmes artistes y sont très peu représentées et leurs cotes restent toujours plus faibles que celles des hommes.  

Mais des progrès constants

Il est toutefois important de reconnaître que la prise de conscience commence à porter ses fruits et pousse les institutions à se renouveler. Pour la première fois en 2018, les collections publiques ont acquis autant d’œuvres réalisées par des femmes que par des hommes. Le Centre Pompidou en est un très bon exemple : en 2020, les œuvres des artistes femmes représentaient 21% de la collection totale contre 18% en 2010. Le Musée national d’Art Moderne souhaite en effet acquérir plus d’œuvres réalisées par des femmes artistes. Cette ambition est inspirée par le succès de l’accrochage thématique innovant réalisé en 2009 « elles@centrepompidou » ne présentant que des œuvres réalisées par des femmes artistes.

Sonia Delaunay, Automne, 1965, musée des Beaux-Arts de Brest 

La commissaire de cette exposition, Camille Morineau est l’une des figures majeures de la diffusion des femmes artistes et leur travail. Elle est la créatrice de l’association AWARE (Archives of Women Artists, Research and Exhibition) et de son site internet gratuit bilingue français-anglais, qui met à la disposition de tous, des connaissances sur les femmes qui ont marqué le monde de l’art. L’association organise également des colloques comme « Parent-elles, compagne de, fille de, sœur de… : les femmes artistes au risque de la parentèle » qui s’est déroulé en septembre 2016. Ces journées de discutions abordent les effets parfois occultants qu’ont les liens familiaux sur la création des femmes. Toutes ces initiatives accompagnent la reconnaissance croissante accordée aux femmes artistes dans le monde culturel ces dix dernières d’années. 

Un pas vers l’égalité ?

Vous êtes alors en droit de vous demander, pourquoi est-ce si important de s’intéresser aux femmes artistes en particulier ? Pourquoi réaliser des expositions uniquement consacrées à celles-ci ? Et pourquoi ne pas faire un MOOC sur l’art en général en y intégrant des femmes ? 

Tout d’abord, ces initiatives permettent de découvrir un pan de l’histoire de l’art encore méconnu à ce jour. Mettre en valeur les femmes artistes dans un MOOC ou une exposition constitue une chance supplémentaire de découvrir de nouvelles artistes, des œuvres qui touchent le spectateur pour leur esthétique ou pour leurs sens. Pour nous, passionnés d’art, n’est-ce pas ce que l’on souhaite : apprendre ? comprendre ? être ému ? 

Ces actions centrées sur les femmes artistes sont une introduction à un nouveau monde culturel : elles éveillent les esprits, la curiosité, elles procurent l’envie d’en voir davantage. C’est ce qui mènera ensuite à la parité dans les collections. Par « parité », je n’entends pas l’obligation ferme que la moitié des œuvres d’une collection permanente soit réalisée par des femmes - notamment si cela empêche l’acquisition d’une œuvre reconnue réalisée par un homme. Non, j’imagine des collections permanentes ou des expositions temporaires qui révèlent une réelle représentation de l’Histoire de l’art mélangeant créateurs et créatrices, d’origines, de styles et de visions différentes. J’entends par parité le fait de tendre vers un idéal dans lequel les femmes artistes ont une place équivalente à celle des hommes dans les musées et dans l’Histoire de l’art.  

N’attendez plus !

Alors, pour obtenir votre dose de culture, que la fermeture des musées ne facilite pas, profitez du couvre-feu pour découvrir de talentueuses artistes et de belles œuvres dans le MOOC « elles font l’art » disponible jusqu’au 25 juin 2021. À la fin du MOOC, vous recevrez une attestation de vos acquis suite aux quizz réalisés tout au long du cours. 

Belle découverte ! N’hésitez pas à aller voir le MOOC grâce au lien ci-dessous.

https://www.fun-mooc.fr/courses/course-v1:centrepompidou+167002+session01/about

Adèle Desmichelle

Sources 

Le MOOC « Elles font de l’art »

RIVIERE, Anne. Jane Poupelet 1874-1932, Roubaix, Gallimard, 2005, p.12-16.  

ADLER, Laure, VIÉNILLE Camille. Les femmes artistes sont dangereuses, Paris, Flammarion, 2018. 
 

CHAPPEY, Frédéric, et RIVIERE, Anne. Sculpture’Elles – Les sculpteurs femmes du XVIIIe siècle à nos jours, Boulogne-Billancourt, Édition d’art Somogy, 2011 
 

LICHTENSTEIN, Jacqueline, et POLLOCK Griselda. « Griselda Pollock  : Féminisme et histoire de l’art ». Perspective. Actualité en histoire de l’art, no 4, 31 décembre 2007, p568-584. 
 

Comment visiter un musée sans quitter son fauteuil ?

Le 6 février 2021, 100ème jour de fermeture des lieux d’exposition, a marqué un tournant dans l’histoire des musées. Du jamais vu. Si le temps n’est plus à la course dans la grande galerie du Louvre comme celle qui entraîne Frantz, Arthur et Odile dans le Bande à part (1964) de Jean-Luc Godard ou celle de Matthew, Théo et Isabelle dans The Dreamers de Bernardo Bertolucci (2003), la visite de musée et la contemplation des œuvres n’en restent pas moins possibles. 

Mis à part les visites virtuelles, il existe un bon moyen de voyager à travers des siècles d’histoire de l’art : le cinéma. Il regorge de films en tout genre dont les sujets vont de la découverte archéologique (The Dig de Simon Stone récemment sorti sur Netflix), jusqu’à l’exposition en salle (The Square, Ruben Östlund, 2017), en passant par les étapes de la création (Frida, Julie Taymor, 2002). À travers une liste subjective de films, nous allons voir comment l’art et les musées sont mis en scène au cinéma.   

Bande à Part (1964) versus The Dreamers (2003)

 L’artiste sous l’œil des cinéastes   

Tout d’abord, les biographies de créateurs s’imposent comme un thème récurrent au cinéma. Un grand nombre de réalisateurs s’est prêté au jeu de retranscrire plus ou moins fidèlement la vie d’un artiste. Van Gogh est par exemple l’un des peintres qui a donné lieu au plus grand nombre de biopics. On ne compte pas moins de quinze déclinaisons depuis 1948. La première prend la forme d’un court métrage réalisé par Alain Resnais ; puis d’autres grands réalisateurs de différentes nationalités se prêtent à l’exercice. On peut citer Vincente Minnelli en 1956 avec La vie passionnée de Vincent Van Gogh, Robert Altman en 1990 avec Vincent et Théo, Maurice Pialat en 1991 avec Van Gogh pour lequel Jacques Dutronc remporte le César du meilleur acteur pour son interprétation du peintre, ou encore plus récemment Julian Schnabel en 2018 avec At Eternity’s Gate pour lequel William Dafoe a été nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur acteur.  

D’autres artistes célèbres ont été mis en avant au cinéma comme le néerlandais Vermeer de Delft dans La Jeune fille à la perle de Peter Webber en 2003, entremêlant  réalité et fiction (la jeune fille à la perle, véritable personnage, entretient une liaison avec le peintre), ou comme la sculptrice Camille Claudel dans le film éponyme de Bruno Nuytten récompensé aux Césars dans les catégories de meilleure actrice (Isabelle Adjani transcendante), meilleur film, meilleurs décors, meilleure photographie et meilleurs costumes. Dans un autre registre, Tim Burton s’est aussi essayé aux biopics à travers Big eyes (2014) racontant l’histoire d’un couple de peintres, les Keane, dont l’histoire a fait scandale à la fin des années 1950 aux États-Unis. 

Si vous vous intéressez aux artistes, mis à part les biopics romancés de vie d’artiste, il existe de très célèbres documentaires tel que Le mystère Picasso (H.G Clouzot, 1956) qui s’attache à représenter le peintre au travail dans son atelier sans aucun artifice cinématographique ; le film est dénué de musique ou de tout mouvement de caméra.  

Sur un ton moins sérieux mais tout aussi intéressant, il existe au cinéma de nombreux artistes imaginaires qui fournissent des personnages principaux ou secondaires. On trouve cela dans l’inoubliable Meurtre dans un jardin anglais de Peter Greenaway (1992) ou dans le non moins fameux Roi et l’oiseau de Paul Grimault et Jacques Prévert (1952), où cette fois-ci, l’artiste n’est plus qu’un personnage secondaire permettant d’accentuer le caractère tyrannique et ridicule du protagoniste, le roi de Takicardie.  

