La transformation digitale : une révolution culturelle

D’ici à 2025, 75 % des entreprises au monde s’engageront à mettre en œuvre une transformation digitale. On estime que seul 30 % d’entre elles réussiront et que les autres échoueront par manque de capacités organisationnelles ou de connaissances humaines et numériques. 

Les organisations culturelles sont de plus en plus impliquées dans le secteur privé car leurs subventions diminuent et qu’elles doivent rechercher des options de financement auprès de mécènes, de banques, d’entreprises privées ou d’autres organisations. Bien que la structure de financement change, le secteur culturel se distingue : 

  • La pratique culturelle n’est plus réservée à une certaine catégorie de la société et se démocratise ;
  • Ce sont les organisations sociales qui répondent aux problèmes de mobilité, d’interactivité, d’accessibilité, d’ouverture… ;
  • Leur offre croît de manière exponentielle.

La transformation digitale est plus présente dans le secteur culturel : de quelle manière ? comment cela est-il facilité ?

Qu’est-ce que la transformation digitale ?

La transformation digitale est l’application du Big Data, du Cloud Computing, de l’intelligence artificielle, de la mobilité, des réseaux sociaux, des objets connectés. Il existe tout un ensemble de stratégies au sein d’une organisation, qui apportent une valeur ajoutée et permettent de saisir des opportunités. 

Nous allons nous intéresser aux piliers fondamentaux permettant une transformation digitale réussie :

1. Détermination de la technologie 

La technologie est un facteur clef, mais sa mise en œuvre n’implique pas seulement une transformation digitale. Il faut considérer la composante humaine car c’est ce qui apporte de la valeur ajoutée – c’est-à dire qu’il faut prêter attention à la gestion et la créativité de la mise en œuvre de ce facteur.  En somme, ce n’est pas la technologie qui apporte de la valeur à l’utilisateur, mais l’utilisateur. 

2. Alignement stratégique

Cette transformation doit correspondre à une vision de l’avenir et une stratégie de mise en œuvre, ainsi qu’une définition des acteurs et de la culture que cette transformation apporte. Nous parlons ici d’une gouvernance, d’une gestion ainsi que d’un portefeuille technologique.

3. Vision et maturation organisationnelle 

Cet alignement stratégique et la mise en œuvre de la technologie sont facilités par l’ouverture organisationnelle – c’est-à-dire par des organisations qui se développent de manière transversale, en réduisant les relations hiérarchiques et en favorisant le travail ensemble. La transversalité apporte de la transparence à toute organisation et c’est un concept qui permet également la transformation digitale. Elle doit donc être mise en œuvre en tant qu’écosystème. 

4. Le capital humain 

La transformation digitale doit être dirigée et développée par une composante pertinente et irremplaçable : l’humain. La gestion de la transformation digitale ainsi que son développement et sa mise en œuvre dépendent clairement du capital humain, donc de ceux qui effectuent le travail au sein d’une organisation. C’est pourquoi de nouveaux emplois ont été envisagés dans ce domaine (architecte de données, directeur numérique, data scientist, etc.) La transformation a donc développé un champ d’expansion en termes d’emplois et de gestion. 

Penser que cela se fera sans humain est absurde, car la technologie est née du talent humain.

5. Qualité des données

Les bases de données sont au cœur du modèle économique. Nous sommes à une époque où les fake news sont des sujets d’actualité. Les données permettent donc de  savoir comment réagir à de fausses informations. Il existe un concept appelé « Thedata driven organisation”. Les données sont le moteur de l’organisation, donc la qualité de ces dernières ainsi que leur gestion doivent être intégrées dans la stratégie de transformation digitale. 

6. Intégration et exploitation des systèmes 

Les systèmes de données transactionnelles (SAP, Oracle, Microsoft…), les données décisionnelles (Einstein ; Watson, Hyperion…), les technologies cognitives fonctionnant avec des algorithmes de machine learning, deep learning et des logiciels en tant que services (SaaS, Paas, laas) doivent tous être nourris comme un écosystème sous la forme d’ensembles de données partagées.

La révolution culturelle !

La mise en œuvre de la transformation digitale est un changement culturel (au sens organisationnel), mais c’est aussi une stratégie qui est de plus en plus appliquée dans le secteur culturel. Il existe donc des institutions culturelles qui, par exemple, développent des laboratoires destinés à la création, à l’innovation et à la construction de modèles d’information participatifs, dont le pilier est l’échange d’informations générées par les big data, les open data… Ces initiatives constituent ainsi une révolution culturelle.

Un exemple clair est fourni par le laboratoire d’art et de technologie STEREOLUX, un espace dédié à l’expérimentation dans l’union des arts numériques, de la recherche et de l’industrie. Dans l’une de ses créations, elle a créé ROB’Autisme, un robot qui facilite la communication entre jeunes autistes. Ce projet naît dans un écosystème d’acteurs dans lequel l’organisation culturelle collabore avec l’Université de la ville de Nantes et l’Ecole Centrale de Nantes. C’est ainsi que la transformation digitale dans la culture, dans les arts, peut s’intégrer dans la société. Aujourd’hui, STEREOLUX continue d’élargir ses thèmes à cet égard.

On peut observer que la transformation digitale provoque une révolution culturelle, en permettant :

  • Le développement de l’intelligence collective par l’application de pratiques collaboratives, d’approches participatives avec le public mais aussi avec des institutions ;
  • Le développement d’une approche innovante, encourageant la créativité, l’émulation et l’ouverture.

Il est nécessaires de penser les nouveaux services numériques comme un ensemble cohérent, car les acteurs de la culture sont déjà en avance dans l’adoption de modèles de transversalité dans leurs formes de gestion et sont déjà plus engagés dans les problèmes de société. Les données, l’intelligence artificielle, les algorithmes, les bases de données se déplacent vers le secteur culturel, où ils sont de plus en plus présents. Une excellente occasion et un prétexte pour innover, donc. 

La transformation digitale est une révolution culturelle ! Elle exige une vision, un engagement et un développement. Elle est née du talent humain. Penser que cela peut se faire sans l’être humain est absurde car la créativité n’est pas remplaçable.

Par Gisella Nuñez Salgado

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Hommage à Luis Sepúlveda, auteur chilien du bien connu « Le Vieux qui lisait des romans d’amour »

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler, Histoire d’un chien mapuche, Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur… L’écrivain chilien, Luis Sepúlveda, aura passé sa vie à raconter des histoires. Des nouvelles aux romans, de la poésie aux polars, des livres pour enfants aux récits de voyages, en passant par les essais et les récits écologistes, Luis Sepúlveda a exploré les confins du monde littéraire. Cette semaine, nous allons vous raconter l’« Histoire » de Luis Sepúlveda, conteur et militant, qui durant toute sa vie aura appliqué la devise de l’écrivain brésilien Joao Guimaraes Rosa « Raconter, c’est résister ».[1]

L’« Histoire » de Luis Sepúlveda  

Luis Sepúlveda est né en 1949 à Ovalle, dans le nord du Chili. Il rejoint à 12 ans les jeunesses communistes où il rencontre Ángel Parra, musicien chilien célèbre pour ses chansons Canción de amor et Cuando amanece el día, dont l’amitié durera plus de cinquante ans. Une fois étudiant, il rejoint la garde de Salvador Allende dont il soutient les idées socialistes et pacifiques. Suite au coup d’Etat orchestré par le général Pinochet le 11 septembre 1973, Luis Sepúlveda est emprisonné pendant plus de deux ans et sera libéré en 1977 grâce au concours d’Amnesty International. 

Dès lors, une vie de voyages et de luttes commence… Il sillonne le continent latinoaméricain, de l’Equateur à la Colombie, du Pérou jusqu’au Nicaragua où il s’engage aux côtés des sandinistes dans la brigade Simon-Bolivar. Pendant un temps, il s’installe en Amazonie aux côtés des Indiens Shuars. Il sort enrichi de cette expérience amazonienne qui lui inspirera son premier roman, Le Vieux qui lisait des romans d’amour. Traduit dans plus de 40 langues, ce roman est un ouvrage poétique et coloré aux sources enchantées, où indiens, fauves et chercheurs d’or se côtoient. Dans les années 1980, Luis Sepúlveda s’engage auprès de Greenpeace et s’installe en Europe où il devient journaliste. Il réalise de nombreux reportages en Angola et au Mozambique et écrit de nombreuses tribunes dans lesquelles il plaide la cause écologique.  

Cependant, malgré son parcours, de prisonnier sous la dictature de Pinochet à combattant écologiste, il refuse le terme d’écrivain engagé et préfère celui de « citoyen » participant à la construction d’une société plus juste. Pour lui, « l’écrivain est le porte-parole émotionnel de son époque »[2]. Lors d’un voyage en Allemagne, l’auteur se rend dans le camp de concentration de Bergen-Belsen où durant la guerre une main anonyme grava sur une pierre : « J’étais ici et personne ne racontera mon histoire ». Dès lors, l’écrivain chilien prêtera sa voix aux oubliés et sera le gardien de la mémoire :

La littérature, parfois, devient l’ombre de la mémoire. Seulement ce qui existe a une ombre et donc en ce sens, la littérature est l’ombre de ce qui se passe réellement. La littérature a un rôle de rappel de ce qui s’est passé et on ne va pas admettre une solution facile comme les amnisties par exemple ou le fait d’oublier et d’aller de l’avant, et bien non.

Luis Sepùlveda[1]

Luis Sepúlveda s’est éteint en avril à l’âge de 70 ans suite au covid-19. Il laisse derrière lui de nombreuses histoires, riches d’humanité et de poésie, dans lesquelles il rend hommage aux oubliés, à l’Homme et à la nature.

Histoire d’une baleine blanche, un conte du fond des océans 

Qui n’est pas fasciné par la beauté d’une baleine blanche ? À la fois la plus grande parmi les dauphins et la plus petite parmi les baleines, la baleine blanche se fait également appeler le dauphin blanc. Son éclatante couleur blanche et son large front souple font d’elle l’un des mammifères les plus beaux de l’océan. Bien qu’il s’agisse d’une espèce protégée, la baleine blanche est encore chassée et souffre du bruit du trafic maritime. 

Dans ce récit paru en 2019, Luis Sepúlveda donne la parole à la baleine blanche qui nous raconte son mode de vie dans un monde marin où les hommes sont omniprésents et où leurs activités nuisent à la pérennité des espèces aquatiques. Au large de la Patagonie, une baleine blanche, née de l’imagination d’Herman Melville dans Moby Dick, est la gardienne de nombreux secrets et mystères : elle est chargée de protéger les morts mapuches et de guider leurs âmes au-delà de l’horizon. Pour protéger le monde sous-marin, la baleine blanche devra affronter des prédateurs sans merci, les baleiniers, en particulier le baleinier Essex commandé par le capitaine Achab.

Dans cette rencontre en mer, le comportement des hommes me parut très étrange. La minuscule sardine n’attaque pas une autre sardine, la lente tortue n’attaque pas une autre tortue, le requin vorace n’attaque pas un autre requin. Il semble que les hommes sont la seule espèce qui attaque ses semblables, et je n’ai pas aimé ce que j’ai appris d’eux.[3]

Pourquoi lire cet ouvrage ? Cette nouvelle, empreinte de sagesse et de fantaisie, aborde avec beaucoup d’originalité et de délicatesse le thème de la nature menacée par les activités des hommes. À travers ce conte mythologique, Luis Sepúlveda nous fait part de son attachement à la Terre et au respect de l’environnement.

La fin de l’histoire, son dernier acte militant et romanesque

La fin de l’histoire, paru en 2016, est le dernier roman de Luis Sepúlveda. Dans cet ouvrage, Luis Sepúlveda retrouve son vieil ami, Juan Belmonte, le personnage principal d’un de ses précédents romans Un nom d’un torero. Juan Belmonte a les traits de son créateur : son passé et ses actes font échos à ceux de Luis Sepúlveda lors du coup d’Etat du général Pinochet et de la révolution sandiniste. Juan Belmonte est le symbole de la persévérance : guérillero avec un nom de torero, il a participé à toutes les révolutions perdues du continent latinoaméricain. Luis  Sepúlveda souhaitait revoir son personnage des années plus tard afin de savoir comment celui-ci vit avec son passé et pense le présent. D’après l’auteur, l’écrivain a de l’influence sur son personnage mais le personnage a également de l’influence sur l’écrivain.

Au début du roman, on retrouve Juan Belmonte en Patagonie au bord de la mer où il vit paisiblement avec son épouse Verónica. Tout comme la compagne de Luis Sepúlveda, la poétesse Carmen Yañez, Verónica a été torturée sous la dictature de Pinochet. Cependant, le passé de Juan Belmonte le rattrape…  Les services secrets russes, connaissant son passé de guérillero, l’obligent à leur prêter main forte pour une mission secrète. Des cosaques nostalgiques et puissants sont déterminés à libérer le tristement célèbre Miguel Krassnoff, emprisonné à Santiago pour crimes contre l’humanité. Ce dernier est le descendant d’une famille de cosaques responsables de nombreuses abominations au sein des régiments SS lors de la Seconde Guerre mondiale. Miguel Krassnoff, quant à lui, fut général de l’armée de Pinochet et a participé à de nombreux actes de torture et de répression durant la dictature. Comment Juan Belmonte va-t-il s’en sortir ? Il a des raisons personnelles de haïr Miguel Krassnoff car il fut le tortionnaire de Verónica…. Va-t-il privilégier sa vie et celle de son épouse ou ses valeurs morales et sa soif de justice ? 

Pourquoi lire ce roman ? La fin de l’histoire fait voyager d’un continent à l’autre et à travers les époques, de la Russie de Trotski à l’Allemagne d’Hitler, du Chili de Pinochet à la Patagonie d’aujourd’hui. Le roman est dédié aux victimes de la maison Grimaldi, un camp de torture et d’extermination fantôme sous la dictature de Pinochet, et à la prisonnière numéro 824, Carmen Yañez. Luis Sepúlveda, qui compare la naissance d’un roman à une porte qui s’ouvre, a écrit cet ouvrage suite aux demandes de libération du criminel, Miguel Krassnoff, en 2005 par un groupe de cosaques. Partisan de la doctrine « Pas d’oubli, pas de pardon », l’écrivain nous fait découvrir plusieurs parts d’ombre de l’histoire et rend aux hommages aux oubliés de la guerre.

Grâce à sa plume, Luis Sepúlveda nous enseigne que la littérature est un remède à la mémoire : « La littérature raconte ce que l’histoire officielle dissimule. »[4]

Par Lucille Sentenac


[1]https://www.lepoint.fr/culture/luis-sepulveda-l-ecrivain-qui-aimait-les-romans-d-amour-23-04-2020-2372610_3.php

[2]https://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-des-ecrivains/emission-speciale-luis-sepulveda

[3]https://booknode.com/histoire_d_une_baleine_blanche_03033263/extraits

[4]Luis Sepúlveda  https://www.babelio.com/livres/Sepulveda-La-fin-de-lhistoire/929990

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Le jeu vidéo : l’avenir de la culture ?

En mars 2020, à l’heure où une majeure partie du monde entre dans une phase de distanciation sociale et de confinement, le jeu vidéo est propulsé aux devants de l’industrie du divertissement en atteignant des chiffres records. Tandis que les dépenses des ménages dans l’achat de jeux vidéo ou d’extensions de jeux en ligne auraient atteint les 10 milliards de dollars en mars 2020, le nombre de joueurs et d’heures de jeu a lui aussi atteint des sommets. 

Des chiffres records

Si le confinement a permis de propulser sur le devant de la scène des nouveaux jeux sortis au même moment, il a aussi renforcé le succès d’autres jeux déjà ancrés depuis plusieurs années dans la communauté des joueurs. On note par exemple le succès phénoménal et presque immédiat de la sortie du nouveau jeu Animal Crossing : New Horizons sur Nintendo Switch quelques jours après le début du confinement en France : le développeur Nintendo en avait vendu 11,77 millions d’exemplaires au 30 mars. Le jeu Minecraft a quant à lui également profité de cette période en dépassant les 200 millions d’exemplaires vendus depuis sa sortie en 2014, en comptant une hausse de 25% du nombre de joueurs mensuels au mois d’avril. Ce phénomène a été notamment facilité par les offres promotionnelles mises en place par les éditeurs de jeux vidéo telles que des réductions à l’achat ou la gratuité. 