Peintures et cinéma – Blow Up – ARTE

Quand la frontière entre la toile et le film se brouille 

Les artistes, qu’ils soient réels ou imaginaires, ont servi de sujet à de nombreux réalisateurs. D’autres préfèrent s’inspirer des œuvres, qu’ils revendiquent plus ou moins directement comme influence esthétique. Pour rester dans le thème, évoquons Akira Kurosawa, réalisateur japonais, qui propose dans son film Dreams sorti en 1990, un hommage à Van Gogh dont il utilise les tableaux comme support : les toiles se transforment en décor où se promène un héros qui finit par rencontrer le peintre sous les traits de Martin Scorsese en plein travail sur le motif. 

De nombreux autres films partent d’une œuvre précise pour définir une ambiance. Ainsi a procédé Lars Von Trier avec Melancholia (2011) en reprenant presque trait pour trait l’Ophélie du peintre préraphaélite anglais John Everett Millais qui a représenté une jeune fille dérivant à la surface d’une rivière parmi des fleurs. La relation entre peinture et cinéma est également très forte dans Psychose d’Alfred Hitchcock (1960) : l’hôtel de la famille Bates semble tout droit sortie de la toile Maison au bord de la voie ferrée du peintre américain Edward Hopper (1925). Dans le registre du cinéma d’animation, les décors du Roi et l’oiseau déjà cité sont un hommage explicite au peintre métaphysique Giorgio de Chirico.  

Film meets Art III

Le musée : une place à part dans l’imaginaire du cinéphile 

Plus encore qu’une toile prenant la place d’un décor de cinéma, on trouve de nombreux films qui se déroulent en partie ou totalement dans un musée. Le Louvre est souvent au cœur de l’action. On peut citer la très récente série française Lupin où l’intrigue débute par une course poursuite devant le bâtiment et s’achève dans la pyramide inversée. De même, le très contesté Da Vinci Code, adapté du roman de Dan Brown, qui s’organise autour d’une interprétation ésotérique des œuvres de Léonard de Vinci.  

Le musée peut encore être un lieu de rencontre professionnelle (comme celle de James Bond et du chercheur Q à la National Gallery de Londres dans Skyfall), amoureuse (comme dans Il était temps où les héros se retrouvent à une exposition sur Kate Moss) ou encore fantastique (comme Dans la nuit au musée de Shawn Levy, 2005 où les œuvres prennent vie durant la nuit).  

Le musée peut également être le centre d’intérêt du film, comme dans The Square, palme d’or 2017, où le protagoniste, conservateur d’un musée d’art contemporain, présente sa propre vision de l’art en préparant une exposition. Le musée est ici l’élément clef du scénario et le sujet réel du film. 

Le musée au cinéma

Pour aller plus loin, d’autres films proposent quant à eux une réflexion sur l’art et son histoire, le musée et son rôle social, ou encore la critique et ses préjugés. Par exemple, Les statues meurent aussi d’Alain Resnais (1953) interroge sur la place de l’art africain au musée de l’Homme à la fin de la période coloniale. Ce film qui fit scandale à l’époque pour son point de vue anticolonialiste, est intéressant à voir aujourd’hui alors que se pose la question du retour des œuvres dans leur pays d’origine. Sur un ton plus léger, la comédie romantique Le sourire de Mona Lisa de Mike Nichols (2003), sorte de Cercle des poètes disparus féminin, offre une réflexion sur l’histoire de l’art.  

Cette liste non exhaustive de films s’inspire du format proposé par la série documentaire d’ARTE Blow up. En attendant la réouverture des musées et des autres institutions culturelles, elle offre autant d’occasions de se plonger, le temps d’une soirée, dans une ambiance réellement et délicieusement artistique. 

Laurie-Anne Dubos

Sources :  

https://www.senscritique.com/liste/Biopics_de_peintre/79754

https://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/10/18/the-square-un-triste-heros-des-temps-modernes_5202323_3476.html

Émissions Blow up : Le musée au cinéma / Peinture et cinéma / Les statues au cinéma 

Mode et covid : dentelle de pixels et taffetas chez soi

Les expositions de mode posent la question suivante : la mode est-elle un art ? Cette question, ancienne, semble avoir trouvé une réponse favorable au cours de ces dix dernières années : la mode est un art mais un art de l’éphémère. La mode, ou plutôt les modes, sont est à la fois un héritage du passé et quelque chose appartenant au quotidien.

Depuis quand considère-t-on la mode comme faisant partie à part entière de l’histoire de l’art ?

Le XIXe siècle développe un intérêt pour la mode en tant que médium à exposer, mais l’intérêt des conservateurs est dirigé sur des pièces anciennes, archéologiques ou antérieures au XVIIIe siècle. La mode contemporaine souffre de préjugés, on la juge frivole, peu importante, c’est une affaire de femmes dans un milieu muséal masculin.

Le lendemain de la Seconde Guerre mondiale marque un tournant dans l’histoire de la mode :rationnement oblige, les maisons de couture doivent se réinventer et retrouver leur clientèle. La chambre syndicale de la Haute Couture parisienne crée alors le Théâtre de la Mode, une exposition de mode où les mannequins sont remplacés par des poupées en fils de fer et les collections des couturiers sont miniaturisées. Cette innovation, née de la pénurie de tissus, connait un immense succès, l’exposition commence à Paris, puis à Londres, Barcelone, Stockholm, Vienne.

Ce qui au départ avait un but commercial, celui de relancer l’économie de la Haute Couture, est devenu un évènement culturel international de grande ampleur. Cette exposition met en avant le travail des créateurs, la technicité des couturiers mais aussi l’imagination des artistes créant les décors et les poupées.

On assiste après la Seconde Guerre mondiale, et plus précisément dans les années 80-90, à une démocratisation du monde de la mode alors que jusque dans les années 70, il était interdit de photographier ou dessiner les modèles durant les défilés. A partir de cette époque tout le monde peut enfin avoir accès aux photos et plus tard aux vidéos de ces évènements.

Mais aujourd’hui le monde de la culture, de l’art et de la mode subissent de plein fouet la crise sanitaire. Les musées sont fermés, les défilés distancés et les artistes confinés.

>> A lire aussi : Les conséquences du Covid-19 sur le marché de l’art

Comment les maisons de mode se réinventent au sein de la crise ?

Le Mythe Dior

Les maisons de mode ont, par leur créativité, relancé l’industrie de la mode au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. C’est cette même créativité que Dior a démontré lors de la présentation de la collection Automne-hiver 2020-2021. La maison a réutilisé la solution vieille de plus de 70 ans en la réadaptant à la période : les mannequins de chair et les mannequins de fils de fer se mêlent. Il faut néanmoins préciser que si la vidéo est un hommage à l’industrie d’après-guerre parisienne, la maison Dior créée en 1947, n’existait pas au moment de la réalisation du Théâtre de la Mode. Le court métrage réalisé par Matteo Garrone intitulé Le mythe Dior, monte un monde inspiré de la mythologie grecque. Dans des bois enchantés, une sirène nage dans des eaux lipides, des nymphes jouent sur la rive, Narcisse admire son reflet. Deux jeunes grooms transportent une malle contenant les mannequins miniatures au sein de ce monde merveilleux, s’arrêtant auprès des déesses qui choisissent leur parure. Ce court métrage créé un parallèle entre l’industrie de la mode en difficulté après-guerre et la situation actuelle.

Dior illustre le pouvoir de la Haute-Couture, ses créations nous emmènent hors de notre quotidien dans un univers hors du temps où on court dans les forêts et on nage en étant couvert des plus précieuses étoffes.

Les marionnettes de Moschino

Dior a utilisé la carte de la référence historique, mais elle n’est pas la seule maison à s’être inspiré du Théâtre de la mode. Moschino a utilisé la même référence, preuve de l’impact durable de cette exposition ancienne et de l’attrait de cette proposition malgré les évolutions technologiques. La collection Printemps-Eté 2021 met en scène des marionnettes qui déflient en imitant les mannequins classiques. Contrairement à Dior, qui utilise les mannequins comme support pour montrer des modèles à leurs clientes, chez Moschino les marionnettes sont des mannequins miniatures. Gigi Hadid, ou du moins son double miniature, ouvre le défilé sous les yeux de Vanessa Friedman, Anna Wintour, Hamish Bowles, Anna dello Russo et Edward Enninful miniaturisés. Le défilé mélange le monde enfantin des marionnettes au monde du cirque, comme la scène d’ouverture le montre pour nous laisser nous évader dans un monde libre des contraintes sanitaires.