À cela, il faut ajouter l’accélération de la tendance des plateformes de streaming de jeu vidéo en direct telles que YouTube (Google) ou Twitch (Amazon) déjà bien ancrées avant la crise. Quand on ne joue pas aux jeux vidéo, on regarde d’autres gens y jouer. Twitch comptabilise ainsi plus d’un milliard et demi d’heures de contenu visionnées en avril 2020 contre 750 millions en avril 2019. Les sessions live des streamer, loin d’être entravées par le confinement, se sont multipliées et ont rassemblé des communautés encore plus vastes. L’exemple de Gotaga, premier streamer francophone en termes de visionnage sur Twitch, est marquant : de février à avril 2020, le nombre d’heures vues est passé de 1,5 à 5,4 millions par mois. 

Il faut cependant nuancer cet apparent essor de l’industrie du jeu vidéo pendant le confinement. La crise entraîne d’ores et déjà des retards dans la production des consoles et dans le développement des jeux, bien que supposée pouvoir être compensés par la forte demande. De même, les salons dédiés aux jeux vidéo en 2020 tels que l’E3, participant grandement à la promotion des nouveautés et à la rencontre d’investisseurs, ont été annulés. Enfin, le secteur n’est pas épargné par la crainte économique générale qui s’est installée : certaines grandes entreprises du secteur voient déjà leurs actions chuter en valeur depuis le début de la crise, le français Ubisoft notant une baisse de -25% par exemple. 

Bien que le secteur ait déjà été reconnu au début des années 2010 comme un secteur en forte expansion et à fort potentiel pour les années à venir, la crise sanitaire semble l’avoir pour l’instant projeté d’autant plus au cœur de la culture. 

Quelle place pour le jeu vidéo ?

La dématérialisation du jeu vidéo était déjà à l’œuvre bien avant le confinement, mais ce dernier a indéniablement accentué ce phénomène. De l’achat physique du jeu en magasin spécialisé dans sa boîte, comme objet de collection, nous sommes passés à des modes de consommation immatériels, via des plateformes de téléchargement instantané – comme Steam, qui a battu son record de nombre de joueurs connectés pendant le confinement. Cette mutation est à la fois économique et culturelle, puisqu’elle implique une nouvelle approche du jeu vidéo et de ses dérivés à la fois du côté des joueurs et des créateurs de contenu. 

Aussi, mais surtout, en lien avec le débat philosophique de “l’art-évasion”, le jeu vidéo a pu être perçu par ses utilisateurs comme un échappatoire accessible de cette réalité anxiogène et emplie de solitude qu’ont apporté la pandémie et le confinement. En nous transportant dans une réalité parallèle, il peut être considéré comme un moyen efficace de divertissement, capable de passer le nouveau temps libéré. D’autant plus quand ces jeux permettent de retrouver des proches dans cette réalité en ligne avec le mode multijoueur, en devenant presque un véritable réseau social qui comblerait les besoins d’interactions sociales. Le jeu Fortnite (Epic Games), a notamment permis aux utilisateurs de se retrouver virtuellement dans son “métavers” (monde virtuel fictif) et de passer du bon temps, alors que les rencontres réelles étaient interdites. Deux ans après sa sortie, il comptabilise plus de 350 millions de joueurs depuis le mois d’avril 2020. C’est un excellent moyen de garder le lien mais aussi un phénomène social d’envergure : tout le monde connaît quelqu’un qui y joue (dans mon cas, mon petit frère). Fortnite va encore plus loin en misant sur la culture : en organisant des concerts ou des projections de film dans ce monde virtuel.  La nuit du 23 au 24 avril, le rappeur Travis Scott a réuni plus de 12 millions de spectateurs pour son concert en direct sur Fortnite. Le jeu vidéo devient un véritable espace de partage culturel, au-delà du simple produit de consommation.

Concert de Travis Scott sur Fornite

Ces initiatives sont-elles de simples tendances imposées par la situation de distanciation sociale que nous rencontrons actuellement, ou sont-elles le symptôme d’une mutation de la place du jeu vidéo dans le monde de la culture ? Bien que la situation actuelle favorise ces initiatives, ces dernières ne sont pas nouvelles. En effet, dès 2007 l’artiste plasticien français Patrick Moya investit le jeu “métarvers” Second Life et invite les joueurs à visiter ses expositions virtuelles chaque année sur son “île Moya”. Cette île est “conçue comme une œuvre globale”, une expérience immersive représentant l’intégralité de ses travaux. L’avenir de l’art et la relation entretenue entre l’artiste et les mondes réels et virtuels sont des questions qu’il se pose notamment dans son livre L’art dans le nuage publié en 2012.

Reproduction virtuelle de l’exposition « le cas Moya » à l’espace culturel Lympia (Nice)

De même, comme ce que peut apporter la pratique de la musique, de la peinture ou de la danse, certains types de jeux vidéo se rapprochent aujourd’hui à ce qui s’apparente plus à une pratique artistique qu’à une activité purement ludique en faisant appel à la créativité, l’imagination ou encore le partage. Tout particulièrement sur des jeux de simulation, jeux « bac à sable », ou encore des jeux interactifs. Les joueurs peuvent ainsi passer des heures à créer et imaginer des constructions architecturales dans des jeux comme Minecraft (Mojang) ou Les Sims (Electronic Arts). Dans ces exemples, le jeu vidéo devient un véritable espace de création pour ses joueurs. 

Ces exemples nous questionnent sur la limite de cette virtualisation de l’art par le jeu vidéo. Si elle est capable d’assembler différents acteurs de la culture, on peut se demander si toute forme d’art peut être retranscrite virtuellement. Cela nous interroge également sur les implications en termes de conservation de l’art, à partir du moment où nous ne sommes plus face à une expérience en physique. 

Sources :

Par Emeline Balusson

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Tour du monde en 6 initiatives culturelles et confinées

Alors que nous ressortons progressivement d’une période unique de confinement collectif, les lieux culturels tels que les cinémas, les salles de spectacles, les musées, les théâtres… demeurent toujours fermés. Cela n’a pas empêché les acteurs du secteur culturel de nous offrir un contenu artistique riche tout au long de ces deux derniers mois. Paradoxe inédit : bien que le secteur culturel ait vu l’ensemble de ses établissements fermés, les offres culturelles digitales n’ont jamais été aussi nombreuses, et l’accès à la culture autant facilité. L’art reste un remède indispensable face à l’ennui, l’isolement et l’anxiété provoquée par les perspectives d’une telle crise sanitaire sur notre vie future. Nous avons donc vu naître une multitude d’initiatives culturelles et artistiques à travers le monde, encouragée par la nécessité de garder un contact avec le public, de continuer à exercer sa créativité, ou tout simplement de remédier à l’ennui et d’oublier quelques instants l’isolement forcé. Pendant cette période si particulière, les acteurs du secteur culturel ont redoublé d’ingéniosité pour maintenir un contact avec leur public éloigné.

À défaut d’avoir pu voyager, je vous propose de faire un tour de quelques initiatives artistiques qui ont résonné dans le monde entier et permis à la culture de s’infiltrer chez nous durant le confinement, pour notre plus grand plaisir. Je vous invite à découvrir ou redécouvrir ces quelques exemples d’initiatives lancées par des artistes ou des institutions culturelles, qui ne représentent qu’une infime partie de ce que le monde de l’art a pu nous proposer ces derniers mois.

Peintures et reproductions, Le Getty Museum aux États-Unis

Depuis deux mois, les réseaux sociaux voient fleurir une multitude de reproductions d’œuvres d’arts représentant des tableaux célèbres tels que Les raboteurs de parquet de Gustave Caillebotte ou La laitière de Vermeer. Ce défi ouvert à tous est à l’initiative du Getty Museum de Los Angeles, qui a invité les internautes à reproduire chez eux des œuvres d’art en utilisant des objets du quotidien. Si les reproductions sont plus ou moins ressemblantes, ce défi a permis de mettre à l’épreuve l’imagination et la créativité des participants. Certains musées français comme le musée d’Orsay ont même repris cette idée, et publié sur leurs réseaux sociaux les résultats envoyés par les participants.


Rassemblement à distance de musiciens en Serbie

Le 20 mars 2020, alors que l’Italie a entamé depuis 10 jours un confinement suite à la forte propagation de l’épidémie, l’orchestre du théâtre national serbe a décidé de rendre hommage aux italiens en reprenant l’hymne révolutionnaire italien Bella Ciao.

Suivant la même initiative, les membres de l’orchestre National de France ont repris Le Boléro de Ravel à distance, permettant aux internautes de profiter en ligne de l’œuvre de Maurice Ravel.

Projection d’œuvres de street art au Brésil

L’artiste brésilienne Rafamon, habituée à dessiner ses œuvres géantes et colorées sur les murs de la ville de Rio, a choisi de projeter ses créations depuis chez elle sur le mur situé en face de son immeuble. L’occasion également de diffuser un message d’espoir et de soutien à destination des passants dans un pays où la situation sanitaire s’aggrave de jour en jour. Ces créations sont visibles sur la page Instagram de l’artiste (@rafamon).

© Instagram de Rafamon

#LOPERACHEZSOI avec l’Opéra National de Paris 

Les salles de spectacles et salles de danse demeurent toujours fermées à ce jour. Alors pour pallier le manque de contact avec leur public ou leurs élèves, de nombreux danseurs ont trouvé des alternatives durant le confinement et ont mis à disposition des cours de danse en ligne.

La chorégraphe néo-zélandaise Parris Goebel a fait danser simultanément 69 000 personnes à travers le monde via un live Instagram. Les danseurs américains Janelle Ginestra, Willdabeast et bien d’autres continuent d’alimenter régulièrement la chaine immadance.tv.

En France, les danseurs étoiles de l’Opéra de Paris comme Dorothée Gilbert ou Hugo Marchand ont proposé des cours en direct via des live Instagram. Faciles d’accès, ces cours ont permis de maintenir un contact régulier avec le public, et pour certains danseurs de se garantir une rémunération même sans cours en présentiel. Les internautes devaient parfois payer un abonnement pour avoir accès aux cours en ligne. L’Opéra national de Paris a par ailleurs posté sur sa chaine Youtube une série de vidéos intitulée #LOPERACHEZSOI incluant les vidéos des cours en ligne des danseurs étoiles du Palais Garnier. Les internautes peuvent également y retrouver des interviews de chanteurs lyriques, de danseurs étoiles, de réalisateurs, et des extraits d’opéra chantés ou joués par des artistes confinés.

Stay Art Home avec l’artiste espagnol Pejac

Originaire d’Espagne, Pejac s’inspire de l’espace public et utilise différents procédés comme la peinture ou le collage pour créer des œuvres composites poétiques. Afin de faire perdurer son art durant le confinement, l’artiste espagnol a lancé son propre hashtag #STAYARTHOMEPEJAC pour inviter les internautes à explorer leur créativité en réalisant une œuvre picturale depuis leur foyer. Le concept consistait à utiliser l’extérieur visible depuis leur fenêtre comme support de création et comme source d’inspiration pour y faire évoluer toutes sortes de formes ou de personnages. Chaque participant était ensuite libre de partager sa création sur les réseaux sociaux via le hashtag #STAYARTHOMEPEJAC. Cette campagne artistique a rencontré un certain succès puisque des centaines de créations provenant de plus d’une cinquantaine de pays à travers le monde ont été publiées. Cette initiative démontre de manière poétique la capacité de chacun à pouvoir jouer avec son environnement dans une situation aussi particulière que celle que nous vivons actuellement. 

Une chaîne de solidarité entre artistes en provenance du Royaume-Uni

Avec la fermeture des galeries d’art et le report des foires, vendre des œuvres d’art représente une difficulté supplémentaire pour les artistes et les institutions culturelles. Pour faciliter la vente à distance, l’artiste britannique Matthew Burrows a eu l’idée de développer une campagne intitulée Artist Support Pledge. L’idée est de proposer aux artistes souhaitant vendre une œuvre de publier sur Instagram une photo de leur création accompagnée du hashtag #artistssupportpledge. Le prix de vente de l’œuvre d’art ne doit pas dépasser £200. Si les ventes de l’artiste dépassent £1000, celui-ci s’engage par la suite à investir £200 dans l’achat de l’œuvre d’un autre artiste. Cette initiative a permis d’instaurer une solidarité financière entre artistes et de faire gagner en visibilité certaines créations. Des galeries d’art comme Beers London ont partagé l’initiative à leur communauté virtuelle pour encourager et donner plus de résonnance au projet. 

© Instagram #artistsupportpledge

Cette émergence d’initiatives nées d’un arrêt brutal de l’activité du secteur culturel doit s’appréhender de manière bien plus globale qu’une simple parenthèse créative due à un contexte particulier. Elle donne à réfléchir à la pertinence de certains supports digitaux pour maintenir un contact avec le public, dans un contexte où la digitalisation des modes de consommation tend à profondément modifier notre rapport à la culture. La mise en ligne des contenus, les visites virtuelles, les cours en visioconférence et les réseaux sociaux sont autant d’outils à développer pour proposer une interaction continue avec le public. À l’heure où les établissements redoublent d’efforts pour s’adapter aux contraintes imposées par les mesures de sécurité sanitaire en vue d’accueillir de nouveau du public, ces initiatives ont su démontrer la capacité des acteurs du secteur culturel à trouver des solutions pour proposer du contenu à leur public éloigné.

Sources :

Par Margot Di Bella

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Le Ballet dans votre salon

Depuis la survenue de l’épidémie de Covid-19 courant mars 2020, le monde du spectacle vivant est à l’arrêt – ou presque. Pour palier les annulations de saisons, de nombreuses compagnies de danse à travers le monde ont développé des outils digitaux pour permettre aux balletomanes de maintenir le lien avec elles et d’avoir accès à certaines pièces de leur répertoire.

Embarquons donc avec cet article pour un tour du monde des Ballets à l’heure du confinement, l’occasion de découvrir leurs pièces phares du moment sans avoir besoin de monter à bord d’un avion.

Opéra de Paris

Commençons par l’une des compagnies les plus emblématiques, tant pour son histoire que pour la qualité de ses danseurs et de son répertoire : l’Opéra de Paris. Entre les mouvements sociaux de décembre 2019 et l’épidémie de Coronavirus, c’est plus d’une centaine de représentations qui ont été annulées. Il était donc crucial pour cette Maison de renouer avec son public. A travers de nouvelles plateformes comme 3ème Scène ou encore Aria, l’Opéra avait déjà amorcé sa transition digitale au cours des dernières années, et c’est donc naturellement que le confinement a été l’occasion de maintenir le lien avec son audience en publiant régulièrement des captations de pièces chorégraphiques. En ce moment, c’est le ballet inédit de la saison 2019-2020 Body & Soul de Crystal Pite qui est mis à l’honneur. Entre harmonie du corps de ballet et solos d’étoiles explosifs, on ne peut que recommander de plonger dans l’univers de cette pièce phare de la saison.

NB : Pour vous essayer à la discipline, vous pouvez également vous rendre sur le compte Instagram du Ballet de l’Opéra de Paris, où des cours de danse ont été dispensés par des étoiles de la Compagnie en IGTV.

Malandain Ballet Biarritz

Après sa nomination aux Benois de la Danse 2017 et la Première de son ballet Marie-Antoinette à l’Opéra de Versailles, Thierry Malandain continue de nous éblouir avec sa nouvelle création : La Pastorale. Sur la 6ème Symphonie de Beethoven, le chorégraphe nous enchante à travers une composition mêlant esthétique classique et mouvements novateurs. La captation de La Pastorale au Théâtre de Chaillot est disponible sur Arte ici !

Royal Opera House

Le Royal Ballet de Londres proposait bien avant l’épisode de confinement une multitude de contenus digitaux : du cours de danse de la Compagnie à la répétition publique en passant pas les bandes-annonces des prochaines productions, l’institution britannique était déjà très avancé en matière de présence numérique. Si ce n’est pas encore fait, il est temps d’aller découvrir cette mine d’or, mais également de profiter de la mise en ligne de plusieurs pièces du répertoire. Dernière en date : Anastasia, dansée en 2016 par les fantastiques Natalia Osipova, Marianela Nunez, Federico Bonelli, Edward Watson et Thiago Soares.

New York City Ballet

De l’autre côté de l’Atlantique, le New York City Ballet gâte son audience avec la diffusion de deux ballets par semaine entre le 21 avril et le 29 mai. Prochain en date : Donizetti Variations de George Balanchine, l’occasion de découvrir ce chorégraphe emblématique du 20ème siècle à travers une pièce lumineuse et enjouée.