Autres visions originales

Si ces deux propositions et d’autres encore (on peut citer la collection Mirror, Printemps-été de Walter Van Beirenonck), s’inspirent de propositions anciennes remises au goût du jour : la technologie est aussi utilisée pour permettre au monde de la mode de continuer à vivre. On peut citer la collection Miu Miu Printemps-Eté 2021 qui donne à voir un public en visio-conférence, ou encore la collection Printemps-Eté 2021 de Thom Browne qui se situe dans un monde futuriste célébrant les jeux lunaires, sortes de jeux olympiques intergalactiques en 2132.

Bien que tous les exemples précédents montrent des idées nouvelles ou anciennes qui sont des réponses originales à la crise actuelle, la plupart des maisons de mode continuent de montrer leur collection en présentiel, ce qui contribue à l’image futile et égoïste du milieu de la mode.

Si le monde de la création de mode semble avoir trouvé diverses formules lui permettant de continuer à créer et à présenter ses créations malgré la crise sanitaire, qu’en est-il des expositions de mode ?

Les expositions de mode sont, par essence, éphémères de par la nature fragile des collections, mais elles permettent de mettre en avant un créateur, une technique ou une époque et rendent visible des joyaux du luxe habituellement cachés aux yeux du public. La mode est un médium artistique par essence complexe, tridimensionnel et fait pour être vu en mouvement. L’exposition de mode doit relever le défi de rendre compte du volume et du dynamisme des formes tout restant immobile.

Chantal Garnier, Musée Bourdelle, Paris.
Iconographie : Paul Arzel

Comment les expositions de mode s’adaptent-elles à la crise sanitaire à l’aide du numérique ?

L’exposition vêtements modèles du Mucem

Les différentes institutions ont été amenées à développer des réponses différentes, on peut citer le cas du Mucem dont l’exposition Vêtements modèles est visible en ligne . Si l’idée est bonne (on peut se déplacer dans les différentes salles d’exposition en passant de point en point) la visite cumule les défauts de la visite physique avec ceux de la visite virtuelle. Il est impossible de zoomer sur les vêtements ou objets rendant les œuvres très peu lisibles. Les mesures de protection comme les filets anti-UV, qui sont nécessaires pour une exposition physique n’ont pas été retirés empêchant de voir les textiles. Des points positifs existent néanmoins : l’exposition est visible de partout et, en principe, pour toujours. Ce mode de captation d’une exposition permet aussi de garder une trace de la scénographie souvent peu conservée par les musées.

La mode à Versailles

Une autre approche a été envisagée au château de Versailles pour les « expositions » La mode à Versailles : lui et La mode à Versailles : elle. L’utilisation de guillemets reflète le problème, il ne s’agit pas, du moins à mon avis, d’expositions. Il faut noter que ces expositions datent en réalité de 2017, mais ont été mises à nouveau en avant dans la presse durant les confinements et la fermeture des musées. Ici, les expositions n’ont jamais eu lieu autrement que sur le site du Google Arts & Culture, le format est donc très différent des expositions classiques. Si celles-ci sont intitulées “La mode à Versailles”, elles ne présentent aucune pièce textile, probablement parce que toutes les œuvres présentées doivent appartenir aux collections du château de Versailles. On se retrouve alors avec une exposition plus proche du diaporama et du support de cours que d’une véritable exposition. Si le fond est intéressant, la forme est décevante pour les amateurs de mode.

L’exposition Jean de la Cité des Sciences

D’autres moyens mis en place par les institutions et les musées sont les expositions en ligne mais payantes. Au niveau des expositions de mode, on peut citer l’exposition Jean de la Cité des Sciences : le musée propose une visite commentée d’une heure en visioconférence. Cette formule permet de rendre les expositions accessibles à tous, de continuer à faire vivre l’institution, mais aussi probablement d’éviter les problèmes rencontrés dans les autres solutions sus-mentionnées comme le manque de dynamisme. Si la visite est payante, même à prix modeste, il est aussi possible de voir l’inauguration de l’exposition avec des interviews des différents participants et des vues des salles pour avoir un avant-goût de la visite virtuelle ou compléter celle-ci.

Si cette solution combinant médiation virtuelle, offre gratuite et payante semble être la plus adaptée à la période actuelle, il faut néanmoins souligner que tous les publics habituellement bénéficiaires de la gratuité ne peuvent pas accéder gratuitement à l’exposition virtuelle. Ce seul point noir se comprend par la complexité de la vérification et le fait que cette offre puisse être comparée à une visite guidée physique, payante pour tous les publics même en temps normal.

Le monde de la mode cherche à se renouveler et à dépasser les frontières mises en place par la crise sanitaire. Si certains acteurs se renouvellent et proposent de nouvelles manières de voir la mode, dans le milieu des défilés la plupart ne semblent pas vouloir se séparer de l’ancienne formule en présentiel. Le monde muséal quant à lui ne bénéficie pas de financements équivalents à ceux de l’industrie du luxe et peine à montrer efficacement ses collections du fait des nombreuses contraintes inhérentes aux textiles. Il faut donc souligner l’ingéniosité des institutions qui s’y risquent et qui, malgré la crise, continuent à mettre en avant notre patrimoine.

Clémentine Canu

Sources :

La mode au musée : Histoire et enjeux de pratiques au féminin, Damien Delille 

https://journals.openedition.org/culturemusees/1209

https://www.francetvinfo.fr/culture/coups-de-coeur-culture/au-mucem-a-versailles-ou-a-la-bnf-trois-expositions-mode-a-decouvrir-en-virtuel-en-attendant-la-reouverture-des-sites_4264925.html

https://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2011-1-page-125.htm


(Re)Découvrez le Centre Pompidou Metz

Il y a quelques jours, le Centre Pompidou, déjà touché de plein fouet par la crise sanitaire, annonçait la fermeture de ses portes pour travaux entre 2023 et 2026. L’occasion pour les 3,27 millions de visiteurs qui ont visité l’institution en 2019, futurs orphelins, de découvrir ou redécouvrir sa petite sœur : le Centre Pompidou Metz.

À 333 kilomètres de Paris, 1h30 de TGV, et deux minutes seulement de la Gare de Metz, le Centre Pompidou Metz ouvre ses portes en 2010 dans le cadre d’une expérience inédite de décentralisation culturelle, la première pour un établissement culturel national en France. Digne représentant d’une des plus grandes collections d’art moderne et contemporain au monde, voici pourquoi il mérite d’être visité.  

Les trésors cachés de Beaubourg

Yves Klein et ses contemporains
© Colle

Avec plus de 120 000 œuvres, le Centre Pompidou détient la collection d’art moderne et contemporain la plus importante en Europe. Problème : son bâtiment parisien ne dispose que d’une capacité d’exposition de 1300 œuvres, et la grande majorité d’entre elles sont condamnées à rester cachées dans les réserves du musée. Plus de 30 ans après l’inauguration du musée, la création du Centre Pompidou Metz s’impose ainsi comme l’opportunité parfaite de dévoiler les plus grands chefs d’œuvres cachés de l’institution et de mettre davantage en avant sa collection.

Dans un entretien réalisé pour le catalogue de l’exposition inaugurale en 2010, Alfred Pacquement, alors directeur du musée national d’art moderne, déclare en effet :

« Ce qui m’a stimulé dans ce projet, c’est de pouvoir présenter davantage et mieux la collection du Mnam. (…) Elle a besoin de structures d’accueil complémentaires pour être présentée de façon plus complète. Metz répond concrètement à cet objectif. D’autre part le Centre Pompidou par sa vocation nationale, pédagogique, éducative, reste néanmoins contraint dans son mode de présentation de la collection. Il a des points fixes, des œuvres incontournables et même des obligations par rapport à certaines donations. Metz permet ainsi de proposer une autre présentation des collections, plus dynamique, en mouvement, en transformation et sans contrainte, sur un mode expérimental et complémentaire. »

En 2010, l’exposition inaugurale « Chefs d’œuvre ? » permet ainsi au public d’admirer 800 œuvres des plus grands maîtres de l’art contemporain tels que Picasso, Matisse, Braque, Soulages, Brancusi, Calder, Man Ray, Dali ou encore Duchamp. Puisées dans les stocks de Beaubourg mais aussi de grands musées nationaux comme le Louvre, elles occupent alors toute la surface du musée :  8000 m2. L’exposition est également l’occasion d’apprécier des œuvres jusqu’alors jamais exposées du fait de leur très grande taille, comme les 4 panneaux Relief pour l’escalier du palais des Chemins de fer de Robert Delaunay, mesurant 6,30 mètres de haut. Une exposition spectaculaire, qui permet aussi d’introduire au public un autre chef-d’œuvre du Centre Pompidou Metz : son bâtiment.   