Het National Ballet

De retour en Europe, du côté des Pays-Bas, le Het National Ballet a lui aussi mis à profit cette période de fermeture pour mettre à disposition des spectateurs plusieurs ballets classique et contemporain, représentatifs du style éclectique de la Compagnie.  Jusqu’au 30 mai, vous pourrez découvrir la pièce Mata Hari, chorégraphiée par le directeur du Ballet Ted Brandsen. Ce ballet narre l’histoire de la célèbre Mata Hari, danseuse néerlandaise fusillée lors de la Première Guerre Mondiale pour espionnage.

L’opportunité de pénétrer l’univers chorégraphique de la Compagnie, mais aussi d’aller à la rencontre de ce personnage historique.

Marinsky Theatre

Nous finissons notre tour du monde des compagnies de danse avec le Marinsky Theatre en Russie. Vous pourrez trouver sur sa chaîne YouTube de nombreuses captations vidéos d’opéras, mais également de ballets emblématiques du répertoire classique tels que Giselle ou encore La Belle au Bois Dormant.

https://www.youtube.com/watch?v=_fjRUk13vBs

Bien sûr, si le digital amène des solutions partielles et temporaires à la fermeture des théâtres pendant l’épidémie, rappelons-nous qu’elles ne sont bien que partielles et temporaires. Du côté du public, il n’est de spectacle vivant à proprement parler que lorsque la dimension de coprésence existe, lorsque audience et artistes se rencontrent brièvement le temps d’une envolée d’une heure ou deux. De leur côté, les Compagnies souffrent, au-delà des contraintes financières, de ne pouvoir assouvir leur besoin d’aller à la rencontre du public, voire de ne pas survivre à cette crise. Dans un article publié sur la page Facebook du Malandain Ballet Biarritz, Thierry Malandain s’interroge :

Dans le monde d’après, y aura-t-il encore des danseurs permanents dans les Centres Chorégraphiques Nationaux ?

Thierry Malandain

Retournons donc aussi vite que se peut dans les théâtres applaudir ces artistes que nous aimons tant.

Par Axelle Marcot

Pour l’autre article de la semaine, c’est ici !

The crisis does not make culture less necessary, but rather indispensable

Historically, there has been little interest in the contribution of arts and artists to economic development in cities. The cultural sector (and cultural industries) have long been considered on the fringes of the urban economy but at the same time it is a complex, controversial and paradoxical term. Yet, it is seen as a key factor in boosting development, the economy and innovation in the territories.

What are innovation, development and economy?

Innovation is a key concept both for the creation of knowledge, the capacity to learn and for the territory, the latter being considered as a collective social and geographical process that induces a change in the capacity to understand both individuals and organizations.

On the other hand, development can be understood in three different ways: firstly as an optimal balance of interests and profits between different actors that interact with each other; secondly, as a source of inequality and polarization; finally, as a dynamic process resulting from a process of innovation and creation.

For many years, economy and culture forms have travelled along paths that are supposedly separate, responding to opposing discursive forms in which both domains were conceived. Culture has been erroneously associated as a nunproductive sector. The result of the intersection between economy and culture is the Creative and Cultural Industries.

Finally, culture is understood as an expression of collective intelligence, an instrument of emancipation and a mean of making a society for all. Innovation is an element resulting from creativity and stands out as a social construction and an investment in development which depends clearly on the political perspective.

Culture

Culture does not respond to the standards of economic theories or commercial markets, so it is difficult to define and quantify it. First, culture does not respond to the law of diminishing utility, which explains the effect that a consumptionof a good provides less additional utility the more it is consumed. Second, the marginal utility of consuming a good is not the same as that of consuming another good; it has an uncertain satisfaction.

According to this is that culture should be designed then not as a cost, but as a three-dimensional investment:

  • An economic investment because it is an essential factorin local development;
  • Collective investment because it promotes social cohesion, i.e. the possibility of bringing individuals together while respecting their differences;
  • A personal and intimate investment for the individual experience it delivers.

A little theory

In theoretical terms, I would like to highlight the expert in geography and economic growth, Richard Florida, who has given the first signs of classifying a population as « creative », despite some criticism, he gives a quantitative approach closer to classify the population with respect to economic growth.

According to this study, economic growth responds to three concepts: Talent, Tolerance and Technology. Describing the “creative” population as the mobile, qualified and connected population capable of solving complex problems.

« In my formulation, knowledge and information are materials of creativity and innovation… it’s the product. […]  Creativity will reappear today as a key element for contemporary capitalism. »

Richard Florida

In the United States, 30% of the population is part of the creative key. The importance of this creative class is that, on the one hand, they are engaged in the process of creation and that they are paid to be creative either in the fields of computer science, lawyers, scientists, researchers, engineers, artists, architects, etc.. On the other hand, as second theory, it is also worth mentioning the academic and expert in economics of culture Martial Poirson, with his theory « economy of attention » where he establishes the important role of knowledge as a form of cognitive exploitation, whose economic agents are not only in the media but also in cultural goods and services. He considers a new paradigm shifting the economic analysis from production to cultural consumption.

The Creative Industry and the Performing Arts

It has been demonstrated that culture brings together a set of creative knowledge that contributes to a territory, in the sense of measuring it. The Creative and Cultural Industry (ICC) is made up often main sectors: Visual Arts, Music, Performing Arts, Cinema, Television, Radio, Video Games, Books, Press and Advertising and Communication.

This sector has become increasingly important in the economies’ income. In France, it represents 3.2% of the GDP with a total turnover of 91.4 billion euros. The visual arts stand out as the sub-sector that provides the greatest added value, followed by live entertainment and music. Source: EY analysis, « The direct economic weight of culture in 2017 ».

In Latin America, the cultural sector generates 7% of the GDP, but even so its support and quantification model is deficient.

It is important to highlight within the Creative and Cultural Industries, the Performing Arts, given that this sector has caught my attention since in the European Union it has a quantification coming from its action, a situation that differs in Latin America.

The Performing Arts refer to those shows produced and disseminated by people who represent a work of the spirit in a territory, which refers  to dance, theatre, opera, contemporary music, fanfares, circus, street art, puppets, stories, among others. This sector shows the identity of a territory, and that due to factors such as a tendency to excess supply, a typical professional regime, differentiated remuneration, the performing arts area paradigm, from the economic and symbolic point of view that they represent.

Culture an international call

« To be creative is to bring out something new, in other words, to innovate ». The official discourse produced by the European Union as early as 2000 plays an important role in this phenomenon. The Lisbon Strategy aims to give Europe « the most competitive and dynamic knowledge-based economy in the world, capable of sustainable economic growth with more and better jobs and greater social cohesion ».

In this « knowledge economy », which is based on the triplych education-productivity-innovation, innovation is seen as a « catalyst for competitiveness ». Source: Cordobés and Ducret, in Godet, Durance and Mousli 2010, 328.

France’s strategy has designed and implemented various national programmes for sustainable development to include culture and creativity as a major area of intervention, and many ministries and partners are developing specific strategies to address the role of cultural and creative industries in sustainable development. This is why the intermittent regime, the Social and Solidarity Economy, the empowerment of entrepreneurs, the quality of entertainment entrepreneurs, are born as a response to a whole cultural ecosystem.

UNESCO describes CCIs as the workofthe future,which can emerge by supporting integrated cultural policy and regulatory environments throughout the value chain.

All is not lost

The different forms of responses by countries, international organizations that call for the recognition of creativity and culture, are once again on the agenda in times of crisis, as an instance torestructure strategies.

For this I would like to give some considerations to all those associations, individuals, entrepreneurs who seek to position themselves andactive agent in the reforms:

  • Consider culture and creativity as a sustainable development program within the restructuring of strategies, value chains and business models, among others.
  • Consider the care economy as a strategy of re-appropriation and emancipation within the new environmental, social and cultural challenges, placing care at the core of exchanges system in accordance with ethics and the common good.
  • Identify the level of digital experiences and technologies in which the projects, undertakings, startups, institutions, associations, museums, theatres, schools, etc. are related.
  • Complement and create information, which are two motors of production and culture.

We are now invited to use the economics of attention to the cognitive capacity of the brain in favor of economic growth and new models of capital accumulation. We are participating in a numerical era, where we are providers of relevant information for large industries, which should also be applied in the cultural and social sector. The digital revolution is forcing professionals to recognize creative economies and expand fields of competence, so we should first start by expanding our viewpoints and begin to build.

I invite you to a virtual journey!

Virtual Tours:

Theatre:

Music:

Online festivals:

Par Gisella Nuñez Salgado

Cet article en anglais est aussi disponible en espagnol ici. Pour découvrir l’autre article de la semaine, c’est par !

La crisis no hace menos necesaria la cultura, más bien la hace indispensable

Históricamente, ha existido poco interés en la contribución de las artes y los artistas al desarrollo económico en las ciudades. El sector de la cultura, durante mucho tiempo se ha considerado en una zona marginal de la economía urbana, al mismo tiempo es un término complejo, controversial y paradoxal, y que sin embargo se considera como un factor clave que potencia el desarrollo, la economía y la innovación en los territorios. 

¿Qué son la innovación, desarrollo y economía?

La innovación es un concepto clave tantopara la creación del conocimiento, la capacidad de aprendizaje y para el territorio, este último es considerado como un proceso colectivo social y geográfico que induce a un cambio de capacidad de comprensión tanto de individuos como de organizaciones.

Por su parte el desarrollo se puede entender de tres formas diferentes, primero como un equilibrio optimal, vale decir, como un balance de intereses y de ganancias entre diferentes actores que interactúan entre sí, segundo como una fuente de desigualdad y polarización y por ultimo como un proceso dinámico resultante de un proceso de innovación y creación. 

La economía y la cultura por muchos años han transitado por caminos que se suponen separados, respondiendo a formas discursivas opuestas en las que ambos dominios fueron concebidos. Erróneamente se ha asociado la cultura como un sector improductivo. Como resultado de la intersección entre economía y cultura resulta la Industria Creativa y Cultural.

Finalmente la cultura se entiende como una expresión de la inteligencia colectiva, un instrumento de emancipación y un medio para hacer una sociedad para todos. La innovación que es un elemento resultante de la creatividad y se destaca por ser una construcción social y una inversión al desarrollo el cual depende netamente de la perspectiva política.

La cultura

La cultura no responde a los estándares de las teorías económicas ni de los mercados comerciales, por eso es difícil su definición y cuantificación. Primero la cultura no responde a la ley de la utilidad decreciente, es decir el efecto que un consumir un bien  proporciona menor utilidad adicional cuanto más se consume, Segundo la utilidad marginal de consumir un bien no es igual a la de consumir otro bien, posee una satisfacción incierta, esto se debe a que los bienes culturales, artísticos son singulares y su experiencia es propia a cada individuo y por ultimo no posee características de un bien y comportamientos de compra. 

De acuerdo a esto es que la cultura debe ser diseñada entonces no como un costo, sino como una inversión en tres dimensiones: 

  • Una inversión económica porque es un factor esencial en el desarrollo local;
  • Inversión colectiva porque fomenta la cohesión social, vale decir, la posibilidad de unir a los individuos respetando sus diferencias;
  • Una inversión personal e íntima por la experiencia individual que entrega. 

Un poco de teoría

En términos teóricos me gustaría destacar al experto en geografía y crecimiento económico, Richard Florida, quien ha entregado los primeros indicios de clasificar una población como “creativa”, pese a que existen ciertas críticas, entrega un enfoque cuantitativo más cercano de clasificar la población con respecto al crecimiento económico. 

Según dicho estudio, el crecimiento económico responde a tres conceptos: Talento, Tolerancia y Tecnología. Describiendo la populación “creativa”, como la población móvil, cualificada y conectada capaz de resolver problemas complejos. 

 “En mi formulación, conocimiento e información son materiales de creatividad e innovación… es el producto” […] La creatividad revendrá en la actualidad como un elemento clave para el capitalismo contemporáneo”.

Richard Florida

En Estados Unidos el 30% de la población es parte de la clave creativa. La importancia de esta clase creativa es que de una parte se comprometen dentro del proceso de creación y que son pagados por ser creativos ya sea en los campos de informática, juristas, científicos, investigadores, ingenieros, artistas, arquitectos, etc.

Por otro lado como segunda teoría cabe destacar también al académico y experto en económica de la cultura Martial Poirson, con su teoría “economía de la atención” donde establece el rol importante del conocimiento como forma de explotación cognitiva, cuyos agentes económicos no están solo en el medio de comunicación sino también en los bienes y servicio culturales. Considerando un nuevo paradigma desplazando el análisis económico de la producción al consumo cultural.

La Industria Creativa y las Artes Escénicas

Queda demostrado que la cultura agrupa un conjunto de conocimientos de creación que contribuyen a un territorio, en sentido de mesurarlo se establece La industria Creativa y Cultural (ICC) el cual se conforma por diez sectores principales: las Artes Visuales, la Música, las Artes Escénicas, el  Cinema, la Televisión, la Radio, los Juegos de video, los Libros, la Prensa y la Publicidad y Comunicación.

Este sector ha adquirido cada vez mayor importancia en los ingresos de las economías, en Francia representan el 3,2% del PIB con una facturación total de 91.400 millones de euros. Destacando las artes visuales como el subsector que entrega mayor valor añadido, seguido por el espectáculo vivo y la músicaFuente: Análisis EY, « El peso económico directo de la cultura en 2017 »

En América Latina el sector cultural genera el 7% del PIB, pero aun así su modelo de apoyo y cuantificación son deficientes. 

Es importante destacar dentro de las Industrias Creativas y Culturales, Las Artes Escénicas, dado que este sector me ha llamado la atención ya que en la Unión Europea posee una cuantificación proveniente de su acción, situación que difiere en América Latina. 

Las Artes Escénicas se refieren a aquellos espectáculos producidos y difundidos por personas que representan una obra del espíritu en un territorio, el cual hace referencia a la danza, teatro, opera, músicas actuales, fanfarreas, circo, arte de la calle, marionetas, cuentos, entre otros. Este sector manifiesta la identidad de un territorio, y que por factores como un tendencia al exceso de oferta, régimen profesional atípico, remuneraciones diferenciadas hacen de las artes escénicas sean un paradigma, desde el punto de vista económico y simbólico que estas representan.

La cultura un llamado internacional

“Ser creativo es sacar algo nuevo, en otras palabras, innovar”. El discurso oficial producido por la Unión Europea ya en el año 2000 juega un papel importante en este fenómeno. La Estrategia de Lisboa tiene por objeto dotar a Europa de « la economía basada en el conocimiento más competitiva y dinámica del mundo, capaz de crecer económicamente de manera sostenible con más y mejores empleos y con mayor cohesión social ». 

En esta « economía del conocimiento », el cual se basa en el tríptico educación – productividad -innovación, la innovación se considera como un catalizador de la competitividad ». Fuente: Cordobés y Ducret, en Godet, Durance y Mousli 2010, 328.

La estrategia de Francia ha diseñado y ejecutado diversos programas nacionales de desarrollo sostenible para incluir la cultura y la creatividad como una importante esfera de intervención, por lo que muchos Ministerios y asociados elaboran estrategias específicas para abordar la función de las industrias culturales y creativas en el desarrollo sostenible. Es por eso que el régimen intermitente, La economía social y solidaria, la potencializacion de emprendedores, la calidad de emprendedores de espectáculos, nacen en forma de respuesta a todo un ecosistema cultural.

La UNESCO describe las ICC como los trabajos del futuro, que estas pueden surgir si se apoyan entornos normativos y políticas culturales integradas en toda la cadena de valor

No todo está perdido

Las diferentes formas de respuestas de países, organizaciones internacionales que hacen llamados a reconocer la creatividad y la cultura, se ponen nuevamente a la palestra en tiempos de crisis, como una instancia para reestructurar estrategias.

Para esto me gustaría entregar ciertas consideraciones a todas aquellas asociaciones, personas naturales, emprendedoras que buscan como posicionarse y agente activo en las reformas: 

  • Considerar la cultura y creatividad como programa de desarrollo sustentable dentro de la reestructuración de estrategias, cadenas de valor, modelos de negocios, entre otros. 
  • Considerar la economía de la atención como una estrategia de reapropiación y emancipación dentro de los nuevos desafíos ambientales, sociales y culturales, situando el cuidado en el centro de un sistema de intercambios conforme a la ética y el bien común.
  • Identificar el nivel de experiencias numéricas y tecnologías en el que se relacionan los proyectos, emprendimientos, startups, instituciones, asociaciones, museos, teatros, escuelas, etc..
  • Complementar y crear información, que son dos motores de producción y de la cultura.

Se invita ahora a utilizar la economía de la atención a la capacidad cognitiva del cerebro a favor del crecimiento económico y de nuevos modelos de acumulación de capital. Estamos siendo participes de una era numérica, donde somos proveedores de información relevante para grandes industrias, lo que debería aplicarse también en el sector cultural y social. La revolución digital está obligando a los profesionales a reconocer las económicas creativas y expandir los campos de competencias, por lo que primero se debería comenzar por expandir las miradas y comenzar a construir. 