Un nouveau bijou d’architecture

Le Centre Pompidou Metz
© Colle

Comme Beaubourg, le Centre Pompidou de Metz est une œuvre architecturale innovante, et le résultat d’un concours international d’architecture dédié. Une preuve supplémentaire de l’ADN commune entre les deux institutions.

Le Centre Pompidou Metz se compose de trois parallélépipèdes de béton, superposés en étoile, vitrés aux extrémités, et orientés en direction des plus beaux édifices de la ville. Ces blocs sont surmontés d’une toile blanche tendue reposant sur des piliers de bois. L’édifice trouve son originalité dans la légèreté de sa structure, l’illusion de mouvement et ses jeux de transparence, d’ombres et de lumières. L’ensemble, rappelant un chapeau chinois est ainsi une œuvre sculpturale à part entière, et le fruit du travail d’un japonais et d’un français : Shigeru Ban et Jean de Gastines.

Finalement, si au premier regard la filiation Beaubourg et l’institution Messine ne semble pas si évidente, c’est en prenant de la hauteur que leur lien ne fait plus l’ombre d’un doute. Les architectes ont en effet posé au sommet de l’édifice hexagonal un indice de taille : une flèche de 4 tonnes, culminant à 77 mètres de hauteur. 77, comme l’année d’inauguration du Centre Pompidou à Paris.

Des expositions innovantes reconnues mondialement

Nadia Lauro, I hear Voices
© Colle

Le Centre Pompidou Metz, en tant qu’institution autonome, libre dans sa programmation mais porteuse des valeurs de l’institution parisienne, s’impose rapidement comme un centre d’art de prestige. Ses expositions sont de véritables succès, et résonnent à travers le monde, jusque dans les pages du New York Times. « Paparazzi ! Photographes stars et artistes » en 2014, « Japanorama – Nouveau regard sur la création contemporaine » en2017 ; ou encore « Folklore », en 2020 attirent les foules et enchantent la critique.

Un succès pouvant être imputé à des choix de thématiques innovantes et à des scénographies d’exception : en 2018, l’exposition « Peindre la nuit » plonge les visiteurs dans une obscurité presque totale, proposant une déambulation expérimentale et sublime, multi-sensorielle, au fil des œuvres de Magritte, Kandinsky, Bacon ou encore Louise Bourgeois.

De la même façon, la troisième galerie du musée, la plus élevée, offre régulièrement aux visiteurs des expériences hors du commun. En 2015, c’est l’artiste coréenne Kimsooja qui recouvre intégralement le sol de miroir, donnant au public l’illusion de marcher sur l’eau dans une œuvre intitulée « To Breathe » En 2020, Susanna Fristscher prend possession de la galerie pour suspendre au plafond des milliers de fils de silicone transparents résonnant et ondulant au souffle du système d’aération du Centre Pompidou Metz. Un moment suspendu, hors du temps, intitulé « Frémissements ». Pour 2021, c’est d’abord le retour du public que le musée attend.

Frémissements, Susanna Fristcher
© Colle

En 2021 au Centre Pompidou Metz :

Le Ciel comme atelier. Yves Klein et ses contemporains. (jusqu’au 15 mars 2021)

Chagall. Le passeur de Lumières (jusqu’au 15 mars 2021)

Aerodream. Architecture, design et structures gonflables, 1950-2020 (du 30 janvier 2021 au 23 août 2021)

Mathilde Colle

Sources :

« Chefs-d’œuvre ? » Catalogue de l’exposition – Sous la direction de Laurent Le Bon (2010)

https://www.centrepompidou-metz.fr

https://www.francetvinfo.fr/culture/arts-expos/centre-pompidou/le-centre-pompidou-metz-fete-ses-dix-ans-avec-deux-expositions-phare-yves-klein-et-le-folklore-dans-l-art-contemporain_4047993.html

https://www.france.fr/fr/alsace-lorraine/liste/4-bonnes-raisons-de-visiter-le-centre-pompidou-metz

Pour lire les autres articles de la semaine, c’est ici !

Zhou Wenjing : la douleur et la violence dans la beauté

Le mot qui vient généralement à l’esprit quand on parle d’art contemporain est : incompréhensible. Aujourd’hui, cependant, je voudrais présenter une jeune artiste contemporaine chinoise, Zhou Wenjing, et ses œuvres d’art contemporain accessibles et intelligemment conçues.

Série des Femmes – DIU N°1

En 2014, elle a réalisé sa première œuvre d’art contemporain, intitulée Serie des Femmes-DIU. À première vue, cette œuvre ressemble à une série de bijoux magnifiquement réalisés, qui paraissent nobles et élégants sur un fond de velours bleu. Mais lorsqu’on se lance dans ce travail, en connaissant l’utilisation réelle et la douleur qui se cache derrière eux, on ne peut plus en apprécier la beauté (NB).

Série des Femmes – DIU N°1, 2014
140*120cm, cuivre/PVC/silicone

En février 2011, après que la mère de Zhou a retiré le stérilet qui avait été placé dans son corps pendant plus de vingt ans, elle a saigné abondamment pendant un mois. À l’époque, le médecin lui avait diagnostiqué un cancer de l’utérus, ce qui a eu un impact important sur elle et sa famille. C’est la raison pour laquelle l’artiste a commencé à rechercher les relations entre DIU (Dispositif Intra-Utérin), la maladie et les liens sociologiques et politiques. À cette fin, elle a également interrogé 50 femmes qui ont utilisé le stérilet et a réalisé une étude pathologique.

En 2014, elle a créé l’œuvre « DIU » en utilisant son matériau le plus typique, le cuivre. Elle a reproduit les différentes formes  que le stérilet a prises depuis sa création et en a fabriqué plus de 300 à l’échelle 1:1. Ils ont ensuite été placés sur un délicat velours bleu, comme des bijoux de femme, geste revêtant une forte dose d’ironie.

Reconstruction de ses idées artistiques après son arrivée en France

Elle s’est ensuite installée en France pour poursuivre un deuxième Master à l’École des Beaux-Arts de Nantes. Pendant cette période, l’école d’art a eu une influence majeure sur elle, notamment en matière de réflexion philosophique. Son artiste préférée est Pina Bausch, « I grieve so I dance » : La racine de l’art vient du sentiment, des émotions fortes, d’amour et de haine, il concerne tout le monde ; un autre artiste qu’elle admire est Bill Viola, dont le travail, selon elle, va à l’origine même de la vie et de la mort, qui sont la source de l’art.

En 2016, inspirée par l’une des œuvres précédentes de Bill Viola, Zhou Wenjing a voulu renforcer l’ironie de son précédent travail DIU et mettre en avant le sentiment douloureux d’être enraciné dans le corps. Elle a donc commencé à recréer le thème de “Stérilet”. C’est également un travail important dans sa série Rouge. Elle a inséré un anneau contraceptif dans  un carreau de porcelaine et puis l’en a fait sortir. La céramique a laissé une trace “douloureuse”, qui a ensuite été brûlé et garde une marque éternelle. Lorsque les deux œuvres de DIU sont présentées en même temps dans une exposition, un dialogue intéressant s’établit – l’une est réelle, l’autre est vide.

Série Rouge N°6, 2016 (image de droite)
Céramique

Le mot « rouge » est utilisé dans toute la série comme une métaphore. Le premier sens métaphorique est « sang ». L’effusion de sang est l’expérience la plus fréquente dans le corps féminin au niveau biologique, qu’il s’agisse de menstruations, d’accouchement, de blessures ou de maladies. Dans son travail, le deuxième sens métaphorique de rouge est la douleur, l’éveil de la conscience de soi, sa mère, l’amour.

Séries Rouge

Avec les six œuvres de sa série Rouge, on peut voir non seulement la variation de son expression artistique, mais aussi l’exploration apparemment intentionnelle de différentes formes d’art et la synthèse de différents matériaux. On y trouve des sculptures, des installations, des aquarelles et des vidéos, des matériaux du plâtre à la céramique en passant par les liquides rouges, etc.

Dans la série Scalpel (Red Series N°1), l’artiste dessine à l’encre rouge des appareils chirurgicaux, principalement des appareils chirurgicaux féminins, à l’échelle 1:1, avec des dessins techniques à côté pour indiquer leurs dimensions.