Los invito a un viaje cultural virtual! 

Tours Virtuales:

Teatro:

Musica:

Festivales en linea:

Par Gisella Nuñez Salgado

Cet article en espagnol est aussi disponible en anglais ici. Pour découvrir l’autre article de la semaine, c’est par !

Nos photographes en herbe

Parmi les étudiants de la majeure culture, se câchent des photographes de talent. Nous avons choisi de leur dédier une publication afin qu’ils vous montrent leurs univers artistiques et leur vision de la photographie.

Florian, espaces ou détails, perspectives et couleurs…

Montage photo, dont le thème est la ville de Nantes.
© Florian Bartocci

Être confiné deux mois seul en centre ville, c’est l’occasion de découvrir la ville sous un autre regard lors des quelques sorties. On redécouvre les espaces, le paysage urbain de Nantes, immeubles ou industries… À travers ces photos, j’essaie de saisir ces grands espaces vides, de traduire un regard grand ouvert sur les couleurs de la ville, souvent à l’aube, à l’aurore, ou de nuit.

Montage photo, dont le thème est la nature et la ville mises en regard.
© Florian Bartocci

La photo, c’est saisir l’instant, c’est transformer le réel en donner une certaine vision. Que ce soit par la perspective abordée, le travail des couleurs, j’essaie de donner une vision différente, de traduire une émotion plus qu’un souvenir… mais tout en laissant la photo venir à travers les voyages et balades plutôt qu’en allant la chercher !

Je partage plus de photos sur Instagram : @flo.bartocci

Gisella, au coeur du Chili

J’aime la photographie mais j’aime surtout montrer les gens qui identifient le territoire. Dans ces photos, je présente Valparaiso, la ville du spectacle vivant, de l’art dans la rue. Ses formes, ses couleurs, ses lumières et ses ombres, c’est ce qui caractérise cette ville. D’autre part, je voudrais présenter San Pedro de Atacama, considéré comme un Oaisis au milieu du désert. Lors d’un petit voyage, je me suis rendu compte que dans le désert poussent aussi des fleurs. Deux paysages diamétralement opposés qui se trouvent dans le même pays, le Chili, dont je suis originaire.

Julia, la nature sans retouche

J’aime les couleurs vives. L’or d’un coucher de soleil corse, le turquoise d’une eau thaïlandaise, le vert pur d’une jungle cambodgienne. La photo est pour moi le meilleur moyen d’immortaliser mes voyages et de les partager autour de moi. Comme pour le dessin, je me tourne surtout vers les paysages naturels, les animaux, les fleurs… et parfois les portraits ! Si vous voulez en voir un peu plus, voici mon compte instagram julveneau.

Lucie, inconditionnelle des voyages

J’aime les photos très contrastées, qui soulignent le côté féérique ou dramatique d’un paysage, pour le voir sous un angle différent. Je fais surtout des photos en extérieur, pendant mes voyages… Je vois la photographie comme un moyen de remonter le temps, de figer ses souvenirs et de les faire revivre quelques temps plus tard à travers une photo. Je vous invite à découvrir d’autres photos sur mon compte instagram : pixel_photographyy_ où je partage mes vadrouilles en sac à dos, des volcans du Chili aux îles écossaises…  

Pour découvrir l’autre publication de la semaine, aux saveurs internationales, par ici (en anglais) ou bien par (en espagnol) !

Vous avez dit « Tokarczuk » ? À la découverte du Prix Nobel de littérature 2018

Aujourd’hui, on vous présente l’autrice Olga Tokarczuk ! En 2019, le prix Nobel de littérature de l’année 2018 lui est attribué. Au lendemain du scandale sexuel ayant ébranlé l’académie et justifiant ce report, c’est donc une femme polonaise, connue pour ses dreadlocks et son engagement en faveur de l’écologie, qui reçoit ce prix. Bien que médiatisée en France, son œuvre pléthorique reste peu connue. On vous a donc sélectionné trois œuvres de l’autrice pour mieux comprendre son univers tout à fait singulier ! 

Qui est Olga ?

Romancière Polonaise, Olga Tokarczuk a publié une quinzaine de romans. À ce jour, il s’agit de l’autrice polonaise la plus lue à l’étranger. Dans son pays natal, elle est considérée comme la plus grande écrivaine de  la littérature contemporaine et a été à plusieurs reprises distinguée par le Prix Nike (équivalent du Goncourt). Sa marque de fabrique ? Son sens aigu de l’observation des comportements humains, qu’elle ancre souvent dans une réalité presque surnaturelle. En 2018, elle explique ainsi :

« On ne peut pas décrire le monde en utilisant des outils réalistes, anachroniques pour la réalité aujourd’hui. Le monde a transgressé les frontières qu’il avait auparavant, les outils sont devenus désuets. Mon obsession, lorsque je lis des romans réalistes, est de chercher des scènes en dehors du réalisme. »[

Olga est une travailleuse acharnée. Exigeante avec les sujets qu’elle aborde, elle mène de longs travaux de recherche pour créer avec le plus de matière possible. Pour Les livres de Jakob, fresque sur le singulier Jakob Frank, elle étudie pendant 8 ans les archives de différentes institutions et commence même à apprendre l’hébreux afin d’accéder à des documents non traduits. Pour Les Pérégrins, elle partira 1 an à Amsterdam afin d’y étudier l’anatomie et la vie du médecin Ruysch.

Dans chacun de ses ouvrages, on retrouve chez Olga un goût prononcé pour les voyages et le mouvement, le rapport au temps qui passe, la nature

Les Pérégrins, ôde au mouvement

Le voyage a toujours eu chez Olga une place prépondérante. Son premier ouvrage sera Podróż ludzi Księgi(« Le voyage des gens qui lisent »). Mais c’est avec Les Pérégrins, un roman à tiroirs, qu’elle décline sa fascination pour le nomadisme. 

Pépite dans la littérature de voyageLes Pérégrins nous embarque pour un périple unique. En recensant les notes de tous ses voyages, l’autrice nous emmène en Pologne, mais aussi  aux Pays-Bas, en Croatie, aux États-Unis. Au-delà du voyage dans l’espace, Olga nous fait également voyager dans le temps. Les Pérégrins se transforme alors en un ouvrage d’histoire. Au détour des pages, on y découvre l’épopée du cœur de Chopin, la découverte du talon d’Achille au XVIIe siècle, la vie du médecin et botaniste néerlandais Ruysch… 

Au total, ce sont 116 histoires qui mettent en scène des nomades du quotidien, fictifs ou réels : 116 histoires qui racontent des personnages arpentant des quais de métro, conduisant des ferrys, fuyant leurs familles… L’ouvrage grouille de destins entremêlés, de personnages en mouvement perpétuel et aux expériences plurielles. 

« Ce roman, en forme de constellation, reflète cette obsession à rechercher des liens entre les différentes expériences que nous vivons. »[

Pourquoi faut-il faire lire Les Pérégrins ? Parce que l’auteure nous fait voyager dans l’espace, dans le temps et nous montre que pour voyager et faire voyager l’imagination suffit.  

Dieu, le temps, les hommes et les anges : une histoire du temps qui passe

Dieu, le temps, les hommes et les anges, c’est l’histoire d’un jeu : 

« Le jeu est une sorte de chemin sur lequel se succèdent de multiples choix, annonçait le texte au début. Les choix s’effectuent automatiquement, mais parfois le joueur a l’impression de prendre des décisions raisonnées. Il se sent alors responsable de la destination prise et de ce qui l’attend au bout. Cette éventualité est susceptible de l’effrayer ».

Ce jeu mystérieux structure ce conte. C’est le châtelain Popielski qui en est le joueur et, à mesure qu’il lance les dés et avance, son village, Antan, s’ouvre vers d’autres mondes, des mondes effrayants.  Hameau polonais parmi d’autres, Antan est un cocon où le temps passe au gré des saisons : « tout ce qui existe hors des frontières d’Antan est aussi trouble et changeant qu’un rêve ». Le monde extérieur semble absent dans les destins de ses habitants. 