La forme froide contraste fortement avec l’intérieur chaud, utilisant également une approche paradoxale pour faire ressortir les émotions rationnelles. La série de fonds d’écran rouges est belle et chaleureuse. En y regardant de plus près, on voit que le contenu est constitué de ciseaux chirurgicaux et d’anneaux de contrôle des naissances dessinés à l’encre rouge. La froideur extérieure et la violence intérieure ont un fort impact sur la perception humaine. La séduction reste à la surface, en contradiction avec le sens profond de l’œuvre.

Série Rouge N°5, 2016
Animation vidéo 16:9

La troisième œuvre de la série Rouge est aussi celle qui étonne Zhou. Elle a créé 12 corps de femmes, en plâtre blanc immaculé, sans tête, ni mains, ni jambes, ni de symboles d’identité personnelle et sociale, ne conservant que les parties des femmes ayant des fonctions reproductives.

Le plâtre est un matériau qui se transforme lorsqu’il absorbe de l’eau. Au début, il révèle une couleur rose très douce. Mais au bout d’un mois, cela devient horrible. L’encre rouge est comme une lymphe qui monte et tache le corps. Comme ce plâtre absorbe lentement l’eau et sèche, il prend le caractère d’une maladie abstraite, formant des dépôts blancs et jaunes à la surface du plâtre, comme des sécrétions cutanées qui vous font sentir mal, le corps insulté, contaminé, endommagé.

Série Rouge N°3, 2016
40*20*20cm, plâtre

Une invitation à la réflexion

Nous pouvons percevoir aussi dans son travail une préoccupation réelle pour la souffrance des femmes, et cela nous rapproche de l’art contemporain qui peut être chaud, froid, ludique, et qui peut même afficher un soupçon de malice. De telles œuvres d’art, qui incitent à la réflexion et vont droit au cœur, ont un impact plus important que des slogans : les femmes veulent l’indépendance et la liberté. Certains problèmes ne peuvent peut-être pas être résolus du jour au lendemain, mais il faut au moins que quelqu’un les trouve et les présente au grand public.

Comme le dit l’artiste : l’art peut ne pas être une discipline pratique. L’art se présente souvent comme inutile, inutile pour rien. L’artiste pose les questions avec les yeux de l’art, et la personne qui peut vraiment résoudre ce problème est probablement un scientifique, un sociologue, un médecin ou autre.

Interview de Zhou Wenjing

TC : Votre dictionnaire du pouvoir définit l’art contemporain comme un art autre que les « beaux-arts ». Peut-on comprendre que les artistes contemporains ont plus de formes de création et doivent donc conceptualiser le message qu’ils veulent transmettre ?

ZW : Le dictionnaire est principalement ironique et humoristique, une satire sur le dilemme auquel est confronté l’art traditionnel aujourd’hui.

TC : Pensez-vous que l’art contemporain doit être compris par le public ?

ZW : Il est difficile de juger un genre artistique dans son ensemble, et la définition de l’art contemporain fait encore l’objet de nombreuses controverses, et il n’est pas facile de juger quand on ne sait pas clairement ce qu’est l’art contemporain.

Cependant, aujourd’hui, de nombreux artistes contemporains commencent à s’intéresser à la question de la publicité, et il existe également de nombreux artistes interdisciplinaires, tels que l’anthropologie sociologique et les études croisées sur l’art, ces types d’art doivent avoir un caractère public.

Personnellement, je pense que l’art doit provoquer à communiquer et à partager. La niche et la masse ne sont parfois qu’une question de temps. J’ai créé la Série de Stérilet en 2014, à l’époque peu de gens le voyaient et en discutaient. Est-ce considéré comme un créneau ? Aujourd’hui, plus de gens le voient et plus de gens y font attention, est-il considéré comme une niche ? Je n’en suis pas sûre.

TC : Êtes-vous d’accord avec les commentaires sur Internet concernant votre œuvre DIU : c’est beau et violent ?

ZW : Oui, c’est beau, mais la violence dans le contenu est une sorte d’approche paradoxale que j’aime. Il y a une différence entre cela et le terme « esthétique de la violence » que nous utilisons, parce que la douleur et la violence dans mon travail sont plus internes, physiques, de maladie, de pouvoir.

Tiantian Chen

NB :  Le taux de  DIU posés est relativement élevé chez les Françaises, plus que dans les autres  pays européens, avec 21 % des femmes entre 15 et 49 ans qui l’utilisent. En France les femmes sont régulièrement suivies par un médecin , de sorte qu’il n’y a généralement pas de dommages subis. En Chine, cependant, ce taux atteint 40 %. (Selon les données de l’OMS en 2011)

Depuis les années 1980, quand la Chine est entrée dans une période de planification familiale obligatoire, environ 10 millions de femmes  se sont fait poser un stérilet chaque année de 1980 à 1990, selon les données publiées par la Commission nationale de planification sanitaire en Chine, mais la plupart d’entre elles ne se soumettent pas à des contrôles de suivi. Et en raison du manque de connaissances sanitaires, elles ne savent pas non plus comment fonctionne le stérilet ni la durée d’expiration (5 ou 10 ans selon le type de stérilet) pour sa pose, et elles ne vont généralement chez le médecin que lorsqu’elles ressentent des douleurs insupportables. Cependant, les stérilets périmés risquent de s’incruster dans le myomètre ou la couche de plasma de l’utérus, ce qui provoque des douleurs abdominales, des saignements, des infections internes, des lésions d’organes, etc. En 2016, le professeur Sun Xiaoming de l’université des postes et télécommunications de Nanjing a déclaré dans une interview accordée à Xinjing News que son équipe avait prédit qu’environ 26 millions de Chinoises devraient se faire retirer leur stérilet au cours de la prochaine décennie.

Sources :

https://www.sohu.com/a/276411510_301394

https://www.chinesenewart.com/chinese-artists17/zhouwenjing.htm

https://www.shejipi.com/518672.html

https://beauxartsnantes.fr/zhou-wenjing-dnsep16

LE DISPOSITIF INTRA-UTÉRIN : AMÉLIORER LE CONSEIL CONTRACEPTIF CHEZ LA FEMME NULLIPARE, Revue de littérature systématique, présentée et soutenue publiquement le 15 octobre 2013, Léa Plan.

Pour aller plus loin :

Zhou Wenjing : son travail, ses œuvres

La transformación digital : una revolución cultural

De aquí al 2025, 75% de las empresas en el mundo se comprometerán a implementar una transformación digital. Se estima que solo 30% de ellas tendrán éxito, y que el otro porcentaje no lo harán por falta de capacidades organizacionales o falta de conocimientos humanos y digitales. El mayor porcentaje de quienes la implementan se presentan en el sector privado.

Las organizacionales culturales, poseen cada vez más participación del sector privado, en vista que las subvenciones son cada vez menores y deben optar a opciones de financiamiento de patrocinadores, bancos, empresas privadas, patrocinadores u otros. Pese a que se estructura de financiamiento está cambiando, el sector cultural se destaca por: 

  • La práctica cultural, ya no está reservada a una determinada categoría de la sociedad por lo que se está democratizando. 
  • Son las organizaciones sociales las que responden a problemas de movilidad, interactividad, accesibilidad, apertura etc. 
  • Su oferta se encuentra en un crecimiento exponencial.

Existe ahora una tendencia en el que la transformación digital está más presente en el sector cultural y explicaremos en que sentidos y porque eso se facilita. 

Qué es la transformación digital?

Transformación digital es la aplicación de (Big Data, Cloud Computing, Inteligencia artificial, Movilidad, redes sociales, internet de las cosas) Es decir la aplicación de un conjunto de estrategias dentro de una organización, que en su globalidad  entregan un valor añadido y empujan al crecimiento económico a cierta organización. 

Para impulsar hacia el éxito una transformación digital se consideran ciertos pilares fundamentales: 

1. Determinación de la tecnología 

La tecnología es un factor clave pero no por tan solo el hecho de implementarla implicara una transformación digital. Lo que le entregara valor además de implementarla es considerar el componente humano, la gestión, la creatividad de la implementación de este factor.  No es la tecnología que entregara valor sino el usuario. 

2. Alineación Estratégica

Esta transformación debe tener una visión de futuro y una estrategia de implementación, una definición de los actores y de la cultura que aporta esta transformación; una gobernanza y gestión, una definición de una cartera tecnológica.

3. Visión y maduración organizacional 

Esta alineación estrategia y puesta en marcha de tecnología, se facilitan por medio de una apertura organizacional, vale decir con organizaciones que se desarrollan de forma transversal, reduciendo los tratos jerárquicos y realizando un trabajo en conjunto. La transversalidad aporta transparencia a toda organización, concepto que además entrega la transformación digital. Por lo que se debe implementar como ecosistema. 

4. Capital Humano 

La transformación digital debe estar dirigida y desarrollada por un componente relevante e irremplazable, el humano. La gestión de la transformación digital como su desarrollo y puesta en marcha depende netamente del capital humano, de quienes realizan la labor dentro de una organización. Es por eso que además se han considerado nuevos puestos de trabajos con respecto a este tema (Arquitecto de datos, director digital, científico de datos, etc. Por lo que la transformación desarrollo un campo de expansión en términos de empleos y de gestión. 

5. Calidad de datos

La data bases, los datos son el corazón del business model. Estamos en una era donde el fake new son muy presente entonces los datos son muy importantes, para saber responder ante información falsa. Existe un concepto “Thedata driven organisation”. Los datos direccionan la organización, por lo que la calidad de la data y además la estrategia de gestionar los datos se debe integrar dentro de la estrategia de la transformación digital. 

6. Integración y sistemas operaciones 

Los sistemas de datos de transacción (SAP, Oracle, Microsoft, etc), los datos de decisión (Einstein; Watson, Hyperion, etc), las tecnologías cognitivas con algoritmos de Machine Learning y Deep Learning y software como servicios (SaaS, Paas, laas), deben todos nutrirse como ecosistema en forma de compartir el conjunto de datos. 

La Revolución Cultural!

La aplicación de la transformación digital es un cambio cultural, pero también es una estrategia que se aplica cada vez más en el sector cultural. Existen instituciones culturales en las que por ejemplo, desarrollan laboratorios, estos están diseñados para la creación, innovación y construcción de modelos de información participativos, donde el pilar es el intercambio de información generada por medio de Big Data, Open Data, etc. Estas iniciativas son la revolución cultural. 

Un ejemplo claro lo entrega El laboratorio de arte y tecnología STEREOLUX,  es un espacio dedicado a la experimentación en la unión de las artes digitales, la investigación y la industria. En una de sus creación crea ROB’Autisme, un robot que permite facilitar la comunicación de jóvenes autistas. Este proyecto nace en un ecosistema de actores en el cual la organización cultural pone en marcha con la Universidad de la ciudad de Nantes, L’Ecole Centrale de Nantes. Y así es como la transformación digital en la cultura, en las artes se integra en la sociedad.  STEREOLUX hoy en día, sigue ampliando sus temáticas en este aspecto.

Se puede observar que la transformación digital provoca una revolución cultural, al permitir:

  • El desarrollo de la inteligencia colectiva mediante la aplicación de prácticas de colaboración, enfoques participativos con el público pero también con las instituciones.
  • El desarrollo de un enfoque innovador, que fomente la creatividad, la emulación y la apertura.

Es necesario pensar los nuevos servicios digitales como un conjunto coherente, porque los actores en la cultura ya llevan la delantera, ya poseen modelos de transversalidad en sus formas de gestión y ya están más comprometidos con las problemáticas de la sociedad. Los datos, la inteligencia artificial, los algoritmos, las bases de datos caminan hacia el sector cultural, están cada vez más presentes en este sector. Por lo que podríamos considerar este como una excelente oportunidad, para innovar. 

La transformación digital es una revolución cultural! requiere Visión, compromiso y desarrollo. Esto nace del talento humano. Pensar que esto se hará sin el ser humano es absurdo, la creatividad no es remplazable.

Par Gisella Nuñez Salgado

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La transformation digitale : une révolution culturelle

D’ici à 2025, 75 % des entreprises au monde s’engageront à mettre en œuvre une transformation digitale. On estime que seul 30 % d’entre elles réussiront et que les autres échoueront par manque de capacités organisationnelles ou de connaissances humaines et numériques. 

Les organisations culturelles sont de plus en plus impliquées dans le secteur privé car leurs subventions diminuent et qu’elles doivent rechercher des options de financement auprès de mécènes, de banques, d’entreprises privées ou d’autres organisations. Bien que la structure de financement change, le secteur culturel se distingue : 

  • La pratique culturelle n’est plus réservée à une certaine catégorie de la société et se démocratise ;
  • Ce sont les organisations sociales qui répondent aux problèmes de mobilité, d’interactivité, d’accessibilité, d’ouverture… ;
  • Leur offre croît de manière exponentielle.

La transformation digitale est plus présente dans le secteur culturel : de quelle manière ? comment cela est-il facilité ?

Qu’est-ce que la transformation digitale ?

La transformation digitale est l’application du Big Data, du Cloud Computing, de l’intelligence artificielle, de la mobilité, des réseaux sociaux, des objets connectés. Il existe tout un ensemble de stratégies au sein d’une organisation, qui apportent une valeur ajoutée et permettent de saisir des opportunités. 

Nous allons nous intéresser aux piliers fondamentaux permettant une transformation digitale réussie :

1. Détermination de la technologie 

La technologie est un facteur clef, mais sa mise en œuvre n’implique pas seulement une transformation digitale. Il faut considérer la composante humaine car c’est ce qui apporte de la valeur ajoutée – c’est-à dire qu’il faut prêter attention à la gestion et la créativité de la mise en œuvre de ce facteur.  En somme, ce n’est pas la technologie qui apporte de la valeur à l’utilisateur, mais l’utilisateur. 

2. Alignement stratégique

Cette transformation doit correspondre à une vision de l’avenir et une stratégie de mise en œuvre, ainsi qu’une définition des acteurs et de la culture que cette transformation apporte. Nous parlons ici d’une gouvernance, d’une gestion ainsi que d’un portefeuille technologique.

3. Vision et maturation organisationnelle 

Cet alignement stratégique et la mise en œuvre de la technologie sont facilités par l’ouverture organisationnelle – c’est-à-dire par des organisations qui se développent de manière transversale, en réduisant les relations hiérarchiques et en favorisant le travail ensemble. La transversalité apporte de la transparence à toute organisation et c’est un concept qui permet également la transformation digitale. Elle doit donc être mise en œuvre en tant qu’écosystème. 

4. Le capital humain 

La transformation digitale doit être dirigée et développée par une composante pertinente et irremplaçable : l’humain. La gestion de la transformation digitale ainsi que son développement et sa mise en œuvre dépendent clairement du capital humain, donc de ceux qui effectuent le travail au sein d’une organisation. C’est pourquoi de nouveaux emplois ont été envisagés dans ce domaine (architecte de données, directeur numérique, data scientist, etc.) La transformation a donc développé un champ d’expansion en termes d’emplois et de gestion. 

Penser que cela se fera sans humain est absurde, car la technologie est née du talent humain.

5. Qualité des données

Les bases de données sont au cœur du modèle économique. Nous sommes à une époque où les fake news sont des sujets d’actualité. Les données permettent donc de  savoir comment réagir à de fausses informations. Il existe un concept appelé « Thedata driven organisation”. Les données sont le moteur de l’organisation, donc la qualité de ces dernières ainsi que leur gestion doivent être intégrées dans la stratégie de transformation digitale. 

6. Intégration et exploitation des systèmes 

Les systèmes de données transactionnelles (SAP, Oracle, Microsoft…), les données décisionnelles (Einstein ; Watson, Hyperion…), les technologies cognitives fonctionnant avec des algorithmes de machine learning, deep learning et des logiciels en tant que services (SaaS, Paas, laas) doivent tous être nourris comme un écosystème sous la forme d’ensembles de données partagées.

La révolution culturelle !

La mise en œuvre de la transformation digitale est un changement culturel (au sens organisationnel), mais c’est aussi une stratégie qui est de plus en plus appliquée dans le secteur culturel. Il existe donc des institutions culturelles qui, par exemple, développent des laboratoires destinés à la création, à l’innovation et à la construction de modèles d’information participatifs, dont le pilier est l’échange d’informations générées par les big data, les open data… Ces initiatives constituent ainsi une révolution culturelle.

Un exemple clair est fourni par le laboratoire d’art et de technologie STEREOLUX, un espace dédié à l’expérimentation dans l’union des arts numériques, de la recherche et de l’industrie. Dans l’une de ses créations, elle a créé ROB’Autisme, un robot qui facilite la communication entre jeunes autistes. Ce projet naît dans un écosystème d’acteurs dans lequel l’organisation culturelle collabore avec l’Université de la ville de Nantes et l’Ecole Centrale de Nantes. C’est ainsi que la transformation digitale dans la culture, dans les arts, peut s’intégrer dans la société. Aujourd’hui, STEREOLUX continue d’élargir ses thèmes à cet égard.