L’ouvrage raconte ainsi l’histoire du Châtelain Popielski et celles de Geneviève, Misia, Elie, la Glaneuse, le Mauvais Bougre, Divins… Chaque personnage traverse l’ouvrage pour s’évanouir au fil des pages, dans le temps qui passe.  Car finalement, le cœur de l’histoire est le rapport au temps. À mesure que le châtelain lance son dé et que le jeu avance, les saisons passent et les frontières d’Antan se lézardent. Dans les brèches, c’est l’Histoire sombre et cruelle de la Pologne qui  s’engouffre et vient définitivement rompre « le temps d’Antan ». 

Pourquoi faut-il lire Dieu, le temps, les hommes et les anges ?Au-delà de l’écriture, c’est la forme même de l’ouvrage qui fascine. Cet ouvrage nous parle de frontières, de la porosité entre différents mondes. Les formes littéraires s’en retrouvent également perturbées. O. T explique ainsi : « Je raconte en partie l’histoire de ma famille, mais, au lieu d’en faire un récit biographique ou historique, j’ai voulu en faire un mythe. »[

Spoor : l’engagement de Tokarczuk dans une œuvre cinématographique

En 2017, Anieszka Holland (Europa, Europa ; House of cards), adapte Sur les ossements des morts de Tokarczuk. Cette dernière, co-scénariste, est d’ailleurs associée tout au long de la construction du film. Pour cette histoire, Olga Tokarczuk a choisi la forme du polar. Récompensé à la Berlinale en 2017, Spoor raconte la vie de Janina, une vieille femme passionnément engagée pour la cause animale. Cet engagement se traduit par une lutte avec les chasseurs de son village et plus largement contre les institutions établies. Lorsque les chiens de Janina disparaissent, d’étranges phénomènes surviennent au point que les chasseurs deviennent les proies dans une nature qui semble reprendre ses droits. 

Pourquoi faut-il voir ce film ?Le film démontre du goût de Tokarczuk pour, encore une fois, le mélange des genres. Entre thriller et polar, le film a le goût du fantastique. Enfin, au-delà des images magnifiées par une réalisation faisant la part belle à la nature, ce film traduit l’engagement de Tokarczuk. Le résultat est un véritable plaidoyer pour l’écologieoù le personnage de Janina est une métaphore de « dame nature ».

Source :https://www.lepoint.fr/livres/olga-tokarczuk-la-litterature-est-toujours-excentrique-25-11-2019-2349306_37.php

Par Juliette Bord

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La vulgarisation scientifique sur YouTube : quels contenus, quels soutiens ?

Faut-il soutenir la vulgarisation scientifique sur YouTube ? 

En traînant sur YouTube ce matin, je tombe sur une vidéo face caméra de Jamy Gourmaud, présentateur iconique de l’émission C’est pas Sorcier

Nostalgie oblige, j’arrête tout, je parcours la chaîne et visionne plusieurs de ses « capsules de déconfinés »  – entendez courtes vidéos tournées chez soi, au smartphone. Fidèle à lui-même, espiègle et créatif, Jamy détourne les objets du quotidien en maquettes de fortune pour expliquer à son audience la curiosité scientifique du jour. En moins de 2 minutes, le tour est joué. 

Le format quotidien, court et facile à comprendre matche bien avec les attentes des utilisateurs de YouTube : en moins de deux mois d’existence la chaîne rassemble déjà une communauté de plus 400 000 abonnés et totalise plus de 7 millions de vues cumulées.  Si le présentateur a certainement profité d’une fan basepréexistante, son audience est avant tout le résultat du grand boom de la vulgarisation scientifique sur YouTube, format dont Jamy fut un précurseur à la télévision.  

Mais comme tout phénomène à succès, l’essor de la vulgarisation scientifique provoque de nombreux débats. Entre succès populaire, rigueur scientifique et soutiens à la création faisons le point.  

Jamy lance sa chaîne YouTube personnelle !           

Des chaînes très variées aux communautés prisées 

Ayant pris le relais de Jamy, Fred et Sabine, les vulgarisateurs de YouTube traitent le plus souvent de sujets moins généralistes que l’émission de France 3. Mais comme elle, leur contenu est à la frontière de l’éducatif et du divertissement. Les vulgarisateurs les plus établis sont même parfois mobilisés pour intervenir auprès d’étudiants, sans pourtant être considérés comme des experts de la discipline au regard des critères de démarcation traditionnels (diplômes, publications académiques…). Entre YouTube et d’autres sphères culturelles, de nouvelles interactions se créent. 

Benjamin Brillaud de la chaîne Nota Bene revient sur son parcours et la légitimité scientifique de ses contenus.  

La popularité incite aussi les industries culturelles à investir la plateforme. De sorte que de nombreuses collaborations marketing sont diffusées sur les chaînes des vidéastes sponsorisés. Plusieurs stratégies sont déployées. Les éditions Le Robert cherchent par exemple une audience très large en collaborant avec Squeezie [NB1], dont la chaîne de divertissement recense 14 millions d’abonnés. D’autres  structures culturelles soutiennent des projets plus spécialisés, comme Warner Classics qui finance certaines vidéos de la chaîne Révisons nos classiques [NB2] aux « seulement » 50 000 abonnés, mais presque tous amateurs de musique classique. Ces opérations commerciales constituent une source de revenus indispensable à l’activité de vidéastes dont la rémunération YouTube est souvent maigre et irrégulière. Mais ces collaborations basées sur la popularité et le marketing posent aussi question. Dans la mesure où YouTube devient un médium privilégié pour la diffusion de la connaissance et de la culture,  faut-il donner aux vulgarisateurs de meilleures garanties en matière d’indépendance de création ?

Dirty Biology une chaîne soutenue par le CNC Talent, vient d’atteindre le million d’abonné. 

Les soutiens institutionnels sont-ils suffisants ? 

À mesure que la plateforme se professionnalise, produire des vidéos sur YouTube requiert plus d’investissements. Dans cette course à l’audience, les contenus culturels bataillent avec les chaînes de divertissement et les vulgarisateurs doivent redoubler de créativité pour gagner en visibilité. Les institutions publiques et audiovisuelles ont décelé dans ce phénomène un impératif de soutien à la création et une opportunité de visibilité commune. Dès 2017, le CNC Talent met en place le Fonds d’aide aux créateurs vidéo sur internet [NB3] de 2 millions d’euros. Pour le premier plan de soutien, près de la moitié des projets/chaînes selectionné.es revêtent un caractère éducatif. Depuis, France Télévisions et Arte France ont également développé des dispositifs de soutien. L’objectif est d’affirmer sa propre visibilité sur internet en s’engageant auprès de vidéastes populaires mais aussi d’aider des créations de qualité.

Il s’agit aussi de mettre en lumière les contenus les plus qualitatifs. À cet égard, le Ministère de la Culture émet dès 2018 un catalogue [NB4] de 350 chaînes de vulgarisation francophones, fondé sur la qualité scientifique et le potentiel éducatif des contenus. Même si l’État s’oppose à plusieurs pratiques de la plateforme [NB5] détenue par Google[1], il est important que son engagement pour la création se poursuive.  Car l’essor de YouTube ne profite pas qu’au secteur privé de la culture : il porte aussi une valeur éducative que les institutions publiques doivent promouvoir. 

Quelques conseils pour identifier la « bonne » vulgarisation scientifique avec Thomas C. Durand de la chaîne La tronche en biais.

Quand Pierre Bourdieu dénonçait la programmation télévisuelle en 1996, « C’est pas Sorcier » fêtait son troisième anniversaire. 25 ans plus tard, l’émission s’est arrêtée mais ses épisodes restent libres d’accès sur YouTube. Alors à l’image de Jamy, tout semble nous inviter à laisser de côté nos maquettes habituelles pour accompagner la trajectoire de la fusée YouTube. 


NB1]https://www.youtube.com/watch?v=CK1lGDlnR2I

 [NB2]https://www.youtube.com/channel/UCZHPwKyeypWwU8SNJSzQhCw

 [NB3]https://www.cnc.fr/professionnels/aides-et-financements/creation-numerique/fonds-daide-aux-createurs-video-sur-internet-cnc-talent_190814#Rsultats-des-commissions

 [NB4]https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Langue-francaise-et-langues-de-France/Ressources/Ressources-pedagogiques-et-sensibilisation/350-ressources-culturelles-et-scientifiques-francophones-en-video

 [NB5]https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2019/05/02/l-audiovisuel-public-francais-irrite-par-une-nouvelle-fonctionnalite-de-youtube_5457504_3236.html


Par Nils Bernier

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