On peut observer que la transformation digitale provoque une révolution culturelle, en permettant :

  • Le développement de l’intelligence collective par l’application de pratiques collaboratives, d’approches participatives avec le public mais aussi avec des institutions ;
  • Le développement d’une approche innovante, encourageant la créativité, l’émulation et l’ouverture.

Il est nécessaires de penser les nouveaux services numériques comme un ensemble cohérent, car les acteurs de la culture sont déjà en avance dans l’adoption de modèles de transversalité dans leurs formes de gestion et sont déjà plus engagés dans les problèmes de société. Les données, l’intelligence artificielle, les algorithmes, les bases de données se déplacent vers le secteur culturel, où ils sont de plus en plus présents. Une excellente occasion et un prétexte pour innover, donc. 

La transformation digitale est une révolution culturelle ! Elle exige une vision, un engagement et un développement. Elle est née du talent humain. Penser que cela peut se faire sans l’être humain est absurde car la créativité n’est pas remplaçable.

Par Gisella Nuñez Salgado

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Hommage à Luis Sepúlveda, auteur chilien du bien connu « Le Vieux qui lisait des romans d’amour »

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler, Histoire d’un chien mapuche, Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur… L’écrivain chilien, Luis Sepúlveda, aura passé sa vie à raconter des histoires. Des nouvelles aux romans, de la poésie aux polars, des livres pour enfants aux récits de voyages, en passant par les essais et les récits écologistes, Luis Sepúlveda a exploré les confins du monde littéraire. Cette semaine, nous allons vous raconter l’« Histoire » de Luis Sepúlveda, conteur et militant, qui durant toute sa vie aura appliqué la devise de l’écrivain brésilien Joao Guimaraes Rosa « Raconter, c’est résister ».[1]

L’« Histoire » de Luis Sepúlveda  

Luis Sepúlveda est né en 1949 à Ovalle, dans le nord du Chili. Il rejoint à 12 ans les jeunesses communistes où il rencontre Ángel Parra, musicien chilien célèbre pour ses chansons Canción de amor et Cuando amanece el día, dont l’amitié durera plus de cinquante ans. Une fois étudiant, il rejoint la garde de Salvador Allende dont il soutient les idées socialistes et pacifiques. Suite au coup d’Etat orchestré par le général Pinochet le 11 septembre 1973, Luis Sepúlveda est emprisonné pendant plus de deux ans et sera libéré en 1977 grâce au concours d’Amnesty International. 

Dès lors, une vie de voyages et de luttes commence… Il sillonne le continent latinoaméricain, de l’Equateur à la Colombie, du Pérou jusqu’au Nicaragua où il s’engage aux côtés des sandinistes dans la brigade Simon-Bolivar. Pendant un temps, il s’installe en Amazonie aux côtés des Indiens Shuars. Il sort enrichi de cette expérience amazonienne qui lui inspirera son premier roman, Le Vieux qui lisait des romans d’amour. Traduit dans plus de 40 langues, ce roman est un ouvrage poétique et coloré aux sources enchantées, où indiens, fauves et chercheurs d’or se côtoient. Dans les années 1980, Luis Sepúlveda s’engage auprès de Greenpeace et s’installe en Europe où il devient journaliste. Il réalise de nombreux reportages en Angola et au Mozambique et écrit de nombreuses tribunes dans lesquelles il plaide la cause écologique.  

Cependant, malgré son parcours, de prisonnier sous la dictature de Pinochet à combattant écologiste, il refuse le terme d’écrivain engagé et préfère celui de « citoyen » participant à la construction d’une société plus juste. Pour lui, « l’écrivain est le porte-parole émotionnel de son époque »[2]. Lors d’un voyage en Allemagne, l’auteur se rend dans le camp de concentration de Bergen-Belsen où durant la guerre une main anonyme grava sur une pierre : « J’étais ici et personne ne racontera mon histoire ». Dès lors, l’écrivain chilien prêtera sa voix aux oubliés et sera le gardien de la mémoire :

La littérature, parfois, devient l’ombre de la mémoire. Seulement ce qui existe a une ombre et donc en ce sens, la littérature est l’ombre de ce qui se passe réellement. La littérature a un rôle de rappel de ce qui s’est passé et on ne va pas admettre une solution facile comme les amnisties par exemple ou le fait d’oublier et d’aller de l’avant, et bien non.

Luis Sepùlveda[1]

Luis Sepúlveda s’est éteint en avril à l’âge de 70 ans suite au covid-19. Il laisse derrière lui de nombreuses histoires, riches d’humanité et de poésie, dans lesquelles il rend hommage aux oubliés, à l’Homme et à la nature.

Histoire d’une baleine blanche, un conte du fond des océans 

Qui n’est pas fasciné par la beauté d’une baleine blanche ? À la fois la plus grande parmi les dauphins et la plus petite parmi les baleines, la baleine blanche se fait également appeler le dauphin blanc. Son éclatante couleur blanche et son large front souple font d’elle l’un des mammifères les plus beaux de l’océan. Bien qu’il s’agisse d’une espèce protégée, la baleine blanche est encore chassée et souffre du bruit du trafic maritime. 

Dans ce récit paru en 2019, Luis Sepúlveda donne la parole à la baleine blanche qui nous raconte son mode de vie dans un monde marin où les hommes sont omniprésents et où leurs activités nuisent à la pérennité des espèces aquatiques. Au large de la Patagonie, une baleine blanche, née de l’imagination d’Herman Melville dans Moby Dick, est la gardienne de nombreux secrets et mystères : elle est chargée de protéger les morts mapuches et de guider leurs âmes au-delà de l’horizon. Pour protéger le monde sous-marin, la baleine blanche devra affronter des prédateurs sans merci, les baleiniers, en particulier le baleinier Essex commandé par le capitaine Achab.

Dans cette rencontre en mer, le comportement des hommes me parut très étrange. La minuscule sardine n’attaque pas une autre sardine, la lente tortue n’attaque pas une autre tortue, le requin vorace n’attaque pas un autre requin. Il semble que les hommes sont la seule espèce qui attaque ses semblables, et je n’ai pas aimé ce que j’ai appris d’eux.[3]

Pourquoi lire cet ouvrage ? Cette nouvelle, empreinte de sagesse et de fantaisie, aborde avec beaucoup d’originalité et de délicatesse le thème de la nature menacée par les activités des hommes. À travers ce conte mythologique, Luis Sepúlveda nous fait part de son attachement à la Terre et au respect de l’environnement.

La fin de l’histoire, son dernier acte militant et romanesque

La fin de l’histoire, paru en 2016, est le dernier roman de Luis Sepúlveda. Dans cet ouvrage, Luis Sepúlveda retrouve son vieil ami, Juan Belmonte, le personnage principal d’un de ses précédents romans Un nom d’un torero. Juan Belmonte a les traits de son créateur : son passé et ses actes font échos à ceux de Luis Sepúlveda lors du coup d’Etat du général Pinochet et de la révolution sandiniste. Juan Belmonte est le symbole de la persévérance : guérillero avec un nom de torero, il a participé à toutes les révolutions perdues du continent latinoaméricain. Luis  Sepúlveda souhaitait revoir son personnage des années plus tard afin de savoir comment celui-ci vit avec son passé et pense le présent. D’après l’auteur, l’écrivain a de l’influence sur son personnage mais le personnage a également de l’influence sur l’écrivain.

Au début du roman, on retrouve Juan Belmonte en Patagonie au bord de la mer où il vit paisiblement avec son épouse Verónica. Tout comme la compagne de Luis Sepúlveda, la poétesse Carmen Yañez, Verónica a été torturée sous la dictature de Pinochet. Cependant, le passé de Juan Belmonte le rattrape…  Les services secrets russes, connaissant son passé de guérillero, l’obligent à leur prêter main forte pour une mission secrète. Des cosaques nostalgiques et puissants sont déterminés à libérer le tristement célèbre Miguel Krassnoff, emprisonné à Santiago pour crimes contre l’humanité. Ce dernier est le descendant d’une famille de cosaques responsables de nombreuses abominations au sein des régiments SS lors de la Seconde Guerre mondiale. Miguel Krassnoff, quant à lui, fut général de l’armée de Pinochet et a participé à de nombreux actes de torture et de répression durant la dictature. Comment Juan Belmonte va-t-il s’en sortir ? Il a des raisons personnelles de haïr Miguel Krassnoff car il fut le tortionnaire de Verónica…. Va-t-il privilégier sa vie et celle de son épouse ou ses valeurs morales et sa soif de justice ? 

Pourquoi lire ce roman ? La fin de l’histoire fait voyager d’un continent à l’autre et à travers les époques, de la Russie de Trotski à l’Allemagne d’Hitler, du Chili de Pinochet à la Patagonie d’aujourd’hui. Le roman est dédié aux victimes de la maison Grimaldi, un camp de torture et d’extermination fantôme sous la dictature de Pinochet, et à la prisonnière numéro 824, Carmen Yañez. Luis Sepúlveda, qui compare la naissance d’un roman à une porte qui s’ouvre, a écrit cet ouvrage suite aux demandes de libération du criminel, Miguel Krassnoff, en 2005 par un groupe de cosaques. Partisan de la doctrine « Pas d’oubli, pas de pardon », l’écrivain nous fait découvrir plusieurs parts d’ombre de l’histoire et rend aux hommages aux oubliés de la guerre.

Grâce à sa plume, Luis Sepúlveda nous enseigne que la littérature est un remède à la mémoire : « La littérature raconte ce que l’histoire officielle dissimule. »[4]

Par Lucille Sentenac


[1]https://www.lepoint.fr/culture/luis-sepulveda-l-ecrivain-qui-aimait-les-romans-d-amour-23-04-2020-2372610_3.php

[2]https://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-des-ecrivains/emission-speciale-luis-sepulveda

[3]https://booknode.com/histoire_d_une_baleine_blanche_03033263/extraits

[4]Luis Sepúlveda  https://www.babelio.com/livres/Sepulveda-La-fin-de-lhistoire/929990

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Le jeu vidéo : l’avenir de la culture ?

En mars 2020, à l’heure où une majeure partie du monde entre dans une phase de distanciation sociale et de confinement, le jeu vidéo est propulsé aux devants de l’industrie du divertissement en atteignant des chiffres records. Tandis que les dépenses des ménages dans l’achat de jeux vidéo ou d’extensions de jeux en ligne auraient atteint les 10 milliards de dollars en mars 2020, le nombre de joueurs et d’heures de jeu a lui aussi atteint des sommets. 

Des chiffres records

Si le confinement a permis de propulser sur le devant de la scène des nouveaux jeux sortis au même moment, il a aussi renforcé le succès d’autres jeux déjà ancrés depuis plusieurs années dans la communauté des joueurs. On note par exemple le succès phénoménal et presque immédiat de la sortie du nouveau jeu Animal Crossing : New Horizons sur Nintendo Switch quelques jours après le début du confinement en France : le développeur Nintendo en avait vendu 11,77 millions d’exemplaires au 30 mars. Le jeu Minecraft a quant à lui également profité de cette période en dépassant les 200 millions d’exemplaires vendus depuis sa sortie en 2014, en comptant une hausse de 25% du nombre de joueurs mensuels au mois d’avril. Ce phénomène a été notamment facilité par les offres promotionnelles mises en place par les éditeurs de jeux vidéo telles que des réductions à l’achat ou la gratuité. 

À cela, il faut ajouter l’accélération de la tendance des plateformes de streaming de jeu vidéo en direct telles que YouTube (Google) ou Twitch (Amazon) déjà bien ancrées avant la crise. Quand on ne joue pas aux jeux vidéo, on regarde d’autres gens y jouer. Twitch comptabilise ainsi plus d’un milliard et demi d’heures de contenu visionnées en avril 2020 contre 750 millions en avril 2019. Les sessions live des streamer, loin d’être entravées par le confinement, se sont multipliées et ont rassemblé des communautés encore plus vastes. L’exemple de Gotaga, premier streamer francophone en termes de visionnage sur Twitch, est marquant : de février à avril 2020, le nombre d’heures vues est passé de 1,5 à 5,4 millions par mois. 

Il faut cependant nuancer cet apparent essor de l’industrie du jeu vidéo pendant le confinement. La crise entraîne d’ores et déjà des retards dans la production des consoles et dans le développement des jeux, bien que supposée pouvoir être compensés par la forte demande. De même, les salons dédiés aux jeux vidéo en 2020 tels que l’E3, participant grandement à la promotion des nouveautés et à la rencontre d’investisseurs, ont été annulés. Enfin, le secteur n’est pas épargné par la crainte économique générale qui s’est installée : certaines grandes entreprises du secteur voient déjà leurs actions chuter en valeur depuis le début de la crise, le français Ubisoft notant une baisse de -25% par exemple. 

Bien que le secteur ait déjà été reconnu au début des années 2010 comme un secteur en forte expansion et à fort potentiel pour les années à venir, la crise sanitaire semble l’avoir pour l’instant projeté d’autant plus au cœur de la culture. 

Quelle place pour le jeu vidéo ?

La dématérialisation du jeu vidéo était déjà à l’œuvre bien avant le confinement, mais ce dernier a indéniablement accentué ce phénomène. De l’achat physique du jeu en magasin spécialisé dans sa boîte, comme objet de collection, nous sommes passés à des modes de consommation immatériels, via des plateformes de téléchargement instantané – comme Steam, qui a battu son record de nombre de joueurs connectés pendant le confinement. Cette mutation est à la fois économique et culturelle, puisqu’elle implique une nouvelle approche du jeu vidéo et de ses dérivés à la fois du côté des joueurs et des créateurs de contenu. 

Aussi, mais surtout, en lien avec le débat philosophique de “l’art-évasion”, le jeu vidéo a pu être perçu par ses utilisateurs comme un échappatoire accessible de cette réalité anxiogène et emplie de solitude qu’ont apporté la pandémie et le confinement. En nous transportant dans une réalité parallèle, il peut être considéré comme un moyen efficace de divertissement, capable de passer le nouveau temps libéré. D’autant plus quand ces jeux permettent de retrouver des proches dans cette réalité en ligne avec le mode multijoueur, en devenant presque un véritable réseau social qui comblerait les besoins d’interactions sociales. Le jeu Fortnite (Epic Games), a notamment permis aux utilisateurs de se retrouver virtuellement dans son “métavers” (monde virtuel fictif) et de passer du bon temps, alors que les rencontres réelles étaient interdites. Deux ans après sa sortie, il comptabilise plus de 350 millions de joueurs depuis le mois d’avril 2020. C’est un excellent moyen de garder le lien mais aussi un phénomène social d’envergure : tout le monde connaît quelqu’un qui y joue (dans mon cas, mon petit frère). Fortnite va encore plus loin en misant sur la culture : en organisant des concerts ou des projections de film dans ce monde virtuel.  La nuit du 23 au 24 avril, le rappeur Travis Scott a réuni plus de 12 millions de spectateurs pour son concert en direct sur Fortnite. Le jeu vidéo devient un véritable espace de partage culturel, au-delà du simple produit de consommation.

Concert de Travis Scott sur Fornite

Ces initiatives sont-elles de simples tendances imposées par la situation de distanciation sociale que nous rencontrons actuellement, ou sont-elles le symptôme d’une mutation de la place du jeu vidéo dans le monde de la culture ? Bien que la situation actuelle favorise ces initiatives, ces dernières ne sont pas nouvelles. En effet, dès 2007 l’artiste plasticien français Patrick Moya investit le jeu “métarvers” Second Life et invite les joueurs à visiter ses expositions virtuelles chaque année sur son “île Moya”. Cette île est “conçue comme une œuvre globale”, une expérience immersive représentant l’intégralité de ses travaux. L’avenir de l’art et la relation entretenue entre l’artiste et les mondes réels et virtuels sont des questions qu’il se pose notamment dans son livre L’art dans le nuage publié en 2012.

Reproduction virtuelle de l’exposition « le cas Moya » à l’espace culturel Lympia (Nice)

De même, comme ce que peut apporter la pratique de la musique, de la peinture ou de la danse, certains types de jeux vidéo se rapprochent aujourd’hui à ce qui s’apparente plus à une pratique artistique qu’à une activité purement ludique en faisant appel à la créativité, l’imagination ou encore le partage. Tout particulièrement sur des jeux de simulation, jeux « bac à sable », ou encore des jeux interactifs. Les joueurs peuvent ainsi passer des heures à créer et imaginer des constructions architecturales dans des jeux comme Minecraft (Mojang) ou Les Sims (Electronic Arts). Dans ces exemples, le jeu vidéo devient un véritable espace de création pour ses joueurs. 

Ces exemples nous questionnent sur la limite de cette virtualisation de l’art par le jeu vidéo. Si elle est capable d’assembler différents acteurs de la culture, on peut se demander si toute forme d’art peut être retranscrite virtuellement. Cela nous interroge également sur les implications en termes de conservation de l’art, à partir du moment où nous ne sommes plus face à une expérience en physique. 

Sources :

Par Emeline Balusson

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